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Islam
: on se calme
Les
menaces de l’Islam radical sont suffisamment graves
pour qu’on les examine et pour qu’on y réponde
sans céder aux passions de façon irresponsable...
Les
évènements se précipitent. Victoire électorale
du Hamas, escalade nucléaire Iranienne, monde musulman
enflammé par quelques caricatures danoises et voici
que l’idée d’une confrontation majeure
de l’Islam radical avec le monde démocratique
revient en force, avec ce parfum de «guerre de civilisation»
annoncée par certains.
La situation est grave, suffisamment pour que, n’étant
pas particulièrement suspect de faiblesses ou d’atermoiements
face à l’Islam radical, en ayant souligné
avant d’autres les menaces, je me croie autorisé
à dire que l’on se garde des réponses
des va-t-en guerre, des fiers à bras qui nous disent
«si on recule c’est Munich», des nouveaux
croisés qui veulent nous embarquer dans «une
guerre de civilisation».
Reprenons les faits :
1- Les caricatures de Mahomet
Elles ont été publiées au Danemark dans
le cadre d’une liberté d’expression qui
est au cœur de nos valeurs et qu’il ne peut, bien
entendu, être question de négocier. C’est
d’ailleurs cette même liberté d’expression
et de croyance qui permet aux musulmans en France et partout
ailleurs en Europe de faire vivre leur foi et d’élever
leur voix.
On entend dire que la représentation de Mahomet avec
une bombe allumée dans le turban participe de l’amalgame
entre Islam et terrorisme. La réalité, c’est
que cet amalgame n’a pas attendu les caricaturistes
danois pour se nourrir. Les massacres, les assassinats et
les scènes de barbarie pratiqués au nom de l’Islam
par quelques fanatiques y pourvoient largement. Et l’on
aimerait bien que les autorités politiques et religieuses
si promptes de par le monde à réagir aujourd’hui
mettent autant d’énergie à dénoncer
ces folies bien plus meurtrières que des caricatures
lorsqu’elles se commettent au nom de l’Islam.
Mais si cette affaire prend aujourd’hui tant d’importance,
c’est qu’elle pose la question de fond, celle
du mariage entre l’Islam, la modernité et les
droits de l’Homme.
2 – La victoire du Hamas en Palestine.
Rétrospectivement, cette victoire pose le problème
du soutien apporté à un Fatah dont la corruption
et l’inefficacité ne sont pas pour rien dans
la montée du Hamas. Elle pose aussi le problème
du bon usage de la démocratie dans les pays arabes
et musulmans quand on voit que les urnes peuvent porter ici
et là au pouvoir des ennemis de la paix et de la démocratie.
3 – La dérive de l’Iran
La dérive extrémiste du régime iranien,
tant dans ses propos menaçant de destruction de l’Etat
d’Israël et poursuivant contre la volonté
de la communauté internationale ses programmes nucléaires,
pose avec force le problème de la menace des «Etats
voyous» dont les Etats-Unis dénoncent depuis
longtemps la menace et dont il faut tout faire pour empêcher
l’irruption. On mesure tous les déséquilibres
et tous les dangers qui résulteraient de l’émergence
d’un tel Etat qui, grâce à la possession
d’armes de destruction massive, pourrait se faire le
protecteur de diverses formes de totalitarisme islamique et
même éventuellement des bases arrières
du djihadisme.
Même s’il existe une vraie guerre entre l’Islam
chiite des Iraniens et les sunnites, les wahhabites ou les
frères musulmans, des conjonctions d’intérêts
ne peuvent être exclues (sans doute aurait-il été
plus habile au moment de la guerre d’Irak de chercher
un soutien iranien - comme on l’obtint de fait dans
l’intervention en Afghanistan – lorsque l’on
sait que les Iraniens étaient les premiers adversaires
du régime de Saddam Hussein. Mieux aurait valu chercher
un mauvais compromis avec un gouvernement réformateur
en Iran plutôt que de mettre l’Iran et l’Irak
de Saddam dans le même sac «de l’axe du
mal». Lorsque les Américains décidèrent
d’abattre le régime de Hitler, ils surent s’allier
à celui de Staline !).
Aujourd’hui à toutes ces questions fort complexes,
je voudrais apporter quelques pistes de réponses autour
d’une analyse et d’une conviction :
Le mariage entre l’Islam, la modernité, et les
droits de l’Homme et les sociétés ouvertes
est nécessaire, et il est possible, même s’il
est assurément difficile.
D’ailleurs penser ce mariage impossible, c’est
se résoudre au scénario de la guerre des civilisations,
celui des pires catastrophes qui ruineront pour plusieurs
décennies l’espoir d’un monde plus tolérant
et plus prospère. C’est la perspective de conflits
ravageurs et d’un repli sur des souverainetés
belliqueuses (il n’est pas sans intérêt
de noter que c’est souvent chez les plus souverainistes
que l’on entend aujourd’hui les discours les plus
guerriers contre l’Islam).
Fort heureusement, il existe dans l’histoire et dans
l’espace en Europe, en Turquie, en Afrique ou ailleurs
des exemples d’Islam plus tolérant ouvert à
la modernité. Il existe partout des forces qui veulent
faire évoluer l’Islam avec son temps.
C’est un moment historique difficile, car même
si aujourd’hui les plus obscurantistes semblent gagner
du terrain, le problème est celui du temps et tout
se passe comme si nous vivions une crispation passéiste
de cette grande religion qu’est l’Islam (mais
à une autre époque ne massacrait-on pas aussi,
au nom d’un dieu bien catholique, le blasphème
n’était-il pas puni de mort ? Le moins que l’on
puisse dire est que le mariage de l’Eglise avec les
droits de l’Homme ne fut pas non plus un mariage facile).
En ces temps de communication mondiale instantanée,
d’interdépendance des hommes, et d’aspirations
profondes à la liberté, il faut non seulement
souhaiter mais aussi agir pour que dans cette guerre qui est
d’abord une guerre menée au sein de l’Islam
par une minorité d’intégristes fanatiques
qui cherchent par un discours de haine et par la manipulation
des symboles à entraîner les masses arabes, le
fanatisme totalitaire islamiste soit vaincu. Il le sera d’ailleurs
inéluctablement car s’il peut détruire,
il est incapable de construire. Il est d’ores et déjà
condamné par le monde d’ouverture et de liberté
qui se bâtit aujourd’hui.
Mais il le sera plus ou moins vite, plus ou moins douloureusement,
selon les choix politiques que nous ferons.
Quelques
pistes pour ces choix :
D’abord, bâtir une alliance démocratique
sans faille unissant les veilles démocraties
occidentales aux nouvelles démocraties du Sud et de
l’Est.
Mener une action, faite de pressions et d’encouragements
pour créer des sociétés libres et ouvertes
à la place des régimes du monde musulman et
arabo-musulman qui méprisent les droits humains élémentaires
et instrumentalisent l’islamisme radical pour justifier
ou prolonger un pouvoir despotique qui opprime les peuples
et les maintient dans l’ignorance et la misère.
Car le ressentiment du monde musulman et arabe contre nos
sociétés et leurs valeurs se nourrit de la misère
et de la corruption. Lorsque l’on sait que la population
arabo- musulmane qui représente aujourd’hui 600
millions de personnes attendra un milliard dans les vingt
prochaines années, nous avons là une bombe démographique
qui, si l’on ne sait apporter liberté et prospérité
à ces populations, constitue une menace majeure et
le terreau de tous les terrorismes.
Faire un bon usage de la démocratie dans cette
perspective d’ouverture. La démocratie,
répétons-le, ne se résume pas pour les
libéraux à la sanction des urnes qui, comme
on le voit dans certaines circonstances, peut conduire les
plus extrémistes au pouvoir. La démocratie,
c’est d’abord, le règne du droit, des valeurs
fondamentales liées à la personne humaine sanctifiées
et protégées par une Constitution et une pratique
constitutionnelle qui précèdent et encadrent
les élections. Sur ce point, le dialogue avec beaucoup
d’islamistes peut ainsi se résumer : «
nous n’acceptons pas la démocratie qui suppose
que la loi des hommes est supérieure à la loi
de Dieu ». Réponse des libéraux : «
nous n’acceptons pas nous non plus que la loi des hommes
soit supérieure à des droits naturels liés
à la nature de la personne humaine – que certains
parmi nous pensent aussi issus de Dieu – que nous protégeons
par nos Constitutions ». La tâche de l’Islam
est donc de dégager les quelques valeurs universelles
qu’il recèle pour les mettre dans une Constitution
(au-dessus des lois ordinaires que les hommes et les femmes
pourront faire). Et bien entendu ces valeurs étant
universelles, elles ne peuvent par nature qu’être
largement compatibles avec notre propre conception des droits
de l’Homme, (même s’il existe sans doute
aujourd’hui une divergence sur la conception de l’espace
laïque)
Chercher un bon usage de la liberté d’expression
et de la liberté de la presse
Dans le contexte explosif et passionné que nous connaissons
aujourd’hui, mieux vaut que la liberté de la
presse ne serve pas à nourrir les fanatismes, qu’elle
ne soit pas mise au service des passions, mais à celui
de la raison. En faisant entendre plus largement les voix
de l’Islam plus modéré, en dénonçant
les régimes qui oppriment leurs peuples et instrumentalisent
l’islamisme, en exigeant que soit condamnés les
actes et les paroles de ceux qui aujourd’hui contribuent
à défigurer l’Islam, on fait sûrement
un meilleur usage de la liberté de la presse qu’au
travers de la publication des quelques caricatures trop facilement
instrumentalisables.
Contenir l’Iran, souhaiter le processus de démocratisation
de l’Irak et le soutenir.
Il
nous faut réaliser le front le plus large de la communauté
internationale pour dénucléariser l’Iran
- ou du moins stopper l’escalade vers le nucléaire
militaire - , « désextremiser » le pouvoir
iranien avec la perspective d’un changement dans de
prochaines élections, jouer des contradictions de la
société iranienne, tel doit être l’objectif
de la communauté internationale, unie et ferme, jusqu’à
des scénarios de riposte si l’inacceptable devait
être atteint.
Au lendemain de l’attentat du 11 septembre, je faisais
déjà cette même analyse et je prônais
peu ou prou les mêmes axes de remède.
Face aux périls de l’islamisme radical, aujourd’hui
il faut oublier les différentes analyses et les divisions
des démocraties d’hier, car plus que jamais il
est clair que nous devons faire face ensemble aux mêmes
menaces et qu’il nous faut pour cela construire une
action politique solidaire et responsable 
Alain Madelin
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