Réforme du collège – Alain Madelin réagit dans Le Point

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Figure libérale de la droite, Alain Madelin estime que la réforme du collège portée par Najat Vallaud-Belkacem va dans le bon sens parce qu’elle offre plus d’autonomie aux enseignants pour s’adapter aux élèves qu’ils ont en face d’eux. Et dénonce un manque de cohérence intellectuelle de l’UMP.

Propos recueillis par Marc Vignaud

Pourquoi soutenez-vous la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem alors qu ’elle est attaquée par la droite et par l ’UMP ?

Je suis assez surpris des querelles faites à cette réforme. Je peux comprendre qu’on ait un attachement à l’enseignement des humanités, qu’on dise qu’on risque de casser ce qui marche. Je peux comprendre qu’on considère que les options latin, grec, ou allemand, profitent à certains enfants des classes populaires pour essayer d’échapper à l’école ghetto et ne sont pas seulement des filières de contournement pour les enfants d’enseignants ou les plus privilégiés. On peut également s’amuser du verbiage pédagogique. Sur tous ces points, un peu de concertation et de bonne volonté de part et d’autre permettraient de gommer les aspérités. Mais réduire la réforme à cela revient à ne voir que l’écume, au détriment de l’essentiel.

Qu ’est-ce qui est essentiel à vos yeux ?

Nous savons depuis des lustres que la solution à la massification de l’enseignement et à l’hétérogénéité des élèves passe par l’introduction de la souplesse dans l’éducation afin de personnaliser au mieux les établissements et les enseignements. Il n’y a pas de plus grande inégalité que de traiter également ce qui est inégal. Il suffit de regarder les enseignements qui marchent le mieux à l’étranger. Le premier rapport que j’ai lu sur le sujet avait été demandé au Collège de France par François Mitterrand au début des années 1980. Déjà à l’époque, il concluait nettement en faveur de l’autonomie des établissements ! J’ai suffisamment défendu le principe de l’autonomie des établissements dans ma vie politique, parfois avec des ministres de gauche, pour me réjouir de l’introduction d’une petite dose d’autonomie à l’intérieur de l’enseignement, fût-ce 20 % de l’emploi du temps, et dans des conditions un peu rigides. Je ne crois pas à la réforme d’en haut où le ministre et son aréopage savent ce qui est bon pour tous les établissements et pour tous les élèves. Je ne crois qu’en une seule chose : l’enseignant, sa créativité et sa liberté pour lui permettre de produire une école meilleure, mais aussi plus juste. Je souhaiterais même qu’on aille beaucoup plus loin avec de vrais établissements autonomes tenus par des équipes d’enseignants volontaires, au moins dans les zones défavorisées où les enfants sont enfermés dans des écoles ghettos qui sont un scandale permanent. Il y a eu quelques expériences dans le passé comme le lycée expérimental de Saint-Nazaire, mais que l’Éducation nationale a plutôt cherché à étouffer. Comme pour la loi Macron, la droite devrait dire “ce n’est pas assez” plutôt que de mener une bataille d’arrière-garde. Elle devrait plutôt se battre contre la loi sur le renseignement.

Luc Chatel, ancien ministre de l ’Éducation nationale, n ’est-il pas un peu hypocrite, lui qui plaide pour plus d ’autonomie ?

Quel dommage qu’il n’en ait pas profité… Il aurait dû être ministre… (rires). Le problème, c’est que les politiques ont le syndrome dans la grande réforme au lieu de la stratégie beaucoup plus modeste de la petite brèche. Il aurait fallu créer un statut expérimental d’autonomie pour les établissements. Pas de quoi révolutionner l’enseignement, mais si on l’avait fait il y a 30 ans, on n’en serait pas là. L’enseignant est corseté dans une structure type armée rouge alors que c’est un artisan dans sa classe. Au moment où l’on dispose d’outils numériques pour mettre les gens en réseau ou l’on peut faire circuler à coût marginal nul la connaissance, ne pas miser sur la créativité de l’enseignant, c’est de la folie. Enfin, il y a un petit geste en ce sens !

Pourquoi les enseignants semblent-ils opposés à la réforme ?

Comme dans tout groupe humain sur cent personnes, dix sont vraiment innovants et une seule vraiment créatrice. Le problème est donc de savoir si on peut faire bouger tous les enseignants à la fois. Évidemment non, mais on peut faire bouger 10 %, qui deviendront un exemple, après des essais et des erreurs et faisons changer l’ensemble du système. On ne fait pas virer un grand paquebot comme l’Éducation nationale de force. Les réticences des enseignants par rapport à la liberté sont grandes, car ils se demandent si elle ne va pas créer des inégalités supplémentaires. Les comparaisons internationales montrent que c’est le contraire : les expériences d’établissements autonomes, comme les charters schools aux États-Unis, montrent que les premiers défenseurs de ce genre d’école sont les minorités défavorisées parce qu’elles sont une chance pour leurs enfants.

L ’UMP ne tombe-t-il pas dans une opposition caricaturale de tout ce qui vient du gouvernement ? Vous avez cité la loi Macron…

Je n’idéalise pas la loi Macron. Mais il y a des petits pas. Dans toute ma vie politique, j’ai soutenu les mesures de gauche qui allaient un peu dans mon sens pour des raisons d’honnêteté intellectuelle et de cohérence. Et je crois que ce manque de cohérence manque aujourd’hui beaucoup à la droite.

Article initialement paru sur lepoint.fr le 20/05/2015

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