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L'Etat
sauvage
Nos cités en crise ne sont que
le miroir grossissant des échecs de « l’étatisme
sauvage ».
Les violences émeutières et
festives de nos cités viennent de nous rappeler durement
qu’une partie de la France et de notre jeunesse fait
toujours « France à part ». Et que l’exigence
politique va bien au-delà des seules questions de sécurité.
Pour éteindre l’incendie le gouvernement
a aussitôt déversé des « canadairs
» d’argent public : aides aux associations, augmentation
des dotations de la solidarité urbaine, emplois jeunes...
Sans doute ne pouvait-il - et même ne savait-il - faire
autrement. Pourtant, les vraies solutions sont ailleurs.
Ces cités en marge et leurs «sauvageons»
- comme les appelait Jean-Pierre Chevènement - ne sont
pas les victimes des excès d’une politique libérale,
mais le produit de décennies «d’étatisme
sauvage».
Lors
de la dernière élection présidentielle,
au risque de décontenancer nombre de mes amis, j’avais
donné la priorité aux solutions à apporter
aux problèmes des cités.
Il
y avait à cela deux raisons, toujours d’actualité.
- La
première, c’est que nous savons qu’une
société de liberté, à laquelle
les libéraux sont attachés, conduit forcément
à des inégalités de résultats.
Celles-ci ne sont acceptables que s’il existe une véritable
égalité des chances, et que fonctionne l’ascenseur
social.
- La seconde, c’est que les problèmes
de ces cités ne sont que le miroir grossissant des
échecs accumulés par l’Etat au fil des
ans : l’emploi, le logement, l’urbanisme, la politique
sociale, l’éducation et les difficultés
rencontrées par l’Etat pour exercer ses vraies
missions : la Sécurité, la Justice, la régulation
de l’immigration...
Les solutions à ces problèmes nationaux exigent
bien entendu des solutions libérales. Mais pour ces
cités délaissées il y a « état
d’urgence ». C’est pourquoi elles doivent
être considérées comme prioritaires dans
l’expérimentation de politiques nouvelles.
Il ne
sert à rien de manier les grands mots : «Intégration
républicain», «droits et devoir»,
«modèle français», «cohésion
sociale». L’Etat a bien entendu un rôle
à jouer dans ses fonctions régaliennes : Sécurité,
Justice, régulation de l’immigration et du respect
que doit inspirer l’Etat (pour être respecté,
un Etat doit être respectable, la Justice égale
pour tous et l’on ne dira jamais assez la désagrégation
morale qu'ont provoqué dans nos banlieues certains
scandales politiques et financiers).
Cependant, les maux concrets de nos cités s’appellent
«école», «emploi», «logement».
ECOLE. Le premier
échec de l’Etat dans ces quartiers difficiles,
c’est l’échec de l’école et
des zones d’éducation prioritaires.
Proposer de baisser l’age d’apprentissage à
14 ans au lieu de 16 n’est pas une vraie réponse
(d’autant qu’il existait déjà une
possibilité de préapprentissage dés 14
ans). C’est même prendre le risque d’accroître
l’image de relégation de l’apprentissage.
En revanche, il est absolument nécessaire de diversifier
l’offre scolaire pour les enfants en difficultés
de ces cités. Ne disons pas qu’ils ne sont pas
fait pour l’école, c’est l’école
qui n’est pas faite pour eux.
Les
solutions :
- Donner
aux parents la liberté de choix de
l’école de leurs enfants. Cette liberté
de choix est d’ailleurs une revendication populaire
refusée par une élite politique et syndicale
qui sait très bien faire échapper ses enfants
aux contraintes de la carte scolaire. En refusant aux autres
parents la liberté de choix, elle assigne ainsi à
résidence les enfants de cités ghettos dans
des écoles ghettos.
-
Offrir dans le même temps un statut d’autonomie
aux établissements qui le souhaitent ou aux
établissements nouveaux qui pourraient se créer
( les bonnes volontés sont nombreuses pour venir au
secours de ces quartiers difficiles). Dotation forfaitaire,
ouverture aux partenariats, mesure du résultat, grande
liberté de moyens et d’adaptation aux réalités
concrètes, tels sont les principaux traits de ce statut
d’autonomie. Et faute de développer ce statut
d’autonomie pour tous les établissements qu’on
en permette au moins l’expérimentation –
à l’instar de ce qu’ont fait les Anglais
– aux quartiers en difficulté pour donner à
leurs enfants en leur donnant la chance de meilleures écoles.
-
Offrir aux enfants qui sont aujourd’hui les laissés
pour compte du système scolaire, un capital
éducatif de «deuxième chance »
(qui capitalise ce qu’aurait été le coût
d’une scolarité normale en leur offrant un droit
tirage de « x heures de formation » ou «
y points » d’éducation) pour des formations
nouvelles dispensées dans de nouvelles écoles
créées avec le concours des entreprises...
L’EMPLOI.
Le second échec de l’Etat, c’est l’emploi.
L’emploi reste le meilleur facteur d’intégration,
le meilleur moyen de sortir d’une société
d’assistanat généralisée qui enferme
et détruit tant de familles aujourd’hui. Le retour
au plein emploi est la meilleure des politiques sociales,
celle qui change le rapport de force sur le marché
du travail, réduit la précarité, pousse
à l’augmentation des salaires, fait reculer la
discrimination et remet en marche l’ascenseur social,
Le plein emploi n’est pas une chimère,
c’est une réalité autour de nous. Mais
il exige, on le sait, une autre politique économique
et de vigoureuses réformes libérales (ouverture
à la concurrence des secteurs protégés,
libéralisation du marché de travail...)
Sans attendre on peut déjà :
- Libérer à l’instar de nombreux pays
(comme la Grande-Bretagne ou l’Allemagne) une
offre de petites activités de la part des
particuliers ou des entreprises, sans formalités et
avec une franchise de charges ( jusqu’à par exemple
400 euros) pour permettre aux jeunes désœuvrés
de ces cités de gagner l’argent de poche qui
leur fait défaut sans être obligés de
s’inscrire dans les circuits de l’économie
souterraine.
-
Encourager le travail indépendant et la création
d’entreprise. Ces quartiers, ces communautés
en crise contiennent des ressources soit en sommeil, soit
engagées dans une économie souterraine. Sachons
utiliser, positiver cette énergie insoupçonnée
pour générer des activités économiques
légitimes et permettre aux entreprenants d’entreprendre.
LOGEMENT. Le
troisième échec de l’Etat, c’est
bien entendu celui d’un urbanisme collectif ségrégatif
et inhumain.
Ces cités ghettos ne sont pas le fruit du hasard ou
du marché. Ils sont le produit de politiques du logement
interventionnistes qui ont mis en place un système
de logement social par nature ségrégatif puisqu’il
définit des catégories qui, en fonction de leurs
ressources ont droit ou non à l’accès
à ces logements.
Sur ces
critères, on construit des quartiers, voire des villes
entières. Ils étaient un espoir pour la France
qui travaillait, ils sont devenus des ghettos avec le chômage
et l’immigration mal maîtrisés.
On a matraqué fiscalement les petits propriétaires
de logements modestes qui étaient par nature pourvoyeur
de logements sociaux qui assuraient une vraie mixité
sociale. On les a remplacés par nos offices de logements
collectifs, constructeurs de ces tours, qui ont enfermé
et enferment encore tant de personnes dans l'assistance et
dans la dépendance, et qu'il nous faut aujourd'hui
détruire.
Au lieu
de prêter aux organismes HLM, on aurait mieux fait de
prêter aux familles pour leur permettre de devenir propriétaires
de logements bon marché qu’aurait su créer
un vrai marché du logement.
Il faut aujourd’hui permettre l’accession
à la propriété de leur logement
à ceux qui en ont payé largement la valeur par
leurs loyers versés depuis 20 ou 30 ans et dont les
enfants disent, amers «Mon père n’est même
pas propriétaire de son logement».
Ceci exige, non pas une offre d’accession à la
propriété logement par logement, mais de grandes
opérations de restructuration avec des immeubles entiers
d’accédants à la propriété
dans des conditions financières qui tiennent largement
compte des loyers déjà versés.
Ceci exige aussi une réforme d’ensemble du marché
immobilier afin d’abolir les barrières et cloisonnements
qui entravent les possibilités d’acheter, de
vendre et de revendre.
L’accession à la propriété est
un facteur essentiel d’intégration. Elle offre
aussi la possibilité de construire un capital pour
faire face aux aléas de la vie et mobiliser des crédits
pour entreprendre et assurer la réussite de ses enfants.
Ces quelques
exemples montrent qu’il existe une autre politique,
une autre approche que l’approche sociale, certes, parfois
nécessaire, mais très largement insuffisante,
si l’on veut ouvrir des chances nouvelles à celles
et ceux qui aujourd’hui font «France à
part» 
Alain
Madelin
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