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Ecole / Education : Notre
méthode est celle de l'expérimentation. Les libéraux
ne croient pas à un grand soir de l'éducation ; ils ne disent
pas : voilà "la" bonne école, voilà "la"
bonne réforme. Nous n'obligeons pas tout le monde éducatif
à bouger au même moment et au même pas. Nous voulons
simplement donner des moyens à ceux qui veulent remédier
aux injustices du système actuel. Les
vraies solutions, nous les connaissons et nous les proposons depuis longtemps
: l'autonomie des établissements scolaires, la remise en cause
du pouvoir syndical, la vraie décentralisation de l'éducation
nationale, un statut expérimental de pleine autonomie pour faire
bouger les choses, la suppression de la carte scolaire. Ne
disons jamais que les enfants en situation d'échec scolaire ne
sont pas faits pour l'école ; c'est l'école qui n'est pas
faite pour eux. Alors, libérons l'école avec un statut d'autonomie
pour tous les établissements qui le souhaitent, publics ou privés
; autonomie dans l'organisation, la pédagogie, le recrutement ou
l'ouverture sur l'extérieur ; autonomie financière, garantie
par une dotation globale proportionnelle au nombre d'élèves
accueillis ; ce qui est au passage la meilleure assurance vie de la liberté
de l'enseignement. Je
ne crois pas en effet que les écoles privées d'aujourd'hui, même confessionnelles,
menacent la liberté de conscience. En revanche, un combat peut en cacher
un autre. Ce combat prétendument pour la laïcité est en réalité
un combat pour le monopole et contre la concurrence. Refuser
la concurrence, l'émulation, c'est renoncer à l'objectif
le plus admirable de Jules Ferry : l'école du peuple. Car seules
la concurrence et l'émulation peuvent améliorer l'efficacité
du système et donner le maximum de chances aux enfants. Le
statut d'autonomie est sans doute le meilleur moyen pour faire bouger
l'Education nationale. J'ai
la conviction qu'il faut abolir les frontières entre enseignement
professionnel, formation en alternance et apprentissage; entre formation
professionnelle sous contrat d'entreprise ou sous contrat d'étudiant,
entre formation professionnelle et formation continue. Non
à l'école subie, oui à l'école choisie. Libérer
les initiatives, responsabiliser les parents et les enseignants, donner
de l'autonomie aux établissements, permettre que s'en créent
de nouveaux, diversifier les offres de formation, relier l'éducation
et le monde de l'entreprise, favoriser la mobilité sociale : tels
sont les principes d'une éducation qui donne à chacun sa
chance. L'école
républicaine, celle qui fait notre fierté, est celle qui sait intégrer,
celle qui fait du mérite le vrai facteur de la promotion sociale, et non
l'argent ou les relations. Choisir
librement l'école de ses enfants, ce n'est pas seulement une liberté
fondamentale, c'est un facteur d'émulation donc d'efficacité.
Le système éducatif le plus juste est celui qui donne à
chacun sa chance. Celui qui récompense le mérite et l'effort
et s'emploie à corriger les handicaps. Libérer
les initiatives, responsabiliser les parents et les enseignants, donner
de l'autonomie aux établissements, permettre que s'en créent de nouveaux,
diversifier les offres de formation, relier l'éducation et l'économie,
améliorer la circulation des élites : tels seront les principes d'une
éducation qui donne à chacun sa chance. Tous ceux qui se reconnaissent
dans les valeurs démocratiques, tous ceux qui restent attachés à l'école
comme lieu d'intégration et de promotion sociale, ne peuvent que se rallier
à une telle ambition. Il
ne suffit pas de rejeter l'étatisation de l'enseignement libre.
Encore faut-il imaginer la libération de l'enseignement d'Etat. Ce
n'est pas l'enfant qui n'est pas fait pour l'école. C'est l'école
qui n'est pas faite pour lui. L'éducation
de l'avenir est une éducation dirigée d'en bas, par la demande.
Or la demande suppose le choix, la liberté et la concurrence des
écoles. Si
l'on veut une école toujours attentive à la demande d'éducation,
il faut que l'utilisateur détienne le pouvoir, c'est-à-dire
la liberté de choix. L'Etat
doit cesser de financer l'école pour financer l'éducation.
Autrement dit, convenons d'un système où l'Etat, au lieu
d'assurer la redistribution du produit de l'impôt directement aux
écoles, selon le nombre de professeurs, d'élèves
ou de mètres carrés, le redistribuerait directement à
chaque utilisateur, sous la forme d'une allocation scolaire. Ce
que nous vivons, ce n'est pas une crise, mais une profonde mutation de
notre société et de notre économie. Comme celle que
nous avons déjà vécue, comme celle de la révolution
agraire ou de la révolution industrielle. Cette révolution
est celle du savoir, portée par le formidable développement
des technologies de l'information. Je
ne pense pas qu'il soit bon de réduire l'homme à l'économie
et l'économie à une stricte approche comptable. L'économie,
ce sont des femmes et des hommes plus ou moins incités par les
règles du jeu à faire preuve de comportements responsables
dans tous les domaines, plus ou moins motivés à créer
des richesses, à travailler ou embaucher. Plus qu'une obligation
morale, c'est une exigence sociale. Nous
voulons une société de liberté et nous savons que
cette société conduit forcément à une certaine
inégalité des résultats. Mais nous savons aussi que
ceci n'est acceptable qu'à une seule condition : l'égalité
des chances. Et si vous n'avez pas l'égalité des chances,
c'est le pacte social qui se déchire. Attention danger. Il
s'agit de retrouver la voie libérale française ; celle qui
s'exprime par la liberté bien sûr, mais aussi par l'égalité,
l'égalité des chances, l'égalité devant la
loi ; et la fraternité, c'est-à-dire un système de
solidarité qui assure les sécurités essentielles
et ne laisse personne au bord du chemin. Nous
regardons trop souvent le problème de l'emploi dans un rétroviseur.
Nous cherchons à prolonger le passé plutôt qu'à
découvrir ce que seront les emplois de demain. S'il
est peu raisonnable d'envisager au début du 21ème siècle
le retour au plein emploi traditionnel, nous pouvons en revanche faciliter
l'émergence d'une société de plein travail. Le chômage est
une panne de création, un panne de l'échange.
De nouvelles entreprises, de nouvelles activités, des innovations,
voilà la recette de l'emploi. Penser que l'emploi
résulte du mariage d'un règlement d'un fonctionnaire et
d'une subvention, est une absurdité. L'emploi est le résultat
du mariage d'un entrepreneur, d'une liberté, et d'un investissement.
Le travail ce n'est pas seulement une affaire de salaire, c'est une affaire
de dignité. Derrière le travail, il y a la considération,
l'estime que l'on trouve au fond de soi-même ou dans le regard porté
sur vous par vos enfants. Je pense qu'il est possible aujourd'hui d'aller au-delà de la disparition de ce sur-chômage et de retrouver le chemin d'un vrai plein-emploi. En effet, je n'ai jamais cru aux thèses de la fin du travail, de la pénurie d'emplois et de la nécessité d'organiser le rationnement. L'emploi est illimité. Et le chômage est pour l'essentiel le résultat d'une panne dans les circuits de création et d'échange.. Si
l'on veut multiplier les emplois, il faut multiplier les entrepreneurs
et réduire les obstacles qui sont sur leur route. L'emploi c'est la
première de nos sécurités sociales, la meilleure
réponse à l'exclusion. Ne
soyons pas victimes d'une illusion d'optique. Toute subvention donnée
à une entreprise, quel qu'en soit le motif, pèse forcément
ailleurs sur l'économie. C'est un investissement en moins ou une
consommation en moins. Et à l'effet visible de création
d'emploi qui peut être lié à une subvention, il y
a l'effet invisible des destructions d'emplois ou des emplois qui ne pourront
se créer par ailleurs en raison de ce prélèvement.
On voit la main qui donne mais on ne voit pas celle qui prend.
Il n'est pas très difficile de créer des emplois pour les
jeunes avec l'argent public. Mais qui sème de tels emplois récoltera
illusions et impôts. Pour
multiplier les emplois, il faut multiplier les entrepreneurs, diviser
les obstacles qui sont sur leur chemin, inventer de nouvelles formes de
travail et d'emploi. C'est ce que j'appelle la "relance par l'entrepreneur".
Il y a aujourd'hui 2.400.000 entrepreneurs en France. Ils constituent
2.400.000 chances de créer des emplois. Des millions de Français,
aussi, souhaiteraient se mettre à leur compte, créer leur
entreprise. Ils constituent autant de chances supplémentaires. Pour
qu'il y ait sans cesse de nouveaux entrepreneurs, il faut arrêter
d'entraver la liberté d'entreprendre. Il faut donc rendre aux Français
-pas seulement aux dirigeants d'entreprise, mais aussi à leurs
cadres et à leurs salariés- le goût d'entreprendre,
d'innover, de créer, et relancer les initiatives.
Dans la bataille pour la création d'emplois, tout commence par
le bas. Ce qu'il faut, c'est mobiliser le talent, l'énergie de
tous ceux qui vont découvrir le futur. Aujourd'hui,
il nous faut "miser sur les petits" : petits entrepreneurs,
travailleurs indépendants, commerçants, artisans... Ces
"petits" entrepreneurs ne constituent pas je ne sais quelle
survivance du passé, condamnée au nom de la rationalisation
économique. Ils sont la préfiguration de l'activité
économique à taille humaine, telle qu'elle pourrait se développer. Les
hommes et les femmes qui font la libre entreprise au quotidien constituent
une France active, responsable, qui, jour après jour, fait face
à des charges considérables, assimile des réglementations
innombrables, remplit des formulaires incompréhensibles. Une
entreprise n'est pas un bien comme les autres, c'est un patrimoine qui
profite à toute la société. On
peut dire, en résumé, que le premier rôle de l'Etat n'est pas d'intervenir
pour protéger l'environnement mais de faire des lois qui permettent au
droit de protéger l'environnement. Nous
devons dire aux écologistes que nous ne pensons pas que l'environnement
sera mieux protégé si on en confie toujours plus la garde à l'Etat. Lorsque
l'on dit que l'Etat est responsable, plus personne ne se sent responsable.
L'important
aujourd'hui est de faire appel à l'esprit de responsabilité des acteurs
économiques, de faire bénéficier la protection de l'environnement de la
vitalité et de l'émulation créatrice de l'économie privée.
Je ne plaide pas pour un Etat faible, mais au contraire pour un Etat Fort,
Un Etat visible et efficace dans ses fonctions, dans ses devoirs et dans
ses missions. Pour
être respecté, l'Etat doit être respectable. Or trop
souvent les Français ont le sentiment que la Loi n'est pas la même
pour tous, qu'il existe deux poids, deux mesures.
Nous devons tendre vers un but primordial, clef des démocraties
modernes et base d'une économie de liberté : l'Etat de droit.
L'Etat de droit, c'est d'abord bien sûr, un Etat fort et respectable
qui fait respecter le droit. Mais c'est aussi un Etat où la Loi
est la même pour tous, qu'elle protège ou qu'elle punisse,
où elle s'applique à tous de la même façon.
A l'Etat, aux hommes qui le dirigent ou le représentent, comme
aux simples citoyens. Ce
qui doit reculer, c'est l'Etat envahissant. Ce qui doit progresser, c'est
la société civile et les règles de droit. Cela signifie
concrètement que nous devons, chaque fois que possible, substituer
le contrat à la réglementation étatique et à
la législation. Nous
sommes un peuple qui possède un gouvernement et un Etat, et non
pas l'inverse : l'Etat doit être au service des citoyens et non
les citoyens au service de l'Etat. L'Etat
de droit, ce n'est pas un Etat au-dessus de la loi. Ce n'est pas davantage
un Etat qui fait arbitrairement la loi. C'est un Etat soumis au droit. Ce
que nous vivons, c'est une crise de l'Etat. Et nous avons plus de mal
à la soigner que d'autres, dans la mesure où la France s'identifie
pour une marge part à son Etat, alors que la Grande-Bretagne s'identifie
à la Démocratie, l'Allemagne au peuple, les Etats-Unis à
la liberté. Cette crise de l'Etat et donc un peu aussi une crise
de l'identité française. Trop
d'Etat affaiblit l'Etat, trop d'autoritarisme use l'autorité. Je crois
que le problème n'est pas de savoir s'il y a trop d'Etat ou pas assez
d'Etat. Le problème, c'est que l'Etat n'est pas à sa place. Réorganiser
l'Etat, c'est faire le choix d'un Etat recentré sur ses vraies
missions, d'un Etat qui assure pleinement la justice et la sécurité.
Je
suis passionnément européen, depuis toujours. J'ai toujours
défendu l'idée, même si celle-ci est souvent mal comprise,
d'un fédéralisme européen. D'un fédéralisme
remis à l'endroit, autour de ce principe fédérateur
: le principe de subsidiarité. Un principe de subsidiarité
qui doit nous conduire, en France comme en Europe, à remettre l'homme
au cur de la société, à revenir aux sources
de l'humanisme européen. L'Europe
c'est une chance accrue de prospérité pour les Français.
L'Europe c'est aussi une nouvelle ambition sociale. C'est davantage de
liberté du travail et davantage de libertés dans le travail.
L'Europe c'est aussi l'occasion de retracer les frontières de l'Etat,
entre l'Etat et l'Europe, entre l'Etat et la société civile.
Si un arbre est plus qu'un arbre -comme a dit le poète- parce qu'un
arbre c'est aussi le nid, le fruit, la brise, l'ombre et les racines,
eh bien l'Europe est plus que l'Europe. Ce qui fait l'Europe, c'est une
culture, des valeurs qui ont donné au monde la civilisation de
l'efficacité économique et la civilisation des droits de
l'homme. L'idée
d'un super-Etat européen conçu comme un décalque,
à l'échelon supérieur, des institutions de l'Etat
Nation centralisé, ne fait plus guère d'adeptes. Ce serait
rendre un mauvais service à l'Europe que d'imaginer des institutions
qui, par dérives successives aboutiraient à fondre dans
un même moule les diversités qui font la richesse et le génie
de l'Europe.
La communauté européenne, puis l'union européenne,
ont été fondées sur la vision prémonitoire
des pères de l'Europe : la réconciliation franco-allemande
au service de la paix ; la prospérité retrouvée par
le marché commun, prolongée par un marché unique
et par une monnaie européenne ; l'union politique dans un équilibre
entre les éléments du fédéralisme et le respect
des identités nationales. L'Europe
de l'emploi, celle du progrès économique et du progrès
social, sera moins le fruit de la multiplication des initiatives publiques
-aussi imaginatives soient-elles- que celui d'un environnement juridique
et institutionnel favorisant le libre jeu des initiatives privées
et de la libre concurrence, principes affirmés par le Traité
de Rome et réaffirmé par l'Acte Unique. Vouloir
l'Europe, ce n'est pas seulement apporter une réponse collective
à la nécessité d'organiser et de défendre
un même espace commun. C'est aussi saisir la chance que nous donne
l'histoire, de retrouver les fondements d'une société de
confiance dans la personne, et de revenir aux sources de l'humanisme européen.
Il y a maintenant 10 ans que les libéraux ont jeté les bases
de ce que pourrait être une vraie constitution européenne
adaptée à la grande Europe. Il s'agirait de reprendre les
traités existants, de les clarifier en une quarantaine d'articles
principaux, intégrant la convention européenne des droits
de l'homme, de mieux délimiter les pouvoirs, mieux définir
les modes de décision et donner une vraie garantie constitutionnelle
au principe de subsidiarité en offrant des voies de recours devant
une Cour de Justice ayant vocation à devenir une vraie Cour Constitutionnelle
Européenne.
L'Europe est à la recherche d'un second souffle. Elle a besoin
qu'on lui redonne un sens. Ce nouveau souffle est possible. A condition
de penser l'Europe autrement. L'Europe du XXI ème siècle
ne ressemblera en rien à la communauté européenne
construite sur les ruines de la deuxième guerre mondiale. La
réunification de l'Europe, ce n'est pas seulement la réunification
d'un espace géographique, c'est aussi le retour aux fondements
mêmes de l'Europe. La marque du génie européen, c'est
la proclamation que l'homme a en tant que tel des droits fondamentaux
supérieurs à tout pouvoir, que ce soit celui d'un tyran,
d'un roi, ou même d'une assemblée parlementaire. L'autorité
publique ne fait pas le droit, elle est soumise au droit. Le génie
européen, c'est d'avoir fait de ces valeurs, issues de l'humanisme
libéral -la souveraineté de la personne et la supériorité
du Droit- des valeurs universelles que notre siècle a eu trop tendance
à oublier et qui reviennent en force aujourd'hui.
La construction européenne porte ainsi en germe le dépassement
de notre conception traditionnelle de la souveraineté liée
à la fois à un Etat-nation-territoire, et à l'identification
de la volonté souveraine de la nation avec la volonté toute
puissante du peuple exprimée démocratiquement selon la règle
de la majorité. En
cette fin de siècle où deux générations se
croisent en Europe, celle de l'après-guerre et celle de l'après-mur
de Berlin -celle des pères fondateurs de l'Europe à qui
l'on doit l'Europe de la paix bâtie sur la réconciliation
franco-allemande et celle qui aura à construire la grande Europe
réconciliée avec elle-même- l'Europe a-t-elle peut-être
inconsciemment souhaité une pause avant de dessiner son nouveau
visage ?
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