Interview d’Alain Madelin dans Les Echos du 23 avril 2012

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« Le futur président se heurtera au choc des réalités » 

L’ancien ministre de l’Economie juge que la campagne n’a pas traité les questions de fond et que la stratégie « clivante » de Nicolas Sarkozy n’était sans doute pas la bonne. L’ancien ministre de l’Economie juge que la campagne n’a pas traité les questions de fond et que la stratégie « clivante » de Nicolas Sarkozy n’était sans doute pas la bonne.

LES ECHOS : Comment analysez-vous les résultats de ce premier tour ?

Alain MADELIN : La France n’échappe pas à la règle qui veut que tous les gouvernants qui se représentent soient désavoués dans les urnes. Mais il faudra s’interroger sur la stratégie de clivage, d’exaltation d’un protectionnisme français et de rejet de l’Europe libérale adoptée par le président sortant. Quant au score de Marine Le Pen, il montre qu’à trop légitimer le protectionnisme, on court le risque de trouver plus protectionniste que soi.

LES ECHOS : Quel regard portez-vous sur la campagne électorale ?

Alain MADELIN : Il existe un décalage énorme entre l’offre politique indigente présentée par tous les candidats et les enjeux de cette élection. La presse étrangère ne s’est pas privée de pointer la campagne la plus frivole des pays occidentaux. Les questions de fond n’ont pas été traitées. Pis, les politiques proposées, notamment en matière de fiscalité, auraient tôt fait de casser tout éventuel retour de la croissance. Si les candidats devaient appliquer leur programme, quel que soit l’élu, la France serait la championne du monde des impôts et des taxes.

LES ECHOS : Qui a le mieux porté, selon vous, les idées libérales ?

Alain MADELIN : Aucun candidat n’a porté les idées de libre-échange et d’économie de marché dans la campagne. On recommande à la Grèce, l’Espagne ou l’Italie, pour sortir de leurs difficultés, de s’ouvrir et de privatiser. Mais en France, plus personne ne parle de privatisations ou d’épargne retraite… Toute remise en cause du rôle de l’Etat apparaît comme une attaque contre notre identité culturelle. Toute l’offre politique vise au retour d’un Etat protecteur et producteur. Selon un sondage récent effectué dans 25 pays, à peine un tiers de Français sont attachés au libre-échange, contre 70 % dans des pays comme la Chine ou le Brésil. Résultat, nos hommes politiques s’adressent d’abord à ce pôle dominant de l’électorat.

LES ECHOS : Verra-t-on reparaître ces questions de fond à l’occasion de la campagne du second tour ?

Alain MADELIN : Il est souhaitable que les débats du second tour en finissent avec les boucs émissaires trop faciles -la finance, les riches, les exilés fiscaux, les immigrés… -pour nous ramener à la question clef de la croissance. L’austérité ne suffira pas. Nous avons besoin de croissance. Cela passe inévitablement par une baisse de la dépense publique, un recentrage de l’Etat sur ses vraies fonctions et la libéralisation de l’économie, au moyen d’un renforcement de la concurrence et d’une fiscalité favorable à la croissance. Quel qu’il soit, le futur président se heurtera au choc des réalités.

Propos recueillis par Jean-Claude Lewandowski

13 Reponses à Interview d’Alain Madelin dans Les Echos du 23 avril 2012

  1. kbkb15 dit :

    intérressant et réaliste. 3 questions :

    - quelle est votre définition du rôle de l’état. Avez vous un document de référence ?

    - austérité ET croissance, c’est ce que prône le François Hollande. Allez vous comme Jacques Attali inviter à voter pour lui ?

    - quelles pistes privilegiez vous pour relancer la croissance ?

    Cordialement
    kbkb

    • stephane dit :

      Mr Madelin comme certains autres qui se disent Liberal sont en fait des « libetariens » (voir Von Mises, Von hayek, friedman, Anarcho-capitalistes). Se sont avant tout des ideologues de l’ecole autrichienne qui se sont expatries aux us dans les annees 30.

      Demandez a Mr Madelin ce qu’il faisait a la fondation Heritage au debut des annees 2000 lorsqu’il eructe sur Jacques Chirac ?

      Bonnes reflexions.

  2. Sophie Bastide-Foltz dit :

    @kbkb15. Lisez La Grève, de Ayn Rand (Les Belles Lettres) C’est un document de référence sur le rôle de l’Etat et la défense d’un libéralisme moral dont la France n’a jamais voulu entendre parler.

    Pour limiter le rôle de l’Etat, il faudrait que les gens acceptent d’être libres, autrement dit ne pas avoir peur de la vie, ni de l’autre. Il faudrait qu’ils acceptent de prendre des risques, d’être les entrepreneurs de leur propre vie. Ce que la peur et la défiance interdit. C’est le thème de ce roman philosophique qui montre ce qui arrive à un pays corrompu par la médiocrité et le manque de prise de risque, ce qui arrive à ceux qui attendent d’être assistés au lieu d’entreprendre.

    Bonne lecture,
    Dagny Taggart

  3. AJZENBERG dit :

    Je suis moi même libéral ( et j’ai lu la grêve). Pour moi, le rôle de l’Etat est d’être gardien du droit. Pour y parvenir il doit remplir ses fonctions régaliennes ( Justice, Police, Armée).

  4. Mateo dit :

    Mr Madelin,

    Vous ne devriez pas parler « d’Europe libérale »:
    - vous faites fuir le Français moyen, qui ne sait pas ce qu’est le libéralisme, et qui croit que c’est ce qu’en disent les médias ou les hommes politiques (quasiment tous anti-libéraux)
    - vous faites fuir tous ceux qui rejettent l’Europe, et ils sont de plus en plus nombreux
    - vous faites fuir les « vrais » libéraux 100% pur sucre, qui pensent que l’Europe est au contraire une couche législative, bureaucratique et étatique en plus, non démocratique de surcroît, allant en plus à l’encontre d’un principe qui leur est cher: le principe de subsidiarité.

    Bref, vous faites fuir tout le monde.

    • Sherlock22 dit :

      Ben voyons ! Cessons de dire la vérité de notre pensée, de peur qu’elle soit incomprise par les ignorants.

      Appelons non voyants les aveugles, en situation de handicap les infirmes, appelons un chat Médor ou Brutus, appelons égarés et souffrants les gentils électeurs de Mme Le Pen, appelons fièvre sociale le score du FN, appelons thermomètre le Front National, et on l’aura dans le cul !

      Non, Mateo, ne craignez pas un discours de vérité, qui ne fera fuir personne : les autruches se cachent la tête dans le sable quand elle ont peur. C’est quand elles sont libres et épanouies qu’elles courent à une vitesse élevée.

      Nous devons parler à l’intelligence des hommes, nous adresser à leur conscience, et les élever. La lumière ne nuit pas : c’est l’obscurantisme et le renoncement qui annoncent la défaite des idées.
      Ayez confiance en l’homme. « N »ayez pas peur ! », selon la formule chrétienne consacrée par JP II. Car la peur est contagieuse. Mais le courage peut l’être aussi.

      Et saluons le courage de M. Madelin qui ne se laisse impressionner ni par la foule beuglante, ni par ceux qui flattent ses peurs.

  5. Aaron dit :

    Le rôle de l’état est d’assurer ses fonctions régaliennes (sécurité, justice).
    Il doit notamment garantir les libertés des individus, et parmi ces libertés, il y a les libertés économiques qu’on entend lorsqu’on parle du « libéralisme ».
    L’ingérence de l’état dans l’économie est nuisible pour celle ci. Il n’a pas les aptitudes nécessaires pour savoir mieux que les producteurs et les consommateurs, comment produire et comment consommer.
    En assistant les plus démunis, ceux ci n’ont plus la volonté de s’enrichir par eux mêmes, et ils deviennent alors dépendant de l’état. Lorsque celui ci est en crise, il n’a plus les moyens d’assister ces gens qui sombrent alors dans la plus grande misère.
    Inversement, pour financer ces mesures sociales, l’état impose des taxes sur les capitaux. Ceux qui détiennent alors l’argent sont les serviteurs de ceux qui ne l’ont pas.

    La société socialiste peut se schématiser ainsi :
    PAUVRES —–dépendent de —–> ÉTAT <——–esclaves de ——- RICHES

    Un état anti-libéral contraint les gens à s'appauvrir alors qu'un état libéral confère à chacun la liberté et la possibilité de s'enrichir.

    • Lisa Lormet dit :

      Presque vrai Aaron. Disons qu’un Etat « purement » libéral ne prélève pas d’impôt ni de taxe et favorise l’existence d’un « vrai » marché (sans barrière d’entrée, pas de subventions…) Tout est question de curseur.

      L’impôt devrait être à la proportionnelle avec un taux T constant. Ainsi le riche paie plus que le pauvre. Pas besoin de paliers ou de progressivité.

      Autre subtilité qui permet de bien régler la machine. Si l’Etat choisit d’imposer ses citoyens, il doit le faire sur la base (assiette) de l’excédent et non du revenu. L’excédent = revenu – dépenses = l’épargne (ou presque).

      Si vous avez tout lu, vous venez de faire connaissance avec les principes fondamentaux de l’économie islamique (ou monothéiste). Avec T=2.5% (1/40ème).
      Dernière chose : l’usure est interdite, mais ceci est un autre sujet.

      Lisa.

  6. Gépé dit :

    Le principe de base,c’est le respect MUTUEL des libertés individuelles,l’Etat devant définir les limites de ces libertés et faire respecter ces limites,respect entre l’Etat et les individus et les individus entre eux.
    Pour tenir compte de la campagne actuelle,on ne parle pas du role de l’énergie dans le développement économique;l’énergie doit être assimillée à du travail;il faut répartir les taxes qui affectent le travail sur le travail et AUSSI sur l’énergie.

  7. Gépé dit :

    Je complète mon propos.
    M.Madelin,qu’entendez-vous par fiscalité favorable à la croissance?
    Pour ma part,je considère que tout prélèvement,impot ou taxe,entraine un besoin de réduire la base du prélèvement;c’est le principe pigouvien de la fiscalité:
    -si on taxe le travail,on favorise le chomage,
    -si on taxe l’énergie,on incite à réduire les importations d’énergie,à investir pour économiser l’énergie et produire des énergies locales;
    -si en plus,on utilise les taxes sur l’énergie pour réduire les taxes sur le travail,on a une meilleure efficacité de cette mesure.
    On doit obtenir un optimum avec une répartition moitié/moitié.
    C’est pour moi une très bonne solution pour retrouver la croissance.

  8. libéral dit :

    Une bouffée d’air frais qu’est cet entretien car contrairement aux autres libéraux, vous renvoyez dos-à-dos Hollande et Sarkozy tandis que d’autres appellent à voter pour Sarkozy. Oh bien sûr, on a droit au « c’est le moins pire », on ne dit pas qu’il est libéral, mais, in fine, il faut voter pour lui. Pour ma part, je pense que la réalité économique rattrapera le programme de Hollande alors que leurs actes ont déjà rattrapés Sarkozy et la droite. Je n’oublie pas que c’est sous Raffarin (qui se moquait ouvertement de la dette et de l’Europe) que la France a franchi la barre de 60% d’endettement, je n’oublie pas que Sarkozy était celui des candidats en 2007 dont la programme avait le coût le plus élevé (c’est dire son ignorance ou son mépris pour les dépenses publiques et l’endettement), qu’il a fait exploser la dette, qu’il a à son actif pas loin de 40 nouvelles taxes en 5 ans, que le chômage a explosé en 5 ans, que son programme estloin d’être clair (il suffit de voir le décalage entre son programme et le document soumis par le gouvernement à la Commission ou encore se rappeler que son programme si vertueux, il l’a présenté à deux semaines des élections en catimini)etc. Si les pseudos-libéraux choisissent de voter Sarkozy, qu’ils disent ouvertement que c’est parce qu’il est conservateur comme eux, pas pour ses actes et son programme économique. Sinon, c’est prendre les gens pour des imbéciles. Et en attendant, je leur conseille la lecture du postscript de La Constitution de la liberté de Hayek, « Pourquoi je ne suis pas conservateur ».

  9. Gépé dit :

    Le raisonnement doit être fait dans trois domaines:
    1°-la démographie;elle ne nous est pas favorable,car elle détermine un déficit des caisses de retraites jusqu’en 2035 et favorise le chomage;
    2°-le capital humain;il faut tenir compte d’un temps de réponse de plusieurs années suivant le type de formation;
    3°-l’énergie;il faut transférer sur l’énergie une partie des cotisations sociales.
    Tous ces domaines n’étaient pas essentiels du temps des fondateurs de l’économie;il faut en tenir compte maintenant.

  10. MMeurope dit :

    Constat plus que pertinent, mais constat ignoré par une grande partie de la population.

    On devra en effet réformer l’Etat, ça prendra 10 ans, mais il faut le faire et vite. Le recentrer sur ses fonctions régaliennes, réformer le systeme de retraite en passant à des fonds de pension ( ce qui permettra en plus de financer l’investissement innovant, vecteur de croissance ), ainsi que d’autres réformes.

    Contrairement au fantasme collectif, le libéralisme est la solution à cette crise.

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