Libérer
l’école
Bricoler les ZEP une nouvelle fois ne sert à
rien. L’égalité des chances passe par
le « capital éducation » et la liberté
scolaire.
La
fièvre émeutière de nos cités
a été le révélateur d’un
certain nombre d’échecs et de maladies profondes
de notre société (voir
l’Etat sauvage). A commencer par l’échec
de nos zones prioritaires. Nicolas Sarkozy n’a pas tort
lorsqu’il lance à la Convention de l’UMP
sur les injustices «il faut déposer le bilan
des ZEP.» Mais derrière le choc d’une
telle formule on attend des remèdes à la hauteur
du constat. Hélas les remèdes de l’UMP
sont bien anodins : augmenter la prime aux enseignants des
ZEP, réduire le nombre d’établissements
aidés, concentrer les aides sur les jeunes issus de
milieux défavorisés, dispatcher les élèves
pour recréer de la mixité sociale, donner plus
de moyens aux établissements...
On nous propose de regonfler un pneu crevé là
où il faudrait une roue de rechange.
Il est possible de proposer une nouvelle approche dans ces
cités en crise où trop souvent les élèves
issus des cités ghettos sont – quel que soit
le dévouement réel des enseignants – assignés
à résidence dans des écoles ghettos.
Une
politique d’égalité des chances - ou plus
exactement une politique d’opportunités nouvelles
visant à donner « à chacun sa chance »
- passe - au-delà des mesures qui peuvent être
prises pour renforcer l’efficacité des établissements
existants - par une offre très largement diversifiée
permettant non seulement de faire « plus » et
« mieux » mais surtout de faire « autrement
».
«
Il n’y a pas une seule et unique solution pour tout
le monde » a dit fort justement le Premier ministre.
La conclusion devrait être qu’il faut diversifier
les parcours scolaires mais aussi les établissements,
les pédagogies, les horaires...
Il existe pour cela un moyen qui peut être mis en oeuvre
très rapidement : c’est le «capital
de deuxième chance» ou «capital
éducation».
Cette
proposition a été celle du Président
de la République, et de nombreux candidats à
l’élection présidentielle, relayée
par les partis de la majorité mais aussi par le Parti
socialiste (qui vient d’en renouveler la promesse dans
la motion adoptée au Congrès du Mans) ainsi
que de nombreuses personnalités de gauche comme Jacques
Delors. Même s’il s’agit là d’une
idée prônée depuis longtemps par les libéraux,
elle est aujourd’hui consensuelle et multipartisane.
Le
principe, consiste à dire qu’un jeune, qui pour
des raisons diverses décroche ou abandonne son école,
dispose d’un capital éducatif pour lui ouvrir
de nouvelles chances (éventuellement tout au long de
la vie) équivalent à ce qu’aurait coûté
à la collectivité le reste de sa scolarité
s’il avait eu une scolarité moyenne.
Il s’agit d’un renversement de perspective qui
consiste à passer du financement des établissements
au financement des études de personnes en difficulté
dans le but de donner à chacun sa chance sans qu’il
soit besoin d’avoir recours au dangereux concept de
« discrimination positive ».
Bien
entendu ce « capital éducation » doit être
accompagné d’initiatives en faveur d’enseignements
adaptés et de parcours diversifiés.
Celles-ci peuvent prendre de multiples formes comme: la
célèbre « auto-école » au
résultat spectaculaire de Marie Danièle Pierrelée
en Seine Saint-Denis, des lycées ou collèges
expérimentaux ( à l’exemple de Gabriel
Cohn Bendit à Saint-Nazaire), la Faculté des
métiers du campus de Ker Lann, des initiatives impliquant
des établissements existants, (Sciences-Po en Seine
Saint Denis), des entreprises, des Chambres de commerce, des
collectivités locales, des groupes de bénévoles,
des initiatives d’enseignants au sein d’établissements
existants...
On passe ainsi de la logique d’établissements
affectés avec obligations de moyens à la logique
d’établissements libérés avec obligations
de résultats dans le cadre du socle commun de connaissance
mise en oeuvre par la loi Fillon (ou des cahiers d’exigences
à chaque niveau).
Le
système actuel montre, chaque fois que l’on fait
un projet innovant ou que l’on mène un projet
pilote, l’extraordinaire capacité des enseignants.
On peut d'avance parier qu'une telle proposition recueillerait
85% d'avis favorable chez les Français.
Alors
que nous sommes dans une société plurielle et
ouverte, l’école fonctionne encore sur un modèle
centralisé. Si l’on veut donner leur chance à
tous les enfants de France, leur permettre de développer
toutes leurs aptitudes sans considération de leurs
origines sociales ou familiales, pour déceler et développer
leurs dons, détecter à temps leurs faiblesses,
il faut faire place à la diversité.
Nous savons que cette adaptation ne se décrétera
pas d’en haut mais se découvrira d’en bas,
jour après jour, par l’initiative et l’expérience.
La crise des banlieues nous offre l’opportunité
d’une première étape dans les réformes
nécessaires pour liberer l’école 
Alain Madelin
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