Parlez-nous
de croissance
Le
problème de la France et la source de la plupart
de nos maux, c’est une croissance trop molle. Libérer
la croissance, c’est l’enjeu des présidentielles.
A
écouter ou à lire les candidats – ou
les prétendants candidats – à l’élection
présidentielle, on a le sentiment que tous, hélas,
passent à côté de la question essentielle
du prochain quinquennat : celle de la croissance et des
moyens à mettre en oeuvre pour doper celle-ci.
On nous parle de valeurs, d’ordre juste, de réhabiliter
le travail, de la République, de l’identité
nationale, des insécurités, de l’augmentation
du pouvoir d’achat... mais de croissance point.
Il est même à craindre que, comme en 2002,
notre fragile retour de croissance d'aujourd'hui soit tenu
pour un acquis qui invite les candidats à esquiver
cette question cruciale.
Pourtant la croissance molle dans laquelle nous sommes enfermés
depuis de longues années est la source essentielle
de nos problèmes : la panne du pouvoir d’achat,
la très faible augmentation des salaires, le chômage
et la précarité, la paupérisation de
l’Etat, l’aggravation de nos déficits
sociaux, notre fuite en avant dans l’endettement et
le sacrifice des générations futures...
Nous avons aujourd’hui une croissance « potentielle
» comme disent les économistes 2-2.1/4% et
le rapport Camdessus nous a rappelé que faute d’un
sursaut cette croissance potentielle était appelée
à décrocher d’un demi-point encore dans
les années qui viennent.
C’est pourquoi la France – et les Français
– ont besoin de renouer avec une forte croissance,
une très forte croissance, nous avons même
dit une «hyper croissance» ; qu’il nous
fallait pour cela non pas une politique de rigueur mais
une politique de vigueur.
Cette hyper-croissance est indispensable pour résoudre
nos problèmes. Il est absurde d’opposer le
libéral et le social : Il n’y a pas de justice
sociale et progrès social sans progrès économique.
S’il n’est pas
dans le pouvoir de l’Etat de décréter
la croissance, il est dans son devoir de la libérer.
Il existe trois moyens pour cela :
1 – une réforme
fiscale et sociale majeure pour libérer
le talent et l’énergie des créateurs
de richesse. Si le travail de tous contribue à la
richesse d’un pays, la croissance se fait à
la marge par le risque et l’initiative de quelques-uns.
C’est la raison pour laquelle, une réforme
fiscale tournée vers la croissance ne doit pas avoir
pour objet - comme on l’a fait ces dernières
années de redistribuer du pouvoir d’achat aux
Français pour qu’ils consomment plus - mais
de réduire le total des prélèvements
marginaux (fiscaux et sociaux) sur le travail (voir
les propositions libérales sur la fiscalité).
Il
est évident qu’à la marge si un effort
supplémentaire est taxé (fiscal + social)
à 66% il sera davantage découragé que
s’il n'était taxé qu'à 33%.
De même, si un impôt sur le capital modéré
peut se justifier, la cascade ISF + plus-values + impôts
locaux + successions est devenue contre productive. Le résultat
de telles réformes, les expériences étrangères
le montrent, n’est pas comme on pourrait le craindre
une diminution des recettes fiscales mais au contraire l’augmentation
de celles-ci grâce à une dynamique de croissance.
Les riches ne payent pas moins d’impôt mais
davantage dans un jeu gagnant-gagnant ou le total des richesses
augmente.
2 – L’ouverture
à la concurrence de secteurs protégés
et la réforme de l’Etat. Elargir
la sphère de la concurrence, c’est élargir
la part de l’économie marchande dans notre
société, favoriser les initiatives entrepreneuriales,
augmenter la productivité et donc la croissance.
C’est aussi le moyen de réduire le périmètre
de l’Etat et de le renforcer dans ses fonctions régaliennes
(à
commencer par la Justice)
La recherche d’une croissance forte passe par l’ouverture
de nos secteurs protégés y compris ceux que
nous voulons - à contre courant du monde et de l’Europe-
protéger en les qualifiant de «service public»
mais l’existence de missions d’intérêt
général – dites de service public –
ne justifient en rien les monopoles qui leur sont associés
car elles peuvent être exercées plus efficacement
et avec davantage d’innovation en les ouvrant à
la concurrence d’entreprises privées dans le
cadre d’un cahier des charges. C’est vrai pour
nos infrastructures, nos universités, notre assurance
maladie et de nombreuses missions de l’Etat qui peuvent
être ainsi déléguées (sur les
obstacles à la concurrence voir
le rapport Cahuc-Kramarz).
3 – La libération
du marché du travail. La nouvelle
croissance de la société de la connaissance
de demain ne se trouvera pas avec des relations de travail
reposant sur un droit du travail conçu pour la civilisation
de l’usine et des salariés en situation de
totale subordination. Alors que l’économie
a besoin de beaucoup de souplesse, il est aujourd’hui
paradoxalement plus facile de divorcer que de licencier!
Pour pouvoir fonctionner, le marché du travail a
besoin d’une très grande liberté de
contrats de travail (et non d’un chimérique
contrat de travail unique) adaptés à des situations
spécifiques dans le cadre bien entendu d’un
socle unique fixant les garanties d’ordre public et
des règles de négociation équilibrées
des contrats. Pour être efficace le marché
du travail a besoin aussi de ne pas voir les signaux des
prix perturbés par des coups de pouce politiques
au SMIC et des exonérations de charges sous certains
seuil qui conduisent à une «smicardisation»
de la société française (voir «Attention,
smicardisation»). (Un SMIC de base devrait être
fixé par une autorité indépendante
et complété par des SMIC professionnels négociés).
Les exonérations de charges devraient être
converties en franchise de charges sur les 300 ou 400 premiers
euros de salaire.
Libérer le marché du travail c’est non
seulement permettre un meilleur ajustement favorable à
la création d’emplois mais aussi libérer
des salaires aujourd’hui artificiellement comprimés.
Pour retrouver la confiance et une croissance forte et durable
il faut inscrire ces trois libérations au programme
du prochain quinquennat.