La
France vit en dessous
de ses moyens
Notre
croissance, notre pouvoir d’achat et nos emplois dépendent
de notre capacité à comprendre la nouvelle
économie de la connaissance et à libérer
nos talents et nos énergies.
Notre
prospérité dépend de
notre capacité à assurer la mutation de notre
société vers la nouvelle économie mondiale
de la connaissance. C’est le sens du rapport «L’économie
de l’immatériel : La croissance de demain»,
remis au Ministre de l’Economie et des Finances et
élaboré par une commission présidée
par Maurice Levy, président de Publicis (dont l’agence
travaille à la campagne de Nicolas Sarkozy) et Jean-Pierre
Jouyet, chef de l’inspection des Finances à
Bercy (que l’on dit proche de Ségolène
Royal)
Bercy explique
qu’il y a eu dans un premier temps le rapport Pébereau
(voir
notre éditorial )sur la dette publique pour fixer
le cadre d’action du Ministre des Finances. Un rapport
qui faisait dire à Thierry Breton «la France
vit au-dessus de ses moyens» (mieux eut valu
dire «l’Etat vit au-dessus des moyens des
Français» !).
Voici maintenant le temps
du rapport Levy-Jouyet sensé nourrir
les grandes lignes de la politique du Ministre de l’Economie...
(et même curieusement, ajoute celui-ci, nourrir le
programme de l’UMP ? ).
On pourrait aisément
ajouter que si l’on place notre pays
en perspective de la nouvelle économie de la connaissance
«la France vit en dessous de ses moyens»...
et en tout cas «en dessous de ses talent».
Découvrir aujourd’hui l’importance
de l’économie de l’immatériel
n’a rien de révolutionnaire. Les best sellers
assurément prophétiques d’Alvin et d’Heidi
Toffler, «le choc du futur» et «la
troisième vague» datent respectivement
de 1970 et 1980 !.
Les défis que notre
pays peine à relever s’inscrivent
assurément dans la mutation générale
de nos sociétés provoquée par la troisième
grande vague de changement de l’histoire de l’humanité
dans laquelle la «civilisation de l’usine»
fait place à la «civilisation du savoir».
Dans cette nouvelle civilisation, la croissance ne vient
plus des matières premières, des capitaux
ou des sources d’énergie mais plus que jamais
de l’homme, de sa créativité, de sa
capacité à utiliser ces connaissances fragmentées
dans un cerveau virtuel, immense, aux milliards de neurones
qui s’appelle l’Humanité et qui, avec
Internet et les nouvelles technologies fonctionne à
l’échelle de la planète. L’homme
ne tire plus son autorité de la connaissance qu’il
a réussi à accumuler parce qu’il est
au sommet de la hiérarchie sociale mais de la créativité
qu’il nourrit de la connaissance générale
disponible à chaque instant pour lui comme pour d’autres.
Cette nouvelle société en gestation
bouscule toutes les structures centralisées et pyramidales
héritées de la vieille civilisation industrielle
et encore particulièrement vivace dans le modèle
français étatiste et jacobin. La sphère
des choix publics collectifs est appelée à
décroître drastiquement au profit de l’espace
d’auto-coordination des activités humaines
fondé sur la créativité et la liberté.
Le XXé siècle
qui a été celui de la confiance dans
l’Etat – jusqu’aux folies totalitaires
– a vu le débat politique tourner autour de
la question «Quelle forme d’étatisme
voulez-vous ?». Le XXIè siècle
s’annonce au contraire comme celui de la confiance
retrouvée dans la liberté et il n’est
guère étonnant que le débat s’organise
partout autour des idées libérales car la
liberté individuelle est consubstantielle à
la société de la connaissance.
Dans une société agricole, la ressource rare
était la terre, dans la société industrielle,
elle était le capital. Dans la société
de la connaissance la ressource rare est le talent créatif
des hommes. Et pour prospérer - tirer la croissance
- ce talent créatif a besoin de liberté.
Il est sûr que dans la compétition mondiale
des économies de la connaissance (où on vient
de voir la Chine remporter la deuxième place en matière
de recherche et développement) nous ne défendrons
pas notre prospérité derrière les lignes
Maginot du protectionnisme. La baisse du coût du travail
n’est pas la clef de la compétitivité.
Il nous faut mettre toujours
plus de valeurs ajoutées –
de connaissances ajoutées – dans nos produits
et nos services et pour cela nous devons libérer
nos talents des carcans réglementaires et fiscaux
qui les entravent.
Le rapport Levy-Jouyet se conclut par un catalogue de 70
propositions. On souscrira bien entendu à l’orientation
du rapport : nous ne pouvons maintenir en l’état
«notre système d’enseignement et
de recherche et beaucoup de nos réglementations économiques,
fiscales et sociales».
Nous passerons sur le coté fourre-tout des propositions:
transformer le «made in France» en «design
by France», la vente aux enchères des fréquences
hertziennes, marier le baladeur numérique et la culture
dans les musées, développer les business angels,
réformer la SACEM...
Nous
retiendrons plus volontiers les trois chantiers à
nos yeux essentiels.
> Celui de la fiscalité dans l’économie
de la connaissance. L’audace fiscale
du rapport se limite au projet d’aligner l’impôt
sur les sociétés en France sur la moyenne
européenne.
Le problème est ailleurs. La France est sans doute
le pays qui pratique la taxation marginale la plus élevée
de sa matière grise (par la combinaison des cotisations
déplafonnées de sécurité sociale
et de taxation marginale du revenu). Si beaucoup de pays
choisissent aujourd’hui la voie de la « flat
tax » c’est parce que celle-ci parait mieux
adaptée à l’économie de la connaissance.
En tout état de cause, si comme le dit une citation
mise en exergue du rapport : «il est une richesse
inépuisable, source de croissance et de prospérité
: le talent et l’ardeur des femmes et des hommes»,
la mobilisation de ce talent et de cette ardeur sont liés
pour une large part à la fiscalité personnelle.
Ce sujet est absent. Dommage.
> Celui de la formation
des compétences.
Le rapport propose l’autonomie des établissements
universitaires. Fort bien. Mais il passe à côté
des nouvelles formes d’acquisition des connaissances
et des problèmes éducatifs dans un monde –
que cela plaise ou non – où la production de
service de qualité diversifiée comme l’éducation
obéit de plus en plus aux lois de la concurrence
et du marché.
>
Le chantier des nouvelles formes de travail et d’emploi.
L’économie
de la connaissance transforme notre rapport au travail.
Notre vieux droit du travail hérité de la
civilisation de l’usine et du lien de subordination
entre celui qui exécute et celui qui commande est
inadapté à une économie où le
travail est plus indépendant et souvent davantage
lié à des objectifs de résultats qu’à
des obligations de présence. Ce chantier est esquissé,
il méritait d’être traité au fond.
A nos lecteurs intéressés
par une réflexion plus profonde sur la nouvelle société
de la connaissance nous recommanderons plus volontiers la
lecture du dernier livre d’Alvin et Heidi Toffler
«Revolutionary
Wealth» qui nous invite à découvrir
la nouvelle richesse des nations au travers de nouvelles
formes de coopération humaine. Ou encore «Wikinomics»
de Don Tapscott et Anthony D. Williams qui nous décrit
de nouveaux modèles de production basés sur
la communauté, la collaboration et l’auto-organisation,
plus que sur la hiérarchie et le contrôle.