Un bon droit à la formation professionnelle vaut mieux qu’un mauvais référendum

Formation professionnelle

Le Premier Ministre est venu fort opportunément et fort habilement – corriger la proposition faite par son Président – d’organiser un référendum pour dire « si les chômeurs avaient le droit de refuser une formation ou un emploi ». J’ai dit tout le mal qu’il fallait penser d’une telle idée (voir http://www.alainmadelin.fr/blog/analyses/le-probleme-cest-le-chomage-pas-les-chomeurs/)
dont la formulation était manifestement calibrée pour flatter une opinion populaire assez facilement séduite par la stigmatisation des chômeurs et de l’assistanat.
La proposition du Premier Ministre se fait plus raisonnable. Il ne s’agit plus que d’organiser, le cas échéant, un référendum sur le question de savoir si les français approuvent le transfert des crédits de la formation professionnelle vers la formation des demandeurs d’emploi.
Sans doute ne faut-il pas là prendre  le Premier Ministre au pied de la lettre car nul n’imagine un
transfert portant sur la totalité de ces crédits par ailleurs bien utile à la formation des salariés.

Quoiqu’il en soit, dans son orientation, la mesure est plutôt bienvenue et il n’est guère besoin de référendum pour avancer dans cette direction.
Face aux mutations nécessaires de notre tissu économique, il est absolument nécessaire de renforcer les dispositifs de formation des chômeurs.
Nul besoin d’ailleurs d’assortir ces formations de l’obligation d’accepter l’emploi qui sera proposé. D’une part, parce que – les contrats emploi-formation l’ont montré – les chômeurs sont demandeurs du débouché d’une formation sur un emploi certain. D’autre part parce qu’il est très facile à celui qui vivrait l’emploi obligatoire proposé comme inacceptable de mettre son employeur en situation de rupture (les entreprises elles-mêmes ayant sans doute peut d’appétit pour ce « travail obligatoire »).
Mais s’il s’agit de réformer la formation professionnelle, la meilleure proposition ne me paraît être celle du Premier Ministre. Si l’on veut vraiment innover, mieux vaudrait instituer un droit individuel à la formation.

Il s’agit de passer d’une logique de subvention aux organismes de formation à une logique de financement de la personne formée. Dans sa forme la plus achevée, on pourrait ainsi offrir à chacun un capital de formation tout au long de la vie. L’octroi d’un crédit formation – de 1 200 heures par exemple – à tous ceux qui ont quitté le système éducatif depuis plus de trois ans et qui n’auraient pu bénéficier d’un second cycle, s’inscrivait dans cette logique. Une partie de l’argent consacré à l’indemnisation des chômeurs pouvant être reconvertie en droits complémentaires. J’avais déjà tenté d’introduire cette idée dans la campagne de l’élection Présidentielle… de 2002. Jacques Delors avait aussi fait un temps des propositions dans le même sens avec sa défense de « l’éducation tout au long de la vie ».
Déjà le « Droit Individuel à la Formation» a fait un premier pas dans cette direction, tout comme les « Chèques Formation » développés à l’initiative de la Bretagne qui permettent aux demandeurs d’emploi l’accès à une formation qualifiante.
Demain, ce nouveau « crédit individuel de formation professionnelle » offrirait aux chômeurs la possibilité de souscrire par eux-mêmes – ou avec les conseils du Pôle Emploi – à une formation qualifiante – et mieux encore à des formations accompagnées d’offres d’emplois – en réorientant ainsi en souplesse  notre système de formation vers des offres plus adaptées aux besoins des entreprises.
Je suis sûr qu’un tel dispositif de crédit formation individuel pourrait non seulement répondre au besoin de formation des chômeurs mais encore offrir de nouvelles chances aux malformés de notre système éducatif et répondre aux défis de la formation tout au long de la vie.
Je ne doute pas non plus, qu’avec ou sans référendum, les français ne soutiennent ce nouveau droit à la formation.
Il n’est pas besoin de cliver pour progresser.

5 Reponses à Un bon droit à la formation professionnelle vaut mieux qu’un mauvais référendum

  1. Karizoc dit :

    Typo: « les entreprises elles-mêmes ayant sans doute peu d’appétit »

  2. Laurent Ezran dit :

    Je ne comprend pas, ce que vous proposez et qui est plein de bon sens existait déjà, au moins de les années 80 et début 90 j’ai été formé comme cela via l’AFPA. Que c’est il passé depuis est ce que cet organisme n’existe plus ? pourtant elle formait les demandeurs d’emploi tout en les financant la personne formée pendant un an via l’ANPE, les assedics ou les fonds GECIF et qui en fin de formation permettait à cette personne de trouver un emploi suite à un stage en entreprise. Grace à cet Organisme j’ai pu devenir pupitreur en informatique en 1985 et Analyste programmeur en 1990.

  3. Sherlock22 dit :

    « Il n’est pas besoin de cliver pour progresser. »

    Le but de M. Sarkozy est de progresser dans les intentions de vote, et là, cliver est utile. Du moins, c’est ce que nous verrons…

  4. Gépé dit :

    Le problème,c’est de trouver des sous.Il faut indemniser des chomeurs qui ne travaillent pas;si on les forme,il faut payer les formateurs.Il faut reprendre le problème à zéro:une taxe sur l’énergie pour financer le chomage et vous règler du même coup plusieurs problèmes:vous indemnisez les chomeurs et financez la formation,vous avez encore des crédits pour les retraites,et règler l’emploi des seniors,et un prime,vous réduisez le chomage,vous améliorez la compétitivité des entreprises,vous améliorez le climat,vous développez l’investissement pour les énergies renouvelables et les économies d’énergie,vous réduisez la dette et peut-être d’autres choses.Je dois surement faire une erreur de raisonnement,sinon pourquoi personne ne propose cette taxe sur l’énergie.Venez à mon secours pour me faire prendre conscience de mon erreur!
    PS,en formation continue,le cout de l’enseignement est égal au montant des rémunérations des stagiaires.
    Une taxe qui double le prix de l’énergie rapporte 100G€.Avec une taxe de 30%,on règle de suite le financement du chomage et de la formation des chomeurs et après,on augmente la taxe jusqu’en 2030,le problème des retraites sera démographiquement règlé à cette date.

  5. S-loup dit :

    Quand est-ce que vous revenez à la vie politique Alain?
    Après les législatives qui verront malheureusement un retour de la gauche au pouvoir, il y aura de quoi faire dans l’opposition!
    ça pourrait être le moment adéquat.
    Revenez vite!

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