La Lettre du 7 juillet 2006

Devoirs de vacances
Dans un débat présidentiel dominé à ce jour par les idées creuses les libéraux ont un devoir.

Les libéraux partent en vacances avec un goût d’amertume. Alors que se dessine plus précisément le combat des candidats, le débat sur les enjeux de l’après 2007 s’enlise.
Nous avions hélas pressenti cette dérive du débat où les lieux communs à la mode l’emportent sur les idées fortes, dans lesquelles les apparences l’emportent sur les convictions.

Il y a plusieurs raisons à cela.
D’abord nous payons la facture de l’indigente campagne du référendum sur l’Europe. En refusant alors de faire une pédagogie de la modernité libérale et des changements nécessaires, en proposant de voter «oui» à la Constitution pour mieux freiner «les dérives libérales» de l’Europe, en épousant les rhétoriques les plus à gauche sur les délocalisations, le dumping social, le dumping fiscal ou le dumping écologique, la droite de gouvernement ne pouvait que délégitimer par avance les réformes libérales qu’elle se devait de proposer aux Français en 2007.
Ensuite, nous payons la disparition au sein de la droite d’un pôle de référence politique libérale, indépendant et organisé, représenté autrefois par le Parti Républicain ou Démocratie Libérale.
Dans la presse, de même, s’il existe ici et là, fort heureusement, des contributions libérales de qualité, il n’existe plus de journaux de référence ouverts aux libéraux comme le furent autrefois le Quotidien de Paris ou Le Figaro.
Sur le marché politique les groupes de pression corporatistes dominent très largement. Les milieux économiques qui se devraient d’être les supporters des réformateurs libéraux désertent la scène nationale pour chercher meilleure fortune ailleurs.
Quant aux gouvernements depuis 2002, non seulement leur politique n’est pas libérale mais au surplus ils font du tort à de vraies politiques libérales (voir le faux libéralisme chasse le vrai).
A leur décharge il est vrai, qu’au-delà même de la situation ambiguë de la victoire au second tour de Jacques Chirac en 2002, l’actuelle majorité a été élue, ni sur une vision claire des enjeux de la France, ni même sur des promesses de réformes libérales, mais sur un projet flou, dont je disais à l’époque qu’il était «de la guimauve, de la guimauve et encore de la guimauve».

C’est dire l’importance du débat 2007 pour définir les vrais enjeux, proposer des orientations claires et s’engager sur des réformes franches.

Nous en sommes bien loin. «Je n’ai pas entendu une seule proposition du niveau d’une élection présidentielle» vient de déclarer perfidement le Premier ministre. Ce n’est pas faux, même si l’auteur de cette remarque peine à se faire remarquer par une action réformatrice décisive.

Le débat de 2007 s’annonce même comme une formidable régression. Il n’y a qu’à relire les programmes de la droite lors des élections de 2002, celles de 1993- 1995 et même celles de 1986 – il y a 20 ans ! – pour mesurer ce recul.
On y trouvait alors la déréglementation de l’énergie et des transports, la libéralisation les prix, la diminution de la taxation marginale, la flexibilité du travail, la liberté de choix en matière d’école ou de sécurité sociale ect...

Aujourd’hui la politique française fait monde à part. Ne sommes-nous pas devenus dans un sondage récent le seul pays ou près de deux citoyens sur trois se déclarent hostiles à l’économie de marché (contre 74% de favorables en Chine !) (à lire l’exception culturelle).
Autrement dit, la régression des élites politiques a entraîné une régression de l’opinion qui elle-même entretient la prudence des candidats à l’élection de 2007.

Il y a quelque temps, nous notions déjà, que pour peu que l’on prenne un peu de recul, on ne pouvait qu’être frappé par la similitude de beaucoup d’analyses et de propositions entre les grands partis tant à gauche qu’à droite (voir La grande coalition de la «droiche»)

Si les conditions ne sont pas hélas réunies pour que les libéraux fassent élire un des leurs en 2007, on ne peut cependant se passer des solutions libérales pour construire l’avenir du pays. Pas plus que l’on ne peut se priver des électeurs libéraux pour construire une victoire à droite.

Or, il est clair aujourd’hui que les libéraux sont des libéraux déçus par l’action des gouvernements depuis 2002. Déçus déjà par le débat des présidentielles qui semble faire bien peu de place à leurs idées.

Pour assurer cette présence libérale en 2007 nous avons entrepris - en toute indépendance et en toute liberté - de construire un projet libéral de référence (voir le site libéraux2007.fr) Cette tâche occupera nos vacances. Nous sommes aussi engagés - en toute indépendance et en toute liberté - dans une analyse critique des discours des principaux candidats.
Il ne s’agit pas bien entendu de distribuer de bons ou de mauvais points mais de provoquer le débat et la réflexion. Nos critiques se veulent constructives et positives. Avec la volonté de peser sur le débat, d’orienter les prises de position des uns et des autres et de permettre aux Français libéraux de faire leur choix, tout bien pesé, en toute connaissance de cause.

Même si les vents sont contraires nous savons qu’il est absurde d’opposer le libéral et le social, malhonnête d’imputer au libéralisme les maux d’une société dirigiste et que les idées libérales ne doivent pas être considérées comme un handicap pour les candidats mais comme un atout pour la France

Alain Madelin