Drogue : pour une distribution réglementée

Il n’y a pas d’un côté de prétendus rêveurs laxistes partisans de la libéralisation de la drogue et de l’autre des sécuritaires responsables mais le constat de plus en plus partagé de l’échec des politiques répressives. La prohibition fait de la drogue une considérable source de profit tant pour des mafias internationales (qui en arrivent à menacer les états eux-mêmes) que pour de tentaculaires réseaux domestiques de distribution de drogues (avec leurs guerres de gangs ou la main mise sur les cités entières…). Avec aussi la tragique criminalité de tous ceux qui sont conduits à voler ou à se prostituer pour payer leur dose.

Voilà pourquoi je souhaite depuis longtemps non pas une dépénalisation de l’usage du cannabis (solution bâtarde qui maintient le trafic) ou sa commercialisation contrôlée par l’Etat (au risque du report du trafic vers d’autres drogues plus dangereuses) mais la distribution réglementée de l’ensemble des drogues selon des modalités différentes (plus ou moins accompagnée médicalement).

Faute de réussir à arrêter tous les trafiquants, il s’agit de les éliminer en asséchant leurs profits. Il s’agit surtout d’éradiquer les réseaux de distribution qui viennent dans les boîtes de nuit ou à la sortie des établissements scolaires faire le prosélytisme de l’usage de drogues de plus en plus dangereuses et addictives. Il s’agit encore de contrôler la qualité des drogues en circulation,  de veiller à l’interdiction pour les mineurs, et pour la conduite automobile à l’instar de l’alcool et bien entendu de développer une intense action de prévention.

Ceci appelle bien entendu beaucoup de questions. Sur les risques de levée du rôle de l’interdit ou la nécessité d’une coordination internationale dans le cadre de traités complexes afin de ne pas servir de base d’approvisionnement aux petits trafiquants du monde entier…, mais le débat est légitime.

Il  est cependant trop sérieux pour en faire un enjeu électoral.

4 Reponses à Drogue : pour une distribution réglementée

  1. BasLap dit :

    «[…] je souhaite depuis longtemps non pas une dépénalisation de l’usage du cannabis (solution bâtarde qui maintient le trafic) […]»

    Cher et estimé Monsieur Madelin,

    Si l’usage du cannabis était dépénalisé, alors sa vente devrait l’être aussi, et le mot «commerce» serait plus adapté que le mot «trafic». Pour quelles raisons alors voudriez-vous lutter contre le commerce du cannabis? Si A veut vendre un objet x, et B veut acheter le même objet x, aucun des deux n’étant forcé à la transaction en question, et cette transaction ne violant les droits de personne, quelle raison éthique avez-vous, libéral que vous êtes, de vous opposer à cet échange entre A et B ?

    L’on peut juger que c’est mal de vendre à quelqu’un quelque chose qui pourra lui nuire, même si ce quelqu’un a connaissance de la nuisance en question. Mais cela ressort de l’éthique personnelle, et celui qui se fait cette réflexion peut (doit?) renoncer, par éthique, à un tel commerce, et non chercher à imposer sa norme morale à la cité tout entière. La pensée libérale ne tire-t-elle précisément sa justesse du fait suivant: le caractère non-universalisable des différents systèmes moraux individuels (pour reprendre à peu près une expression de Pascal Salin) ?

    N’est-on pas libéral dès lors que l’on est capable de se dire: «Je porte un jugement moral négatif sur cette pratique mais je serais prêt à lutter contre son interdiction — ou même tout simplement contre la moindre esquisse de sa régulation! — parce que je constate que mon jugement fait référence à mon système de valeurs personnel, et non aux seules valeurs vraiment universalisables, le respect des libertés fondamentales.» ?

    Pour ma part, en réfléchissant, je ne sais même plus quel jugement moral je porte sur la vente d’une substance nocive, dans le cas où l’acheteur est prévenu de son caractère nocif avant que de réaliser son achat. Mais, ce que je sais, c’est que je n’admettrai jamais que l’État interdise ou tout simplement régule l’usage des drogues, de l’alcool, du foie gras, de la musique, de la lecture, ou de quoi que ce soit, au prétexte de se soucier de la santé de ceux (je parle des majeurs, évidemment) qui voudraient en consommer, ayant fait des choix qui leur appartiennent entre le plaisir immédiat et les risques encourus pour leur santé.

    Bref, comment un libéral peut-il ne pas être à cent pour cents pour la légalisation pure et simple de la consommation, de la détention, et du commerce, des toutes ces substances que nous appelons «drogues» ?

  2. Xavier SIMON dit :

    La politique de l’Etat face aux drogues dites douces devrait sans conteste être un des sujets majeurs de la prochaine élection présidentielle. Elle ne le sera probablement pas étant donné le consensus presque total des deux “grands” partis (UMP et PS) sur le sujet.

    Je ne suis pas consommateur de cannabis et, cependant, l’échec de la politique répressive actuelle me pousse à être favorable à une expérience strictement encadrée de distribution de cette drogue.

    Deux questions me freinent cependant:
    -quid de l’example donné à la jeunesse? (je sais que cette question peut paraître ringarde mais j’assume)

    -n’y aurait-il pas un simple déplacement de la criminalité vers le trafic de drogues dures (cocaïne voire même héroïne et crack)

  3. Jean-Louis Beaufils dit :

    Je suis ravi de voir que vous avez sur ce sujet une vision beaucoup plus lucide que beaucoup de politiques.

    Le cannabis devrait être légalisé. La loi en l’état est ridicule: la majorité des moins de 25 ans fument tous les jours. beaucoup cultivent pour leur consommation. s’il fallait appliquer la loi, il faudrait mettre des millions de gens en prison. c’est un fait de société. bien ou mal c’et un fait. Ne pas le reconnaître c’est faire l’autruche.

    pour les autres drogues, il y a une solution simple pour à la fois contrôler la consommation, contrôler la qualité des produits (les produits avec lesquels les trafiquants coupent la drogue en sont une source importante de dangerosité) et tuer le trafic: la vente sur ordonnance, autoriser enfin les médecins à prescrire.

  4. Yannis54 dit :

    Je n’ai rien contre la légalisation du cannabis.
    Mais si elle devait avoir lieu, je suis pour que l’usage du cannabis soit fortement réglementé (par exemple : autoriser la consommation de cannabis dans des lieux fumeurs uniquement). De manière à ce qu’il n’y ait pas de consommateurs “passifs” qui respirent de la fumée de canna alors qu’ils n’ont rien demandé.
    Non ?

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