Une
biographie d'Alain Madelin publiée en 2002 par Marie-Ange
Michelet et complétée depuis. |
| Fidèle
à ses origines populaires
Il
est pour l'égalité des chances. Il croit au mérite, à la
récompense de l'effort. Il dit que le travail est le seul
capital des plus pauvres. Il fait confiance à l'homme, à
son initiative, à sa liberté. Il veut réunir générosité,
prospérité et solidarité. Avec la volonté de ne laisser
personne au bord du chemin. Et de donner à chacun sa chance,
toute sa chance. L'ascenseur social pour tous. |
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Ces leçons de
vie, Alain Madelin les a apprises dans la chaleur familiale
du "pièce-cuisine" de Belleville auprès d'un père, OS chez
Renault, et d'une mère, dactylo dans une entreprise de transports.
Un milieu modeste, des gens simples et heureux qui lisaient
Maupassant, et qui partaient en vacances en Normandie, planter
leur tente dans un coin de jardin d'une pension de famille
d'Houlgate. La tente datait du Front Popu et des premiers
congés payés de Gaétan et Aline, les parents d'Alain Madelin.
- Nous allions ramasser les coques en grattant le sable.
Ensuite, nous les faisions cuire sur un réchaud à pétrole.
C'était l'été 53. Madelin avait sept ans.
-
La vie m'apparaissait comme un long fleuve tranquille, dit-il.
Mon père avait quitté l'usine pour un emploi de bureau et
la nuit, il travaillait comme comptable aux Halles de Paris.
Il travaillait beaucoup.
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La
politique n'était pas présente chez les Madelin. Certes,
les amis de la famille vendaient l'Huma à la sortie des
métros mais Gaétan, le père n'en était pas. Pas de lutte
des classes au p'tit déj' ou de préparation du Grand soir,
au souper. Il faisait partager à son fils sa vision modérée
de la société.
Alain
Madelin est d'ailleurs resté fidèle à ses origines, aux
quartiers pauvres où il a grandi. Et il est vrai que pour
un certain establishment -sur lequel il a toujours porté
un regard ironique-- il est toujours le vilain petit canard. |
| Regard
malicieux, lippe gourmande, mèche rebelle, le petit canard
à la gueule de gavroche fait ses classes près des fortif's,
à la ceinture de Paris, dans le quartier populaire de Belleville-Menilmontant.
Madelin est éclaireur de France. Avec sa patrouille, qu'il
finira par diriger, il découvre les camps scouts, la vie de
plein air où il faut jouer d'ingéniosité. L'amitié, la solidarité,
les valeurs, les grandes causes. La vertu de l'engagement.
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- Pour faire notre B.A, se souvient Madelin,
nous allions dans les caves des immeubles remplir les seaux
de charbon que nous montions dans les étages aux personnes
âgées. Nous allions également nourrir les chats dans les
cimetières. J'allais aussi faire des tours de magie dans
les orphelinats ou dans les hôpitaux pour distraire les
enfants malades.
Arrive
1962. L'année charnière. Madelin est en classe technique
au lycée Voltaire où il apprend l'ajustage, le tournage,
le fraisage avec pour perspective la préparation des Arts
et Métiers. Uniforme et chapeau rond des troupes de Baden-Powell
sont, depuis plusieurs mois, définitivement rangés dans
un carton à souvenirs. L'époque est à l'Algérie. Les Français
se déchirent dans des débats passionnels qui se terminent
souvent en bagarres de rues. Le lycée Voltaire, bastion
communiste, souffre du même climat. Madelin s'oppose. Il
participe aux distributions de tracts, se heurte aux groupes
du PC.
-
Pour certains, explique
Alain Madelin, la vie politique
fait partie d'un plan de carrière, amorcé par des études
bien tranquilles à Sciences-Po ou à l'ENA. Tel n'a pas été
mon cas. Je m'y suis jeté avec passion dès mon adolescence.
Au temps où l'Histoire brûlait une partie de la jeunesse. |
| Le
19 mars 1962, la signature des accords d'Evian marque la
fin de l'Algérie française. Le 26 mars -jour anniversaire
des 16 ans d'Alain Madelin - la fusillade de la rue d'Isly,
à Alger, provoque 80 morts et 200 blessés dans la foule
des manifestants Pieds-Noirs mitraillés par l'armée.
En avril, alors que commence l'exode de la population française
d'Algérie, Madelin se mobilise avec un groupe d'amis pour
aller soutenir les rapatriés. En mai, juin, les premiers
récits des massacres des Harkis abandonnés par le gouvernement,
avec l'approbation de la. gauche et des communistes, commencent
à circuler. Effroyables. Terrifiants. Indignes.
-
Inacceptables. L'image insupportable du martyre de ceux
qui avaient porté l'uniforme français : les Harkis. Aujourd'hui,
dans les mêmes circonstances, précise Madelin, les
responsables de cet abandon seraient traduits devant un
tribunal international.
Le drapeau français taché, l'armée salie… Le jeune
lycéen n'accepte pas. Il rejoint un groupe d'étudiants nationalistes
et s'engage.
-
Passionnément. Sans réserves, reconnaît-il
Après l'Algérie et la cause harkie, vient celle du Vietnam
du sud. Le quartier latin est coupé en deux. Les groupuscules
s'affrontent avec violence. Alain Madelin qui a abandonné
l'idée de devenir ingénieur des Arts et Métiers est étudiant
en droit à Assas où il pratique également la boxe universitaire.
Face aux organisations communistes et gauchistes qui tiennent
la rue et soutiennent les forces du Vietnam du nord, une
poignée de jeunes gens se regroupent au sein d'un mouvement
baptisé "Occident".
- Le communisme était pour moi le totalitarisme de ma
génération, explique Madelin. Les goulags, les grandes
répressions, les procès staliniens et tout un système fondé
sur le mensonge, voilà ce que je voulais combattre. Cela
ne m'a jamais empêché de côtoyer des militants communistes,
modestes ouvriers amis de ma famille, vendeurs de l'Humanité-dimanche
et d'estimer leur sincérité. Mais cela m'a conduit aussi
à un anticommunisme militant, extrême et passionné, qui
a accompagné une bonne partie de ma vie d'étudiant. Et comme
à ce moment-là, la France de l'anticommunisme était marginalisée,
nous avons été systématiquement confinés à l'extrême--droite.
En face, ils étaient pour Mao et Pol Pot, pour les Gardes
rouges et pour les Khmers rouges. Je ne regrette pas de
ne pas avoir choisi ce camp-là.
Dans le Paris de l'après mai-68, tandis qu'on bitume les
rues dépavées de St Michel et que les gaullistes reviennent
en force à l'Assemblée Nationale, Alain Madelin tourne la
page et renoue avec des activités plus studieuses. Il fréquente
la bibliothèque Ste Geneviève. Il découvre Benjamin Constant,
Alexis de Tocqueville. Il assiste aux cours et aux conférences
de Raymond Aron et de Bertrand de Jouvenel, un des maîtres
de l'écologie. A l'Institut d'Histoire Sociale, il développe
sa connaissance du monde communiste aux côtés de Boris Souvarine,
un compagnon d'armes de Lénine, premier vrai opposant de
Staline, et fortifie son libéralisme naissant. Il collabore
à "Etudes Sociales et Syndicales" et travaille sur les liens
du mouvement ouvrier avec le libéralisme français du XIX
siècle. A l'automne 1968, Madelin participe, avec Jacques
Rueff, à la première semaine de la pensée libérale organisée
par l'Institut d'Histoire Sociale.
- Tout jeune adolescent, je me suis révolté contre le
totalitarisme communiste, et je me suis engagé. Ce même
engagement m'aurait sûrement conduit en 1940 à lutter contre
le totalitarisme nazi et le régime de Vichy. C'est en réfléchissant
aux raisons de cet anti-totalitarisme viscéral que je suis
venu à la philosophie libérale. |
| "Redonner
à l'homme toute sa liberté et toute sa responsabilité, lui
offrir toutes les chances de s'épanouir, de se réaliser"...
c'est, depuis trente ans, le sens du combat mené par
Alain Madelin
-
Aux origines de la pensée dont je me réclame, dit-il,
il y a cette apostrophe d'un marchand malouin François Legendre
à qui Colbert demandait un jour ce qu'il devait faire pour
favoriser le retour de la prospérité en France. La réponse
est restée célèbre : "Laissez-nous faire." C'était
là une formule déjà révolutionnaire car elle signifiait
: "Laissez-nous agir, supprimez toutes les entraves
qui sont devant nous !" Ce n'était pas l'expression d'un
laisser-aller, mais une revendication forte : "Laissez-nous
prendre nos responsabilités." Aujourd'hui, cette exigence
de responsabilité revient avec force. Jamais nos compatriotes
n'ont éprouvé aussi consciemment le désir d'exercer leurs
capacités d'initiative et de choix. Beaucoup d'entre eux,
les jeunes en particulier, ont renoué avec l'esprit de conquête.
Ils veulent prendre toute leur place dans notre société.
Ils ne sont plus disposés à accepter les contraintes administratives,
les restrictions réglementaires, les exigences bureaucratiques
que leurs aînés, hier, acceptaient sans rechigner. Ils souhaitent
davantage d'autonomie. Laissons-les prendre toute leur place.
En octobre 1968, Alain Madelin adhère aux Républicains Indépendants,
un jeune mouvement politique dirigé par Valéry Giscard d'Estaing.
Il a 22 ans. Sa culture politique, son efficacité, son dynamisme
et sa force de travail impressionnent des personnalités
politiques et hommes d'appareils tels que Michel Poniatowski,
Michel d'Ornano, Alain Griotteray, Roger Chinaud. Entre
deux piges au journal Combat, quelques travaux de nuit aux
Halles de Paris pour financer ses études de Droit et de
Lettres, Madelin participe à la rédaction des journaux du
parti et s'intéresse déjà à la formation des militants.
Un rôle qui lui sera dévolu pendant de nombreuses années
chez les R.I mais également au Parti Républicain après l'élection
de Valéry Giscard d'Estaing à la Présidence de la République.
Madelin,
"l'agitateur
d'idées", comme on le définira plus tard, fait ses classes
politiques tout en poursuivant ses études d'avocat. En 1971,
il prête serment au barreau de Paris mais sa passion politique
est tenace. Et lorsqu'en 1973, année de son mariage, Giscard
d'Estaing lui demande de représenter les couleurs des Républicains
Indépendants dans un fief communiste de la banlieue de Paris,
le jeune avocat quitte définitivement les salles des tribunaux
pour les tribunes des meetings. Madelin se présente aux
législatives contre Guy Ducolonné, vice-président du groupe
communiste à l'Assemblée nationale, et député sortant de
Malakoff, bastion rouge des Hauts de seine. Le combat est
sans espoir. Le jeune candidat giscardien obtient néanmoins
45 % des voix. Une défaite plus qu'honorable qui lui vaut
d'être intégré à l'état-major de VGE aux élections de 1974,
la première campagne présidentielle d'Alain Madelin
La
victoire de Giscard permet à Madelin d'étendre ses activités
au sein du Parti Républicain. Conférences, débats, rédactions
de brochures, d'articles, préparation de dossiers, organisation
de stages de formation. Alain Madelin est présent sur tous
les fronts de la pensée républicaine. Présent aussi dans
son terroir de Bretagne où, en 1978, il devient député de
Redon en Ille-et-Vilaine avec 66 % des voix au second tour.
Il a trente-deux ans. Son arrivée sans cravate dans l'hémicycle
le fait rappeler à l'ordre par le président du jour qui
n'est autre que le communiste Ducolonné, une de ses vieilles
connaissances. |
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Le
ton est donné. Le jeune député aux allures d'étudiant désinvolte
est un politique aux idées neuves qui va faire bouger la
vieille maison. Il dit ce qu'il pense. Il fait ce qu'il
dit. Il applique ce qu'il définit comme "le devoir d'intelligence"
qui le porte à "pousser au maximum la logique de ses
idées quitte à choquer ou à en subir les conséquences si
l'opinion n'est pas prête". En 1979, co-auteur d'une
proposition de loi sur les radios libres, il proteste contre
l'inculpation de François Mitterrand dans l'affaire de la
radio socialiste "radio Riposte". Logique, dit-il.
Mains
dans les poches, dossier sous le bras, écharpe jetée sur
l'épaule, la silhouette nonchalante d'Alain Madelin devient
familière aux huissiers de la salle des quatre colonnes.
Le député breton ne rate pas un débat. Ce dévoreur de livres
sait aussi disséquer les textes. Les socialistes l'apprendront
à leurs dépens lorsque la vague rose va submerger l'Assemblée. |
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En 1979,
avec Léotard, Longuet, d'Aubert, Pierre-Bloch… Madelin
se rend au Cambodge. Le pays, exsangue, vient d'être "libéré"
par l'armée vietnamienne de la sanglante dictature Khmer
Rouge. A Phnom Penh, Madelin, bouleversé par l'atrocité
du génocide, profite d'une rencontre protocolaire avec l'ancien
Khmer Rouge Ieng Samrin, placé par les Vietnamiens à la
tête du pays, pour le traiter, droit dans les yeux, de "criminel
de guerre".
-
C'est d'ailleurs dans les camps de réfugiés cambodgiens,
explique Alain Madelin, que j'ai rencontré les "Médecins
sans frontières", et que je me suis lié d'amitié avec beaucoup
d'entre eux, même si nous avions eu souvent des parcours
politiques d'étudiants très différents.
Parmi
eux,
Claude Malhuret, alors Président de "Médecins sans frontières"
en compagnie duquel Alain Madelin va réaliser de nombreuses
missions humanitaires.
- Au Cambodge, précise Madelin, mais aussi en
Ethiopie, en Afghanistan aux cotés de la résistance bombardée
par l'aviation soviétique. Au terme de voyages au bout de
l'horreur et de la folie des hommes... Aujourd'hui encore,
je suis marqué par le souvenir des charniers cambodgiens,
de ces plateaux éthiopiens où des dizaines de milliers de
femmes, d'hommes et d'enfants dormaient à même la terre,
en haillons, à moitié nus, grelottant de froid et de faim
dans la nuit glacée. Je me souviens du regard implorant
des survivants au petit matin.
Avec ces voyages, Alain Madelin touche du cœur la terrible
réalité des justes causes qu'il défend. Il en revient à
chaque fois bouleversé et livre ses témoignages d'une voix
chargée d'émotion. C'est avec les larmes aux yeux qu'il
racontera le calvaire des enfants cambodgiens dans une émission
des Dossiers de l'écran qui fera date.
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A
Redon, les habitants suivent avec intérêt -et une petite fierté-
les missions humanitaires de leur jeune député... Ils le font
avec d'autant plus de plaisir que Madelin ne les oublie pas.
- Il est bien d'ici, disent ses électeurs redonnais.
- Il a des idées sur tout, pour tout, tout le temps et
partout... Il va jusqu'au bout ! |
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Dans
sa circonscription de Bretagne, Madelin multiplie les projets.
Il se veut proche des gens, défendant avec ardeur la cause
des plus modestes, "toujours prêt" -comme il dit- à mettre
ses relations au service de ceux qui n'en ont pas. Et dans
cette région, victime d'un taux record de chômage, il va
gagner la bataille pour l'emploi. Il favorise l'implantation
d'entreprises, il développe des opérations innovantes. Redon
passera d'un taux record de chômage à un taux record de
créations d'emplois.
La Bretagne est sa région. Il y plonge ses racines. A côté
de Redon, vit sa tante. A Redon même, il y a la maison familiale,
occupée par sa mère. Madelin, lui, s'est installé à la périphérie
de sa ville. Il passe ses week-ends à bricoler dans sa maison,
à jardiner dans son potager, à créer des petits plats
dans sa cuisine, à travailler dans sa bibliothèque où s'alignent
plusieurs centaines d'ouvrages, tous politiques.
En 1981,
en plein raz-de-marée socialiste, il est réélu dès le premier
tour. Il le sera en 1986, 1988, 1993 et 1995, année où il
est également élu maire de Redon. Dès lors, il installe
une nouvelle équipe municipale qu'il anime et à laquelle
il délègue largement les responsabilités. Mais conscient
de "l'exigence grandissante de présence" dans les
différentes manifestations de la vie locale, il passera
le relais aux élections de mars 2001. |
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Mais
1981 est une victoire un peu amère pour Alain Madelin. Le
départ de Giscard, battu aux présidentielles, l'a affecté.
Les sifflets et quolibets qui ont éclaboussé l'ancien Président
à sa sortie de l'Elysée l'ont indigné. Lors d'une ultime
cérémonie à l'Arc de Triomphe, le jeune député républicain
est un des rares fidèles à venir serrer la main du président
vaincu : "Giscard représentait un réel espoir de changement
et je lui conserve beaucoup d'estime et d'amitié".
Paradoxalement,
pourtant, l'arrivée au pouvoir des socialos-communistes
va lui permettre de donner toute l'étendue de son registre.
Ses interventions vigoureuses mettent les socialistes en
furie. Les députés barbus qui jalonnent les bancs de la
gauche l'injurient. Madelin fait face. Dans la guerre scolaire,
la liberté de choisir son école, il dépose plus de cinq
cents amendements, il s'oppose au projet socialiste portant
atteinte à la liberté de la Presse, débat dans lequel, après
avoir mis en cause certaines accointances vichystes -aujourd'hui
bien connues- de François Mitterrand, il est… censuré,
avec les députés Jacques Toubon et François d'Aubert, par
les parlementaires socialistes et communistes.
Hussard
de l'opposition, cadet de la droite, croisé libéral…les
titres des journaux brillent comme des galons sur les épaules
du jeune député.
-
Madelin est le plus intelligent de sa génération, commente
Jacques Attali, à l'époque conseiller de François Mitterrand.
Il occupe parfaitement le créneau d'une droite qui serait
enfin à droite alors que depuis De Gaulle, elle souffre
d'être nulle part.
A droite
Madelin ? Certes mais une droite libérée de son carcan de
certitudes.
- Ne m'enfermez pas ! répond-il aux tenants des idées
toutes faites.
Le député Républicain est un anticonformiste inné, un "non-aligné"
qui, sans se soucier de dérouter son propre camp, votera
la Loi Veil, l'abrogation de la fameuse "Loi sécurité liberté",
approuvera la suppression des quartiers de haute sécurité
dans les prisons et dénoncera le mauvais procès fait au
socialiste Robert Badinter, alors ministre de la Justice,
expliquant : - je préfère un garde des Sceaux qui abroge
des lois d'exception à un garde des Sceaux qui inventerait
des textes répressifs...
Toujours contre la répression, Alain Madelin multiplie ses
voyages dans les pays de l'Est. Il rencontre clandestinement
les dissidents. En juillet 1985, il défie les autorités
soviétiques en posant une plaque " Andreï Sakharov " sur
la façade du ministère de la Justice à Moscou. |
| Au
changement de majorité, avec la victoire de la droite -dont
il est l'un des artisans de l'union- aux législatives de
1986, Alain Madelin qui avait été chargé de préparer une
plate-forme de gouvernement, obtient un des ministères importants
du gouvernement Chirac : l'Industrie, les PTT et le Tourisme.
Fidèle à ses idées, il réforme de fond en comble "ce
ministère hérité du dirigisme et du Plan". Partisan
de la baisse des dépenses publiques, il décide de réduire
de 10 milliards de francs le budget de son ministère. Les
mesures passent et produisent des résultats. L'Industrie
sortira dopée de ces deux années Madelin, au cours desquelles
le jeune ministre n'hésitera pas à prendre des "décisions
difficiles et courageuses", singularisant "la méthode
Madelin". |
 |
-
Prenons le cas des chantiers navals, raconte Alain Madelin.
En 1986, l'entreprise était en quasi-faillite, largement
subventionnée par l'Etat, à hauteur de 300 000 francs par
an et par salarié. Deux solutions se présentaient : reporter
le problème à plus tard, ce qui était vivement conseillé,
ou fermer les chantiers navals avec tous les risques politiques
et sociaux que cela comportait. J'ai choisi la seconde solution,
mais en utilisant la technique du "donnant donnant". Je
suis allé voir Jacques Chirac et je lui ai dit : "Monsieur
le Premier Ministre, si l'on ne fait rien, nous serons obligés
de continuer à subventionner, ce qui aura un coût budgétaire
important dans les deux ans qui viennent. Donnez-moi une
partie de cet argent et nous réglerons le problème."
Ce que nous avons fait en donnant au personnel une prime
de départ importante, constituant en quelque sorte un capital
pour un nouveau départ dans la vie. En donnant aussi aux
communes frappées par la fermeture des chantiers navals
le bénéfice de zones d'entreprises, négocié avec Bruxelles,
permettant d'attirer de nouvelles entreprises au moyen d'une
exonération totale de l'impôt sur les sociétés pendant dix
ans. Une telle reconversion ne s'est pas faite sans heurts,
mais, au bout du compte, il y a eu davantage d'emplois créés
que d'emplois supprimés.
Avec
la réélection de Mitterrand en 1988, qui met un terme à
la cohabitation, Madelin perd son ministère. Libéré de sa
charge, il reprend ses voyages à l'Est où le Mur commence
à se lézarder. |
 |
-
La chute du Mur de Berlin, au-delà de la chute de l'Empire
soviétique, a été pour moi ce qui restera sûrement comme
la plus grande satisfaction politique de mon existence.
De toutes mes forces, j'espérais voir un jour s'effondrer
le totalitarisme communiste et, pour être franc, je n'étais
pas sûr de voir cela de mon vivant. C'est dire si j'ai accueilli
les premiers signes de craquement à l'Est avec une attention
fébrile. J'ai très tôt multiplié les contacts dans ces pays,
et les hasards de l'histoire ont fait que j'ai alors noué
des liens d'amitié avec beaucoup de ceux qui allaient assurer
la relève démocratique et la transition économique au sortir
du communisme. J'étais à Budapest le jour de la proclamation
de l'indépendance hongroise, trente-quatre ans jour pour
jour après l'insurrection du 23 octobre 1956. J'étais à
Bucarest au lendemain de la chute de Ceausescu, avec les
étudiants roumains qui avaient provoqué la révolution. J'étais
à Vilnius, entré clandestinement en Lituanie, dans le bureau
du président Lansbergis, qui négociait alors avec Gorbatchev,
dans un Parlement encerclé par les chars soviétiques, défendu
par des barricades gardées avec ferveur par tout un peuple.
-J'ai éprouvé beaucoup d'amertume de voir la France impuissante,
incapable de comprendre, de saisir la dimension historique
de ce qui était en train de se passer. C'était l'époque
où François Mitterrand, son ministre des Affaires étrangères,
Roland Dumas, ou encore Jacques Delors nous expliquaient
doctement que la chute du mur de Berlin n'entraînait en
rien la réunification allemande ! Je crois qu'à ce moment-là,
la France a manqué le rendez-vous que l'Histoire lui donnait.
J'ai pensé dès lors que nous devions revoir notre scénario
de la construction européenne. Et que, comme l'Allemagne
avait fait la réunification allemande, la tâche de ma génération
serait de mener à bien la réunification de l'Europe.
En 1989,
Alain Madelin développe l'Institut Euro 92, un "think
tank" à la française, lié en réseau à une centaine d'instituts
dans le monde. Une machine à réfléchir et à produire des
idées. En parallèle, Madelin dirige aussi la campagne de
la liste d'union de l'opposition conduite par Valéry Giscard
d'Estaing aux élections européennes. Peu après, pour raccommoder
l'opposition, rénover ses idées et ses propositions, et
préparer les élections législatives, il imagine "les
états généraux de l'opposition" qu'il conduira pour
l'UDF avec Nicolas Sarkozy pour le RPR. |
A
l'automne 1992, Madelin s'oppose publiquement à certains de
ses amis sur la politique monétaire de la France. Et contrairement
à toutes les prévisions de l'époque, il affirme avec justesse
qu'elle va conduire à la récession. Lorsque Edouard Balladur
formera son gouvernement, il reprochera à Alain Madelin ce
langage de vérité. En conséquence, il ne le nommera pas ministre
des Finances mais ministre des Entreprises et du Développement
économique. Un poste où Alain Madelin va produire un certain
nombre de réformes qui vont le rendre très populaire chez
les petits entrepreneurs et les artisans.
Mais Madelin ne se reconnaît pas dans la politique monétaire
de Balladur qui continue à jouer le franc fort. D'ailleurs,
la récession qu'il a pronostiquée arrive et en août 1993,
le franc décroche du mark. Les déficits se creusent, l'endettement
public explose. |
|
Ce combat
pour une autre politique économique amène Madelin à rencontrer
Chirac. Celui-ci est attentif aux propos du bouillant ministre.
L'homme l'intéresse. Les deux hommes se retrouvent en Corrèze.
Autour des plats traditionnels d'une bonne cuisine française
qu'ils affectionnent et dévorent à grands coups de fourchettes,
ils échangent des idées fortes, se découvrent des valeurs
communes. De retour à Paris, Madelin a fait son choix. Très
tôt, il pressent que "les présidentielles ne se joueront
pas au centre mais au peuple..." Et, à contre courant
de l'opinion et de ses amis politiques, il croit aux chances
de Chirac dont il va conduire la campagne.
Le 20
janvier 1995, il publie dans le Figaro "Pourquoi je soutiens
Chirac" . Madelin met sa personnalité, ses mots clés,
ses petites phrases, - dont le fameux "l'ascenseur social
est en panne" - ses discours au service du candidat
à l'élection présidentielle qui lui devra une grande partie
de sa victoire. Dans le même temps, il crée Idées-Actions,
sa propre structure, et rassemble plus d'un millier de participants,
salle Wagram, le 9 mars 1995, au dîner fondateur du mouvement.
Il publie "Mes chers compatriotes", dans lequel il présente
son programme politique.
Le 18
mai 1995, Alain Madelin est nommé Ministre des Finances
du gouvernement qu'Alain Juppé, premier Ministre du nouveau
président Jacques Chirac, vient de constituer. Les marchés
financiers saluent l'arrivée d'Alain Madelin à Bercy. Le
nouveau ministre des Finances est précédé d'une flatteuse
réputation sur le marché international. C'est un des rares
hommes politiques français à être distingué par le Wall
Street Journal, le service économique de la BBC lui a consacré
des reportages élogieux, le célèbre magazine Fortune l'a
classé comme l'une des personnalités européennes les plus
performantes. |
|
Très
rapidement, pourtant, les relations se gâtent entre les
deux Alain.
- Avec Juppé, je me suis bien entendu…les premières
quarante-huit heures, explique Madelin. Nous avons
abordé trois dossiers de fond : le projet de budget 96,
la réforme fiscale, le débat sur la réforme sociale. Début
août, nous étions d'accord sur tout. Fin août, il avait
changé d'avis sans que je comprenne pourquoi. Alors, nous
avons… divorcé !
Juppé reproche à Madelin de dénoncer "des injustices,
comme le faible écart entre les aides sociales et le SMIC
qui n'encourage pas à la reprise du travail, ou encore les
inégalités de retraite entre les fonctionnaires et les salariés
du privé".
Le
26 août, Madelin quitte Bercy pour une courte traversée
du désert. Deux mois plus tard, il est réélu député de Redon
avec plus de 61 % des voix. Et dans ses bureaux d'Idées-Actions,
boulevard de La Tour Maubourg, des sacs de courrier lui
livrent chaque semaine des milliers de témoignages de soutien
"de la France qui travaille dur, de la France des fins
de mois difficiles, de la France fatiguée d'avoir toujours
à remplir le panier percé des dépenses publiques"
- J'assure le service après-vente des promesses du candidat
Chirac, confie alors Alain Madelin. Je joue les prolongations.
Le
microcosme parisien bruisse de rumeurs flatteuses qui le
présentent comme le successeur potentiel de Juppé. "Madelin,
futur Premier ministre". Il laisse dire, pendant que ses
réseaux d'Idées-Actions s'activent : quatre mille adhérents,
cent quatorze antennes en province, cinquante-quatre en
Ile-de-France. Et aussi près de deux cents parlementaires
dont le noyau dur du groupe "Audace pour l'emploi" animé
par son ami de toujours, Hervé Novelli, député d'Indre et
Loire. En novembre 1995, un nouveau livre "Quand les
autruches relèveront la tête" vient jalonner la pensée
madeliniste qui dénonce cette fois "l'aristocratie administrative
à la tête enfouie dans les sables de ses certitudes et de
ses habitudes..." Dans son livre, Madelin multiplie
les paraboles, les proverbes, les histoires pour dénoncer
"le blocage du système français par l'Etat maximum".
Il évoque "le syndrome du réverbère" qui conte l'histoire
de l'homme ivre qui a perdu sa clé et part la chercher sous
un réverbère parce qu'il y a… de la lumière !
Pour justifier son parler franc, Madelin rappelle le proverbe
africain: "la vérité est amère, le mensonge est sucré..."
Pour sortir de l'assistanat, il invite à méditer sur le
proverbe chinois: "si tu donnes un poisson à un homme,
tu le nourris pour un repas ; si tu lui apprends à pêcher,
tu le nourris pour la vie." Pour protéger les plus fragiles
et les plus pauvres, il renvoie au proverbe libanais: "de
mes enfants, j'aime le plus, le petit jusqu'à ce qu'il grandisse,
l'absent jusqu'à ce qu'il revienne, le malade jusqu'à ce
qu'il guérisse".
A Noël 1995, "Les autruches" sont en tête des ventes d'essais
politiques. Madelin est comblé. Le succès de son livre conforte
son sentiment d'être "la voix de la France qui ne descend
pas dans la rue, qui ne porte pas de pancartes, qui ne joue
pas de son influence dans les coulisses du pouvoir."
Ses amis le définissent comme "le gardien de l'espoir",
le véritable représentant de "l'aile sociale, populaire
et libérale de la droite".
En 1997, Jacques Chirac dissout l'Assemblée Nationale. Une
dissolution qui fait craindre le pire à Alain Madelin. Il
va même jusqu'à pratiquer la politique de la chaise vide
à la première réunion des responsables de l'opposition.
Au lendemain de cette défaite les responsables et militants
du PR avec lesquels il avait pris une certaine distance
se tournent vers lui pour lui proposer la présidence du
Parti Républicain. Le 24 juin 1997, Alain Madelin est élu
président du PR qui devient le même jour Démocratie Libérale.
Il va élargir le parti aux acteurs de la société civile.
Les élections régionales de 1998 voient certains présidents
de région élus avec les voix du Front National. Alain Madelin
désapprouve mais il refuse de céder à la campagne d'ostracisation
menée par la gauche et l'extrême gauche.
- Ni alliance ni accord secret avec le FN que nous combattons
et qui nous combat dit-il mais il refuse également
tout accord de Front républicain avec la gauche comme le
veulent certains à l'UDF.
Ainsi Démocratie Libérale va affirmer son indépendance.
L'opposition sera désormais organisée autour de trois familles
: libérale, gaulliste et centriste. Aux élections européennes
Alain Madelin prônera vainement l'union de l'opposition...
Les centristes feront liste à part. Madelin fera campagne
commune avec le RPR conduit par Nicolas Sarkozy. Aux municipales
de mars 2001, il prônera et agira pour l'union de l'opposition
dans toutes les villes. |
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Quant
aux présidentielles…
"pour ce grand débat qui dessinera la nouvelle France du
nouveau monde et qu'il attend avec impatience, avec envie,
avec appétit", Alain Madelin "n'imagine pas, ne veut
pas que la France commence le nouveau siècle par cinq années
de socialisme de plus."
- Je ne veux pas d'une alternance molle, d'une alternance
gâchée, une fois encore, précise Alain Madelin. Ajoutant,
: ce rendez-vous de la France avec le nouveau siècle
doit être celui du projet d'une nouvelle France, plus libre,
plus ouverte, plus en phase avec le monde : un projet que
je forme depuis longtemps.
Marie-Ange Michet
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Au premier
tour de l’élection présidentielle, Alain Madelin
écartelé entre le vote utile (Jacques Chirac) et les
votes de protestation recueillera 1 113 484 voix (environ 4 %).
Au lendemain
de cette élection, Démocratie Libérale intègrera
la nouvelle UMP.
Parallèlement
à l’UMP de 2002 à 2007 Alain Madelin animera
les Cercles libéraux,
un espace de discussions, de réflexions et de propositions
organisé autour des grands défis du 21ème siècle.
Après
l’élection de Nicolas Sarkozy les Cercles Libéraux
seront invités à se joindre à l’action
des Réformateurs
au sein de l’UMP.
Aujourd’hui
Alain MADELIN, en dehors de ses activités professionnelles
tournées vers la finance, continue de contribuer au débat
politique en publiant régulièrement et en toute indépendance
ses analyses et ses propositions.
Il contribue
aussi au développement de l’Afrique notamment au travers
du Fonds Mondial de Solidarité
Numérique, situé à Genève, dont
il assume la présidence depuis le 26 novembre 2007.
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