Réouverture de la chasse aux Roms

A 6 heures du matin donc, ce 20 août, à la demande du maire d’Evry, sur les terres du ministre de l’Intérieur et à sa demande, les pelleteuses ont détruit le campement sauvage que 70 Roms avaient installé sur un terrain public. Il parait qu’il y avait urgence. Pourtant, voilà 3 ou 4 mois que cette occupation illégale perdurait et une décision de justice était attendue pour les jours suivants. La police n’a pas attendu. On casse d’abord, on juge après.

Il y avait manifestement là – et c’est tout le problème – la volonté de faire de cette opération un exemple, un symbole, de fermeté politique. De ce point de vue, l’opération est réussie. Menée de main de maître, elle assure un triomphe à l’applaudimètre quelques jours plus tard devant les militants socialistes réunis à la Rochelle. Comme devant un très banal meeting UMP ! La France peut applaudir, l’indignation est en vacances.

Et l’on a même entendu certains de ceux qui hier étaient si prompts à dénoncer des méthodes « gestapistes » en de tels cas justifier cette action, à l’instar du rédacteur en chef du grand hebdomadaire de la bien pensance de gauche pour qui ne pas agir eût été se rendre coupable de « non assistance à personne en danger ». L’indignation peut donc bronzer tranquille, les pelleteuses étaient celles de l’assistance !

Or ce qui est contestable, ce n’est pas tant la fermeté républicaine du gouvernement que l’instrumentalisation politique et la brutalité des méthodes utilisées.

« Je ne peux pas supporter, en tant qu’homme de gauche, qu’il y ait des bidonvilles » s’est justifié le ministre.

Certes, mais où est l’alternative ? Un relogement très précaire, très provisoire et très coûteux de quelques nuitées d’hôtel ? Une communauté de misère dispersée ? Que deviendront les 19 enfants du malheur scolarisés ? La petite Rebecca « qu’il fallait voir partir le matin fièrement à l’école avec son cartable tout neuf » nous dit la journaliste du « Monde » ?

J’entends bien les problèmes que ces occupations sauvages peuvent poser aux maires et aux riverains. Je sais l’utilisation scandaleuse des bébés dans une mendicité apitoyante, la réalité des bandes de petits voleurs ou de petites voleuses. Et je mesure l’extrême complexité de la question et la très grande difficulté des solutions.

Et c’est justement pour tout cela que les problèmes posés par certains roms ne doivent pas servir à stigmatiser l’ensemble d’une communauté et que la chasse aux roms ne doit pas servir de filon médiatique et électoral.

Je le dis aujourd’hui sans détours d’autant plus volontiers que j’ai bien protesté contre les descentes de police dans les écoles, la stigmatisation des émigrés et des roms et toutes les politiques sécuritaires « spectacle ».

Sur cette question, comme d’ailleurs sur le problème général de l’immigration, nous avons besoin d’une politique de long terme, solide, apaisée, bipartisane, pour faire pièce aux extrêmes qui savent si bien exploiter les peurs. Le Président de la République qui sut – au-delà de son camp – se poser en Président rassembleur, serait bien avisé de prendre une initiative en ce sens. Les mouvements de menton, les discours sécuritaires et la police spectacle ne sauraient palier à ce déficit de vraie politique.

Deux principes incontournables doivent servir de guide.

  1. Les populations nomades sont un fait en Europe. Dans un magnifique article en août 2010, le philosophe André Glucksmann indigné par les propos du Président de la République d’alors, a fort bien expliqué pourquoi « le droit à l’errance et imprescriptible en bonne démocratie ». Pourquoi il fallait reconnaître la légitimité d’un nomadisme multiséculaire et transeuropéen et qu’il n’appartenait à personne de fixer de force des peuples vagabonds.

L’Europe, c’est certes la liberté de circulation des biens, des idées, des capitaux. C’est aussi la libre circulation des personnes. Assurément l’immigration de nos jeunes talents à Londres où celle des plus fortunés en Belgique ou en Suisse pose moins de problèmes que la libre circulation des plus démunis et des plus pauvres. Toutes ces libertés sont indissociables et valables pour tous.

2. Il existe pour traiter de ces problèmes une « règle d’or » qui n’a rien à voir avec celle que nous dicte l’Europe pour brider nos déficits. C’est celle qui est à la base de toutes les morales ; qui est inscrite dans la nature humaine ; celle qui est à la source de nos droits de l’homme et qui préside à l’idée de justice sociale ; celle qui consiste à se mettre à la place d’autrui pour dire « faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous dans la même situation ». (A tous les autres lorsque celle-ci implique plusieurs protagonistes). Ou encore sous une autre forme : « ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’ils te fissent dans la même situation ».

Cette règle d’or là, aussi, mérite d’être rappelée.

 

Article initialement paru dans le Huffington Post

10 Reponses à Réouverture de la chasse aux Roms

  1. [...] addthis_config = {"data_track_clickback":false,"ui_language":"fr"};Dans un billet d’actualité, « Réouverture de la chasse aux Roms » publié par le Huffington Post, Alain Madelin revient sur la vraie « Règle d’or », celle de [...]

    • Je l’avoue j’apprécie toujours vos commentaires.
      Cependant sur le sujet des roms, je suis certain d’une
      chose c’est que je n’aurai jamais besoin de m’installer
      accroupi contre une caravane en proposant à mon fils ou
      mon petit fils de tendre la main. Il y a deux mondes et
      la libre circulation ne se fait pour le moment que dans un
      sens. La frontière entre le monde des roms et celui de la
      plus grande partie des français est « encore » large.
      La tolérance n’est pas de tendre la joue gauche quand on
      a prit un « pain » sur la joue droite.
      La simple application des lois et le respect de nos institutions
      s’avèrent primordiales. C’est alors qu’on peut enrichir sa tolérance.

      • Rigaut dit :

        Que ce soit avec les roms ou les musulmans la force d’une civilisation c’est de de s’imposer aux immigrants ! Notre modèle de civilisation est il encore assez puissant pour les intégrer . La seule solution est de pratiquer l’élitisme au lieu du nivellement par le bas que nos gouvernements surtout socialistes pratiquent depuis longtemps ! Commençons par supprimer les allocs au dessus de quatre enfants et favorisons les réductions d’impôts pour les familles nombreuses capables d’élever et éduquer des gens qui tireront la France vers le haut au lieu de faire de futurs chômeurs

  2. Bobby dit :

    Bonjour;
    J’apprécie toujours autant votre manière très caractéristique de penser les choses, et j’espère que vous allez accorder une suite à ce billet car je me demande comment trouver une solution à ce problème dans le cadre de votre « credo philosophique » libéral.
    J’ai trouvé votre billet empreint d’humanisme de bon aloi, mais un peu vague au niveau des solutions concrètes. Comme si votre plume avait été possédée à votre insu par le poltergeist de Bayrou…
    Ne pensez-vous pas sérieusement qu’il faut réguler la mobilité des populations nationales pour obliger chaque État à leur ménager des conditions de vie digne de notre siècle ? En favorisant la mobilité des familles pauvres, n’encouragez-vous pas une certaine irresponsabilité des États qui tolèreront voire encourageront l’émigration au lieu d’investir et entreprendre pour les franges les plus démunies de leurs populations ?
    J’ai hâte de vous lire afin de de comprendre en quoi ce… « libéralisme authentique », « canal historique », dont vous constituez une figure de proue, peut contribuer à améliorer dans nos sociétés la condition des plus modestes.
    Excellente continuation.

  3. Benoit dit :

    Le problème des roms, sans le connaitre en detail, m’apparait, au jour le jour en tant qu’habitant de Lyon, tres complexe. Une enfant de moins de 10 ans seule, quemandant de l’argent, les groupes d’enfants de la gare Part-Dieu cherchant a vous arnaquer d’un ticket de metro… et le meme jour, le meme petit quetant les frites des poubelles ou des tables du quick

    Bref, ca n’a pas l’air simple, et j’apprecie de lire un billet simple sur « traite ton prochain comme tu aimerais qu’on te traite ».
    Cela m’a touché, mais je suis moins d’accord avec l’analyse assez critique, car je ne pense pas qu’aucune politique ait pour l’instant trouvé la solution. Ces peuples sont apparemment nomades par essence, et l’ensemble de nos modes de vies sont basées sur l’hypothese que l’humain est sédentaire.

    Toutefois, pour en avoir vu un, ces campements sont assez proches du bidonville

    Donc je n’apporte rien au débat, mais j’apprecie la phrase humaniste :)

  4. cyril dit :

    Les Roms ne sont pas des nomades, d’une part, mais des sédentaires chassés de leurs pays par la stigmatisation et la misère voulues par des politiques de la droite de la droite! Les gens du voyage sont des peuples nomades!

    D’autre part, il y a comme vous le dites libre circulation des personnes dans l’espace Schengen; alors pourquoi traitons-nous les roms de cette façon étant donné qu’ils font pleine et entière partie de cet espace?

    Réponse: on veut récupérer les voix du FN à droite comme à gauche; il est donc facile de « taper » sur une population affaiblie et discriminée!

    Des solutions, il y en a et elles sont appliquées dans certaines municipalités.

    Peut-être que vous les politiques vous préférez accueillir des responsables qataris avec beaucoup d’argent mais qui sont des autocrates?

    Pour certains, le fait d’être étranger à l’ UE ne fait pas de problèmes pour accéder à des services (voir M. BOUTEFFLIKA venant se faire soigner en France par ex), mais pour d’autres qui sont eux européens, ceux-ci n’ont pas les mêmes droits et sont presque considérés comme des envahisseurs! Il faudra m’expliquer ces paradoxes!

  5. Dominique Arnaud dit :

    J

  6. Dominique Arnaud dit :

    J’ai lu avec étonnement votre article humaniste car je ne vous voyais pas sous ce jour, mais je ne peux que vous en féliciter et être d’accord avec ce propos particulier, notamment sur le droit d’errance et donc sur la liberté et le respect de l’autre, tout simplement.

  7. zzz dit :

    Dieu sait que je vous apprecie !
    Et je partage vos idées de liberté de mouvement. Je respecte le droit d’errance et le respect de l’autre. MAIS à la condition que ce soit sans « subir ».
    Mais c’est oublier les vrais problemes que posent (la plupart) des roms, que personne ne veut vraiment empecher de se mouvoir :
    - la chapardise. On ne risque pas grand chose, j’en conviens. Mais c’est usant au quotidien d’avoir à surveiller ses petites affaires en sachant qu’au premier oubli d’inattention, quelqu’un vous volera. J’aimerais entendre defendre les roms celui qui vit pas loin, qui doit faire le guet, sur ses petites affaires. C’est pas grand chose mais au final c’est invivable. C’est tout à fait insupportable.
    - qui paie le terrain ? En libéral, vous savez que la propriété est un droit. Si un rom peut mettre sa caravan, pourquoi ne pourrais-je mettre ma maison ? Apres tout, c’est le contribuable qui paie.
    - Comment vivent ces gens ? On a souvent tort de critiquer les immigrés, car ils font le « sale boulot » et sont souvent créateurs de bien des nouveautés. Et on est bien content qu’ils le fassent. Et personnellement, je leur en suis reconnaissant. Et je trouve que c’est digne. Mais pour les roms, je cherche, je ne trouve pas. Je ne critique pas le fait qu’ils ne fassent rien, mais à la condition qu’ils s’autosuffisent sans nuire. Or ils ne s’autosuffisent pas. L’equation est donc simple. Ils vivent au détriment des autres. Et ça ça n’est pas acceptable sans le consentement de ceux qui fournissent le gite et le couvert. Et vu le relatif consensus contre les roms, il n’y a clairement pas consentement.

    Il ne s’agit pas ici de droiture extreme, mais du droit de chacun à disposer de ses biens et de sa force de travail. Je ne veux pas, en ce qui me concerne, les donner aux roms sans contrepartie.

  8. Johne326 dit :

    Keep working ,impressive job! ceebddcgfkfk

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