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La
faillite,
nous voilà !
Le piège de la dette se referme
sur la France. Et il sera bien difficile d’en sortir.
2000
milliards d’euros. C’est le vrai montant de la
dette des Français que s’apprête à
officialiser le rapport commandé par le Ministère
de l’Economie et des Finances à Michel Pébereau.
Ce chiffre n’a rien de nouveau, ni de surprenant. Il
est connu de tous depuis longtemps : aux 1100 milliards de
dette publique s’ajoutent au moins 900 milliards d’euros
d’engagement de retraites des fonctionnaires. Un tel
endettement est-il aujourd’hui soutenable ? Sans qu’il
soit besoin d’attendre le rapport Pebereau, on connaît
la réponse: c’est NON !
Déjà en juillet dernier un très officiel
rapport
de l’INSEE concluait « à la non-soutenabilité
forte de la politique budgétaire et fiscale conduite
en France depuis 25 ans ». En effet, l’augmentation
quasi continue des dépenses publiques (le budget 2006,
est le 31ème budget déficitaire consécutif)
nous a conduits à une situation où le taux d’endettement
étant supérieur au taux de croissance et à
l’augmentation des recettes fiscales, l’Etat -
dans un effet « boule de neige » - doit emprunter
toujours plus pour payer les intérêts et le remboursement
des dettes accumulées. Un constat qui amenait l’INSEE
à conclure dans un langage très diplomatique
que « si la dynamique des dépenses et des recettes
observée dans le passé se maintient, on ne peut
pas écarter le risque de devoir tôt ou tard procéder
à un ajustement important ». Autrement dit, dans
un langage plus trivial, « on va droit dans le mur !
».
Une telle
situation comptable aurait conduit depuis longtemps une entreprise
au dépôt de bilan. Mais la France n’est
pas une entreprise, ses contribuables ne sont pas des clients
et par principe un Etat échappe au dépôt
de bilan (hors situation exceptionnelle cf l’Argentine).
Pourtant,
si de nombreuses générations politiques ont
pu croire à la suite du Président Queuille qu’«
il n’existe pas de problème, qu’une absence
de solution ne puisse résoudre », cet adage n’est
plus vrai aujourd’hui.
En effet, du temps du bon vieux FRANC, les politiques de fuite
en avant dans la dépense publique - celles des largesses
de l’Etat Providence et des politiques économiques
keynésiennes - trouvaient leurs solutions dans l’inflation,
voire la dévaluation.
Le développement des marchés à terme,
depuis le début des années 80, rend de plus
en plus difficile de telles politiques de fuite en avant car
celles-ci sont aussitôt sanctionnées par une
hausse des taux d’intérêts à long
terme. La France en poursuivant malgré tout une politique
de déficit a ainsi vu étouffer son économie
et grimper le chômage.
La politique
économique engagée en 1995 dans la perspective
notamment de la mise en place de l’euro a permis la
réduction progressive des déficits à
5, 4 puis 3% du PIB (ce qui a fait baisser les taux d’intérêts,
relancer l’investissement, la croissance et l’emploi
au bénéfice du gouvernement socialiste après
la dissolution de 1997).
Seulement, une fois l’euro mis en place, la France,
à l’abri des sanctions des marchés financiers
sur sa monnaie, a repris sa fuite en avant dans l’endettement.
Il est sûr que les politiques menées par les
gouvernements depuis 2002 auraient été sanctionnées
depuis longtemps par les marchés financiers si le FRANC
était encore en vigueur. Pour éviter qu’un
Etat puisse s’abriter derrière l’euro pour
mener une mauvaise politique, la création de la monnaie
européenne avait été accompagnée
d’un Pacte de Stabilité fixant un plafond de
3% PIB et 60% de PIB pour la dette.
Si la France hélas suivie par bien d’autres pays,
entend s’affranchir de ces contraintes, celles-ci n’en
restent pas moins de bon sens ; elles visent à éviter
aux Etats de s’engager dans le piège d’une
dette insoutenable pour garantir la stabilité du ratio
de dette publique par rapport au PIB dans une perspective
d’une croissance de 3% et d’une inflation à
2%. Car ce qui compte, ce n’est pas tant la dette que
la capacité à rembourser la dette (le
tableau ci-joint montre mieux que de longues démonstrations
pourquoi la dette US est soutenable et pourquoi la dette française
ne l’est pas).
Aujourd’hui, donc la cause est entendue la dette française
est insoutenable. Les deux issues de secours jusqu’à
présent empruntées pour faire face à
une telle situation – la dévaluation et l'inflation-
sont aujourd’hui condamnées. Le moment de vérité
approche.
Le rapport Pébereau attendu pour bientôt est
destiné à provoquer un électrochoc dans
l’opinion et une grande agence de publicité est
même chargée d’en faire la promotion. S’il
est bon que l’opinion prenne conscience de la gravité
de la situation, il est surtout nécessaire de savoir
comment sortir de ce piège de l’endettement ?
Hélas, la réponse n’est pas évidente.
Deux politiques sont possibles : celle de la rigueur ou celle
de la vigueur.
- La
politique de RIGUEUR, consiste à réduire la
dépense publique en coupant dans les budgets de l’Etat
ou des budgets sociaux, voire à limiter les déficits
en inventant quelques recettes fiscales nouvelles bien entendu
toujours présentées comme provisoires. Une politique
souvent prônée par Bercy qui a largement prouvé
son inefficacité depuis longtemps.
- La politique de VIGUEUR, cherche avant tout la croissance
et même l’hyper croissance - seule solution aux
problèmes de la France -. Cette politique prônée
par les libéraux consiste à ouvrir à
la concurrence les secteurs protégés, à
introduire de la compétition dans nos grands systèmes
publics pour les rendre plus efficaces,
(L’Assurance maladie, l’Education...) à
transformer les faux droits de l’Etat Providence en
vrais droits économiques (un système de retraite
par points par exemple), à libérer les salaires
et les contrats sur le marché du travail, à
réformer en profondeur l’Etat et bien sûr
à engager une profonde réforme fiscale pour
augmenter les incitations marginales.
Une telle politique exige d’abord une claire vision,
de fortes convictions et du courage, conditions qui sont loin
d’être réunies aujourd’hui. Elle
peut entraîner aussi une augmentation provisoire de
la dette publique car la réforme de l’Etat et
le rachat des droits acquis ont un coût et la baisse
des impôts peut diminuer les recettes dans un premier
temps.
Une telle augmentation, en elle-même, n’est pas
un problème car ce surcroît de dépenses
publiques, à la différence de nos déficits
d’aujourd’hui, doit être considéré
comme un investissement utile qui permet de stimuler la croissance
et de réduire le poids de notre endettement public.
L’expérience internationale montre d’ailleurs
clairement que les baisses d’impôt bien conduites
augmentent les recettes et ne les diminuent pas, que les reformes
de l’Etat stimulent la croissance et que cette politique
de vigueur est le meilleur moyen de réduire la part
des dépenses publiques dans la richesse nationale et
de sortir du piège de l’endettement.
Malheureusement, si une telle politique de vigueur est nécessaire
et souhaitable, elle se heurte à deux obstacles :
- Les
réformes sont plus faciles à mener par beau
temps économique. La croissance met de l’huile
dans les rouages de la réforme. Or seules des réformes
profondes peuvent produire de la croissance, et seule la croissance
permet d’entreprendre politiquement ces réformes
profondes !
- A défaut d’une croissance forte, il est cependant
possible de réformer à condition de payer cet
investissement dans les réformes par une augmentation
provisoire de l’endettement public. Or cette augmentation
est impossible, compte tenu du Pacte de Stabilité,
de la Banque centrale et du niveau record déjà
atteint par nos déficits.
Une telle situation ne peut conduire, comme nous l’avons
déjà dit ici
même, qu’à une crise politique et financière
européenne.
Et sans doute, une telle crise est nécessaire et salutaire.
Souvenons-nous que c’est après une faillite financière
et l’intervention du FMI que la Grande-Bretagne a vu
l’arrivée au pouvoir de ... Margaret Thatcher

Alain Madelin
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