Etat Providence

L’immigration ne fait pas échec à l’Etat Providence

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Dans les pages « Idées » du magazine Le Point du 20 novembre 2014, Alain Madelin répond au britannique David Goodheart qui développe une critique de gauche de l’immigration qui ruinerait l’Etat Providence et minerait même l’idée de solidarité.

« Ainsi donc les immigrés sont trop nombreux, trop différents de nous et trop coûteux pour notre économie et notre État-providence. Cette thèse n’a rien de bien neuf. Partout elle rencontre un fort écho populaire et alimente des partis xénophobes.

Ce qui mérite l’attention, c’est qu’exprimée ici par un représentant de l’intelligentsia de gauche britannique, David Goodhart, cette version « progressiste » de la « préférence nationale » trouve une nouvelle respectabilité.

Pour sauver l’Etat-Providence et l’idée même de la solidarité, il faudrait donc restreindre les flux migratoires, y compris à l’intérieur de l’union européenne élargie ; réserver le travail le logement ou les prestations de l’État-providence aux vrais citoyens ; mettre fin au « laissez-faire multiculturaliste » qui permet aux musulmans de faire passer avant leur citoyenneté une identité religieuse dont certains principes ne s’accordent pas avec nos sociétés libérales.

Si les problèmes soulevés sont bien réels, il me semble que l’on se trompe ici de diagnostic et de remède.

L’inéluctable retour de la société civile

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On se souvient -c’était il y a 10 ans-de ce constat à la fois lucide et désabusé de Lionel Jospin alors premier ministre : «l’État ne peut pas tout». Beaucoup diront qu’une telle phrase a lourdement pesé dans la défaite de Lionel Jospin deux ans plus tard.
Les choses ont bien changé depuis. Comme l’a noté avec un brin de malice le très talentueux et très engagé à gauche Jacques Julliard : «Jamais, de mémoire de libéral, on ne vit gouvernement plus acharné à persuader les Français qu’ils peuvent tout attendre de l’État.» De tous bords, après la crise financière et face à la montée des peurs des Français on proclame le nécessaire «retour de l’État», dont au demeurant nous n’avions pas observé le départ.

Pourtant, que cela plaise ou non, il va falloir alléger l’État, redéfinir son rôle et retracer ses frontières. La question qui se pose n’est pas celle du «retour de l’Etat» mais celle de sa «refondation».

Après l’Etat providence, l’Etat social 2.0 ?

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Notre Etat providence – comme tous ses homologues européens – est fourbu. Mais l’inévitable remise en cause de notre modèle social ne signifie pas la fin du social ni même la fin du haut niveau de protection sociale auquel les Français sont légitimement attachés. Dans les frontières de l’ex-ligue hanséatique, une coalition de pays réformateurs dessine un nouvel Etat social protecteur. A la rencontre d’un double héritage : celui des social-démocraties nordiques réformées et celui d’une Grande-Bretagne au thatchérisme socialisé. Son socle, c’est le modèle nordique. Vedette du dernier forum économique mondial de Davos, celui-ci offre l’exemple d’Etat providence réformé par l’injection de mécanismes d’économie de marché : privatisations, délégations de service public, marché des droits à la retraite, établissements scolaires autonomes librement choisis, flexisécurité du travail…