Attention,
«smicardisation»
A la panne de « l’ascenseur
social » s’ajoute la panne de « l’ascenseur
salarial ». Une situation dangereuse qui appelle en
2007 un débat tourné vers la croissance.
Un
tout récent rapport de l’INSEE vient
de mettre en évidence la « smicardisation »
de la société française dont nous avons
dénoncé les dangers à maintes reprises.
En 2004 d’abord : 70% des salariés français
gagnaient entre 1 et 1,6% Smic (soit environ 1600 euros
nets par mois). Et la tendance au resserrement de l’éventail
des salaires ne fait que se renforcer au fil des ans. A
la panne de «l’ascenseur social» s’ajoute
celle de «l’ascenseur salarial».
Cette compression salariale et cet écrasement de
la grille des salaires (sans équivalent dans les
autres grands pays) a trois causes essentielles :
1 - Une panne de croissance
2
- Des augmentations artificielles du Smic au-delà
de la seule inflation par des gouvernements qui en font
leur vitrine sociale. (Le gouvernement Raffarin ne mettait-il
pas à son actif le fait qu’il avait augmenté
le Smic de façon beaucoup plus importante que ne
l’avait fait le gouvernement Jospin !).
Résultat,
comme le remarque Rémi Jouan, secrétaire national
CFDT, «le Smic, qui a vocation à être
une sorte de voiture-balai au bas de l’échelle,
tend à devenir le gros du peloton».
3
- L’effet de cliquet des exonérations de cotisations
patronales dégressives jusqu’à
1,6 Smic – destinées à compenser pour
les entreprises les hausses du Smic ou les aider à
payer la facture des 35 heures -. Ces exonérations
agissent comme une véritable «trappe à
bas salaire» note encore Rémi Jouan.
Ajoutée
à la persistance du chômage l’augmentation
de la population assistée, cette « smicardisation
» déprime profondément la société
française.
Elle
creuse un fossé entre une France des fins de mois
difficiles et une France de l’argent facile dont l’exposition
médiatique nourrit un profond ressentiment.
Les
conséquences politiques sont importantes.
Un
tel ressentiment constitue par nature un terrain favorable
pour la gauche. Les sondages nous indiquent d’ailleurs
clairement que les Français préféreraient
sur le principe l’élection d’un président
– ou d’une présidente
– de gauche. Fort heureusement, les divisions de la
gauche aujourd’hui font les chances de la droite.
Qu’en sera-t-il demain ? La droite ne devrait cependant
pas trop compter sur la seule gauche pour assurer sa victoire.
Elle se doit de faire du problème de la croissance
la question centrale de la prochaine élection présidentielle.
Car la France, répétons-le, a besoin de trouver
le chemin d’une hyper croissance pour résoudre
à la fois le problème des Français
(chômage, précarité pouvoir d’achat)
et les problèmes de la France : endettement, défit
démographique et déficits sociaux.
Et pour cela il nous faut tout à la fois une réforme
fiscale ambitieuse, l’ouverture de secteurs protégés
à la concurrence, une libération du marché
du travail (par la souplesse contractuelle et l’arrêt
des interventions artificielles de l’Etat qui comme
les hausses artificielles du Smic ou les exonérations
de charges perturbent le signal des prix), une redéfinition
du périmètre de l’Etat, l’introduction
d’une concurrence régulée de nos grands
systèmes publics.
Il est hélas à craindre, dans le climat
actuel, faute d’oser aborder ces questions
de front, faute d’engager une pédagogie des
réformes libérales nécessaires, qu’on
ne préfère jouer sur le registre des peurs
des Français dans la démagogie de quelques
promesses faussement sécuritaires. A moins que les
libéraux – et il faut saluer leurs initiatives
en ce sens - ne réussissent à peser fortement
sur le débat

Alain
Madelin