La Lettre du 9 juin 2006

«L’horreur économique» selon Ségolène
Pour « comprendre les mutations » Ségolène Royal livre sur son site un premier document de travail qui montre et démontre une bien grande incompréhension de l’économie réelle.

Nous avions déjà relevé la semaine dernière l’étonnante panoplie de mesures démagogiques relevant d’un autre âge que constitue le programme officiel du Parti socialiste (voir : « Le retour du père Noël »). Il nous rajeunissait, on y retrouvait tous les accents de la rupture avec le capitalisme cher aux socialistes en 1981.

Par contraste, nous avions relevé comme signe plutôt favorable la démarche de Ségolène Royal qui, (même si nous disions que celle-ci est sans doute plus socialiste qu’elle ne parait) montre aux socialistes, tentés au lendemain de la victoire du « non » par un vigoureux coup de barre à gauche que leur chance de victoire se situe davantage au centre gauche. On pouvait même former l’espoir de voir le PS évoluer dans le sens de tous les autres partis socialistes européens. Ce qui constituerait par contre coup une excellente nouvelle pour les libéraux car cela contribuerait à pousser la droite à épouser plus franchement les idées libérales.

Hélas, derrière le jeu des apparences – que nous allons nous employer à démonter tout au long de cette campagne présidentielle – on découvre une tout autre Ségolène dans le premier document sur l’emploi et le travail qu’elle vient de publier sur son site (voir : «Les désordres de l’emploi et du travail»

L’inspiration et la tonalité y sont plus proches de Viviane Forrester (auteur de l’ineffable « Horreur économique » ) que de Tony Blair.

Elle nous livre dans un étonnant patchwork et un incroyable charabia - sur lesquels ironise même Libération - une vision d’horreur de l’économie de marché, du capitalisme, de l’entreprise, de la mondialisation et des mécanismes financiers.

Quant aux propositions, elles échappent à toute critique car il n’y en a aucune.

Le problème c’est que ce document est sous-titré «comprendre les mutations pour mieux les maîtriser». Une chose est sûre, à lire cette philippique anti-libérale, Viviane Royal ou Ségolène Forrester ne comprennent pas grand chose à la globalisation, à l’économie de marché et au capitalisme financier qui partout dans le monde, lorsqu’ils sont regardés avec confiance, sortent les peuples de la pauvreté, apportent pouvoir d’achat et emploi.

Les maux parfois bien réels subis par les Français et que relève ce document ne sont pas - c’est le moins que l’on puisse dire - le résultat d’un excès de libéralisme mais le produit de son insuffisance, le résultat d’un manque de confiance et de compréhension de l’économie de marché et du nouveau capitalisme mondial.

On doute que de telles erreurs de diagnostics puissent conduire à de bons remèdes

Alain Madelin