La Lettre du 2 février 2007

Le pèlerinage écologique
Retour de la vignette, augmentation du prix de l'essence et de l'électricité... Ils sont dix candidats à signer les décoiffantes propositions de Nicolas Hulot

Quel spectacle tout de même que celui de dix candidats à l’élection présidentielle - dont les plus prestigieux - se rendant dans un ballet diplomatique sans doute difficile à régler, au Musée des Arts Premiers, (quel symbole !) à la convocation de M. Hulot pour officialiser leur allégeance au "Pacte écologique".
C'est là un signal fort qui doit nous alerter sur l’affaissement du débat démocratique, la soumission du politique à la tyrannie des médias. On n’imagine guère le Général de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et même Jacques Chirac s’exhiber ainsi!

Nicolas Hulot est assurément un sympathique animateur de TV. Il a su servir avec talent la cause de la nature et de l’environnement. Mais il se fait depuis quelques temps le télé-évangéliste d’une nouvelle religion écologique qui tire sa force des prévisions les plus apocalyptiques. Il entend révéler à l’opinion le «drame écologique» qui se prépare et qui «va nous ramener au pire de l’homme et à la barbarie». Et il se fait un devoir – faute d’être candidat - d’adouber les «Justes» qui sauveront l’humanité.

Il est dommage qu’au-delà de la description du pèlerinage de nos candidats au Musée des Arts Premiers, personne n’ait vraiment examiné le contenu du Pacte qu’il leur a fait signer.

Les questions soulevées par les écologistes sont certes, des questions sérieuses, je n’ai pas attendu qu ‘elles soient à la mode pour m’en préoccuper.
Un de mes premiers maîtres à penser a été Bertrand de Jouvenel, qui reste à mes yeux le père de l’écologie en France. Avec beaucoup d’intelligence, il a parlé de la nécessité de «civiliser notre civilisation», un civilisation destructrice d’environnement, de valeurs et d’harmonie. Il a montré l’absurdité des calculs macroéconomiques qui additionnent dans le même symbole de richesse les coûts de la pollution et des accidents de voiture avec ceux du logement et de la culture. Il y a presque vingt ans j’ai fondé l’ «International Center for Research on Environmental Issues» (ICREI) qui a été, et qui reste, à la pointe de la réflexion écologique. J'ai défendu avant bien d’autres, les mécanismes de quotas d’émissions repris dans le protocole de Kyoto. J’ai dénoncé les dégâts d’une Politique Agricole Commune productiviste, et à contre-courant parfois de mes propres amis, j’ai tenu à saluer l’apport positif des écologistes à l’origine d’une prise de conscience salutaire. Mais j’ai toujours aussi tenu à marier l’écologie et l’économie - ces deux concepts sont très voisins - et combattu l'écologie négative, celle qui porte une contestation radicale de notre société et sert l’"habit vert" à de nouvelles politiques dirigistes. (Voir l’Ecologie positive)

Laissons de côté le débat sur le diagnostic du réchauffement climatique, son ampleur et ses causes et les incertitudes qui demeurent. (Voir notre dossier)

Remarquons juste que le Pacte écologique de M. Hulot repose sur la prévision la plus apocalyptique du réchauffement climatique, +5,8°C d’ici la fin du siècle, quand les chercheurs réunis cette semaine à Paris chiffrent cette hausse entre 1,8° et 4°.

Comment prévenir les conséquences supposées de l’accumulation des gaz à effets de serre dans l’atmosphère et le réchauffement climatique?
Le protocole de Kyoto a choisi une politique de limitation des volumes d’émission, de plafonnement puis de réduction assortie d’un marché de quotas de CO2. Il a aussi institué des MDP (mécanismes pour un développement propre) afin de favoriser les investissements non-polluants dans les pays en développement. Les Etats-Unis, de leur côté ont refusé de signer ce protocole (Clinton/ Al Gore) mais décidé d'investir massivement dans des technologies du futur : la pile à hydrogène ou la séquestration du carbone. Ces deux voies, celle de Kyoto et celle de la recherche, sont aujourd’hui à perfectionner et à additionner.

M. Hulot nous propose aujourd’hui tout autre chose, "un changement de cap de notre société", une "rupture nécessaire" qui repose sur le "moins": moins de consommation, moins de déplacements, moins de croissance... Son pacte s’inscrit clairement dans une vision malthusienne et une contestation radicale de notre mode de consommation et de croissance. Aux solutions d'innovation et de progrès, il préfère les solutions de prohibition et de rationnement. Pour lui, il y a urgence (et ce d’autant plus qu’il se réfère aux prévisions les plus catastrophiques) et les techniques de séquestration de CO2, les voitures hybrides, les piles à hydrogène ou les réacteurs nucléaires de la 4e génération arriveront bien trop tard. Le nucléaire au lieu d’être une solution (il ne produit pas de CO2) est pour lui un problème! C’est pourquoi il propose la sortie à terme du nucléaire et se refuse à étendre aux pays en développement. Il se méfie de même, des OGM qui pourtant peuvent apporter leur contribution à la lutte contre la faim dans le monde, au recul des maladies et à la protection de l’environnement (plus économes en eau et en pesticides)

L’essentiel de ses propositions repose sur une imposition dissuasive des énergies fossiles et sur la planification d’un nouveau type de développement.

Il ne s'agit plus de limiter les volumes des rejets de CO2 organisant un marché des quotas d’émission comme dans Kyoto. Il s'agit d'instituer une taxation progréssive et dissuasive du carbone. Et ce dit-il, afin d’anticiper un ajustement qui se fera de par lui-même mais qui risque d’être brutal car «le marché ne peut guère garantir une croissance régulière des prix». Laissons aux économistes le soin d’expliquer à M. Hulot qu’une taxe sur la consommation (comme la TIPP) n’a guère d’effet sur la régulation des prix à la production.

Cette approche ne résiste pas à l’examen. Si comme le dit M. Hulot la «production de pétrole culminera aux alentours de 2020 pour inexorablement décliner ensuite» et «la consommation de combustibles fossiles voit toutes ses réserves connues, épuisées en cinquante ans et toutes ses réserves supposées en un siècle», cela signifie que sur les marchés, les signaux des prix incorporeront très vite ces raretés à venir. Et déjà se profilent les solutions alternatives. Il est évident que si en matière de communication, on en était resté à la technique des fils de cuivre, nos réserves de cuivre seraient épuisées depuis bien longtemps! Aux solutions malthusiennes du rationnement, de la contrition et de la restriction mieux vaut choisir le progrès et la croissance écologique.












A cette taxe progressive sur le carbone, Nicolas Hulot ajoute - comme l’ont déjà proposé Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin - , une taxe sur les importations des produits en provenance des pays non-signataires du protocole de Kyoto. Bien entendu, quoiqu'en disent les « experts » de M.Hulot, une telle taxe est contraire aux règles de l’OMC.
C’est la raison d’ailleurs pour laquelle le Pacte propose rien de moins que remettre en cause l’OMC sans doute pour la soumettre à une nouvelle gouvernance mondiale environnementale dans le cadre de l’ONU. La tâche ne sera pas aisée, d’autant que les PVD s’opposent déjà à cet «impérialisme vert».

On voit d’ailleurs mal aussi comment on pourrait appliquer une telle taxation à des produits qui sont le résultat d’assemblages complexes de plusieurs milliers d’éléments d’origines diverses dans une division du travail toujours plus grande.

Enfin répétons-le, dire que l’on fera payer des produits importés en provenance des pays coupables de ne pas respecter les mêmes normes environnementales que nous, c’est faire payer en réalité les consommateurs de ce produit. En bref, si les Chinois polluent les Français paieront! Gageons cependant que nombreux sont les politiques qui regardent avec les yeux de Chimène la nouvelle manne fiscale promise par M. Hulot. Mais au-delà de cet examen critique des fondamentaux du messianisme de M. Hulot, il n’est pas inintéressant d’examiner les conséquences pratiques sur la vie quotidienne des Français du chèque en vert signé par nos candidats.

- La carte grise ne serait plus délivrée pour des autos pouvant dépasser la vitesse maximale autorisée, ramenée à 120 km/h.
- La vignette serait rétablie à un niveau beaucoup plus élevé.
- Le prix de l’essence passerait progressivement à 2,9€/litre (sur une base de prix 2007). Les possibilités de parking et de stationnement au centre-ville seront réduites. .
- Le transport aérien serait renchéri de même que le transport routier afin d’encourager le rail et les « transports doux »
- La concentration urbaine sera encouragée pour éviter les déplacements.
- Un moratoire sera décrété sur tous les projets d’aménagement, de construction et d’infrastructure. Nos factures d'électricité et de gaz feront un grand bond en avant.
- L’agriculture de proximité sera encouragée avec circuit court obligatoire pour la restauration collective.
- Pour faire passer toutes ces restrictions une sorte de « catéchisme écologique » serait rendu obligatoire dans les écoles.

L’hebdomadaire Marianne a interrogé avec bienveillance les experts qui entourent Nicolas Hulot pour traduire concrètement le Pacte écologique. En voici le résultat : "en 2022 la fiscalité de CO2 atteint l'équivalent de 400 € la tonne. Le prix de l'essence a plus que doublé, il s'élève à 2,90 €. Mais les autres produits, qui ont, lors de leur élaboration, consommé de l’énergie, ont vu leurs prix s'envoler. Ainsi , le kilo de viande de bœuf coûte 12 € de plus qu'en 2006, soit un surplus de 1,20 € pour le moindre steak haché de 100g". Ou encore pour l'habitat : "de petits centres urbains ont vu le jour: densifier au lieu d'étaler. Afin de limiter les déplacements domicile-travail-loisirs-ravitaillement, la petite ville a été conçue autour de l'entreprise. Le rêve de devenir propriétaire s'est éloigné, la location étant devenue la règle." Enfin, pour le transport: "aucune carte grise ne doit être délivrée à des véhicules qui peuvent dépasser les limites de vitesse, qui d'ailleurs seront abaissées de 10km/h."

Il serait intéressant pour la démocratie que les dix candidats qui ont sollicité le label de M. Hulot veuillent bien dire à leurs électeurs si tel est bien leur programme ! Et si ce n’était pas le cas, qu’ils veulent bien dire aussi à M. Hulot que selon la formule consacrée : « Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent...»
Alain Madelin