Vivement
les baisses d'impôts !
Les
objectifs sociaux des signataires de la pétition
« Vive l’impôt » pourraient plus
facilement être atteints par la baisse des impôts.
Vive
l’impôt ! C’est le titre
provocateur de la pétition relayée par le
quotidien Libération. Une pétition préparée
par quelques figures militantes de l’extrême
gauche anti-mondialiste mais qui a su déjà
recueillir la signature de quelques personnalités
comme Jacques Delors, Jacques Maillot (l’ex patron
de Nouvelles Frontières) ou encore Jean-Baptiste
de Foucault (ex commissaire au Plan).
Cette
pétition est certes révélatrice
d’un nouvel «air du temps» marqué
par le retour de l’Etat … et donc de l’impôt.
Elle pose cependant aussi des questions de fonds qui méritent
commentaire.
1ère affirmation : «Nous sommes fiers d’apporter
notre contribution aux dépenses publiques nécessaires
au progrès, à la cohésion sociale et
à la sécurité des nations». Derrière
la grandiloquence de la phrase se cache un choix de société
: le maintien, voir l’extension de notre Etat Providence.
Malheureusement, non seulement on voit chaque jour l’inefficacité
de notre modèle social en matière d’emploi,
de croissance du pouvoir d’achat et même de
protection des plus faibles, mais force est de constater
aussi que cet Etat Providence n’a plus le sou. A l’impôt
des citoyens s’ajoute l’impôt sur les
générations futures que constituent nos déficits
et notre endettement. Il est vrai qu’il eût
été moins altier pour les signataires de proclamer
: «nous sommes fiers de nos dépenses publiques
et fiers d’en reporter la charge sur nos enfants!».
Ce
choix de société
s’éclaire par une seconde affirmation «la
qualité actuelle et future de notre vie individuelle
et collective passe par un niveau élevé de
dépenses publiques». Si le niveau élevé
de dépenses publiques faisait la prospérité
d’un pays et le bonheur des citoyens, l’Union
soviétique serait encore debout ! Cette affirmation
est classiquement celle des tenants d’un modèle
de société socialiste où l’Etat
assume une très large part de la vie des citoyens
par la fourniture de services collectifs exercés
sous sa tutelle.
Les
libéraux sont bien entendu hostiles
à ce choix.
Pour deux raisons.
D’abord
parce que le niveau de prélèvements obligatoires
trace la frontière entre les choix collectifs et
les libres choix personnels, entre la société
«marchande» et le marché politique, entre
la part de votre travail que vous pouvez dépenser
librement et celle qui est confisquée et dépensée
par l’Etat. Pour des raisons éthiques, les
libéraux préfèrent accroître
autant que faire ce peut la sphère de la responsabilité
individuelle. Les étatistes de toutes confessions
politiques font le choix inverse. En exagérant sous
divers prétexte –la solidarité, la sécurité,
ils élargissent la sphère de la responsabilité
collective, ils augmentent et légitiment leur pouvoir.
Ensuite
parce que les choix collectifs,
exercés au travers de structures étatiques
ou para étatiques –sont moins efficaces. Ils
apportent des solutions standardisées qui ne «collent
pas» à des besoins individuels plus diversifiés.
Ils sont aussi plus coûteux, tant il est vrai comme
le dit le bon sens que l’on fait plus attention quand
l’on dépense son propre argent que lorsque
l’on dépense l’argent des autres !
En
affirmant
«nous récusons des baisses de la fiscalité
dont la contrepartie serait l’insuffisance des moyens
donnés à la protection sociale des plus pauvres,
à l’éducation, à la recherche,
à la santé, au logement ou encore à
l’environnement», les pétitionnaires
ne peuvent qu’attirer la sympathie, mais ils commettent
une erreur économique : celle qui consiste à
assimiler baisse des impôts avec baisse des recettes
fiscales.
En
effet,
les libéraux soutiennent avec l’appui de la
sagesse –«les hauts taux (d’imposition)
tuent les totaux (les recettes)»-, de la science économique
(la courbe de Laffer) et l’observation des résultats
des réformes libérales de la fiscalité
de par le monde, que la baisse de certains taux d’imposition
confiscatoires permet de doper la création de richesses
et au bout du compte d’obtenir des recettes fiscales
supérieures.
C’est
pourquoi une réforme fiscale
d’ensemble (voir
nos propositions) -qui n’est hélas au programme
d’aucun candidat- qui aurait pour objectif de doper
la croissance permettrait d’allier à la fois
le maintien des recettes publiques nécessaires au
bon fonctionnement de l’Etat et de la baisse des impôts.
Elle
permettrait aussi,
si la croissance augmente plus vite que la dépense
publique, de réduire progressivement la part de nos
prélèvements publics dans la richesse nationale
et déplacer ainsi la frontière des choix collectifs
et des choix individuels au profit des personnes.
Au
surplus,
nos pétitionnaires de «Vive l’impôt»
devraient réfléchir à l’idée
que l’efficacité de «la protection sociale
des plus pauvres, de l’éducation, de la recherche,
etc…» n’est pas qu’une affaire de
moyens donnés à nos services publics et à
nos organismes publics. La solidarité peut aussi
largement s’exercer par des mécanismes d’assurances
obligatoires et les mêmes services publics peuvent
être exercés plus efficacement sous forme de
délégation de «gestion» à
des opérateurs privés en concurrence. Ce qui
permet de conjuguer éventuellement, comme dans les
pays nordiques, une sphère étendue de choix
collectifs avec l’efficacité du marché.
Contribuables
associés
a réagi de façon plutôt plaisante à
cette pétition «d’Alternative économique»
et de Libération en proposant d’ajouter sur
la feuille de déclaration des revenus une ligne réservée
à tous ceux qui, signataires de la pétition
«Vive l’impôt» voudraient verser
un surplus d’impôt volontaire. (voir
contribuables associés).