La
croisssance oubliée
Faire
aujourd'hui l'impasse du débat sur la croissance,
c'est se condamner à aller dans le mur demain.
Après l'autosatisfaction de l'été
dernier
sur le retour de la croissance, voici que le ministre de
l'Economie et des Finances après les résultats
d'un troisième trimestre calamiteux (0 %), et des
chiffres d'un dernier trimestre 2006 moins flambants que
prévus (qui ramènent la croissance de 2006
autour de 2 %), confie qu'il «n'est pas satisfait
de la croissance française». Ce à quoi
les entrepreneurs créateurs de richesses pourraient
aisément répliquer qu'ils ne sont pas satisfaits
de la politique économique française ! Reconnaissons
cependant que le ministre pose avec pertinence et constance
l'impérieuse question de la croissance. Il n’en
va pas hélas de même des candidats à
l'élection présidentielle.
À gauche, même s'il semble que Ségolène
Royal prenne quelques distances avec le protectionnisme
ambiant, le raisonnement tient en quelques mots : «la
croissance est le produit de la confiance, et Ségolène
inspire confiance. C.Q.F.D.». Avec pour toile de fond
des propositions issues de l’archéo socialisme
: suppression ou distribution de pouvoir d’achat,
des allègements d’impôts, créations
d’impôts nouveaux, défense des monopoles
publics…
À droite, la question de la croissance n’est
même pas posée. Le mot «croissance»
n'apparaît pas dans le programme de l'UMP. Sauf pour
nous parler du «potentiel de croissance des économies
ultra marines» ou pour exiger de la banque centrale
européenne «une politique monétaire
qui soutienne la croissance et l'emploi». Autrement
dit, la croissance française, c'est l'affaire de
l'Europe !
S'il est vrai que la croissance
ne se décrète pas, il est
tout aussi vrai que le débat essentiel, celui autour
duquel devrait tourner tous les programmes présidentiels
est celui des moyens à mettre en oeuvre pour obtenir
ce que j'ai appelé une hypercroissance, c'est-à-dire
une croissance de 3 à 4 % à la mesure du potentiel
de dynamisme de l'économie française, pour
peu qu'on la libère.
Cette hyper croissance est
indispensable pour résoudre nos problèmes.
Une hyper croissance, c’est le plein emploi, une croissance
continue du pouvoir d’achat, la solution à
nos problèmes de précarité et d’exclusion,
le moyen de financer notre haut niveau de protection sociale
(ce qui n’empêche pas de vraies réformes
de nos retraites ou de notre assurance maladie). C’est
l’huile dans les rouages pour mener à bien
nos réformes structurelles. C’est permettre
le remboursement de nos dettes (en évitant la restriction)
et de diminuer la part de nos prélèvements
obligatoires en augmentant la taille de l’économie
marchande. Or contrairement à la vulgate économique
de la «droiche», la croissance ne passe ni par
une relance de la consommation, de la dépense publique
ni même par le «travailler plus» que permettraient
les subventions publiques aux heures supplémentaires.
Elle passe par des entrepreneurs motivés, récompensés
et libérés. Par une offre de produits et de
services nouveaux plus compétitifs.
Au risque de se répéter
(Mendès France disait: «les hommes politiques
ont le choix entre se répéter ou se contredire»),
il existe trois moyens pour doper la croissance :
1 – Une réforme
fiscale et sociale majeure pour libérer
le talent et l’énergie des créateurs
de richesse. Si le travail de tous contribue à la
richesse d’un pays, la croissance se fait à
la marge par le risque et l’initiative de quelques-uns.
C’est la raison pour laquelle, une réforme
fiscale tournée vers la croissance ne doit pas avoir
pour objet - comme on l’a fait ces dernières
années de redistribuer du pouvoir d’achat aux
Français pour qu’ils consomment plus - mais
de réduire le total des prélèvements
marginaux (fiscaux et sociaux) sur le travail. Il est évident
qu’une taxation marginale de 66 % (fiscal + social)
décourage l’effort supplémentaire quand
une taxation de 33 % l’encouragerait.
De même, si un impôt sur le capital modéré
peut se justifier, la cascade ISF + plus-values + impôts
locaux + successions est devenue contre productive. Le résultat
de telles réformes, les expériences étrangères
le montrent, n’est pas comme on pourrait le craindre
une diminution des recettes fiscales mais au contraire l’augmentation
de celles-ci grâce à une dynamique de croissance.
Les riches ne payent pas moins d’impôts mais
davantage dans un jeu gagnant-gagnant ou le total des richesses
augmente. (Voir "Fiscalité
: augmenter ou diminuer ? Se donner les moyens d'une croissance
durable").
2 – L’ouverture
à la concurrence de secteurs protégés
et la réforme de l’Etat. Elargir la sphère
de la concurrence, c’est élargir la part de
l’économie marchande dans notre société,
favoriser les initiatives entrepreneuriales, augmenter la
productivité et donc la croissance. C’est aussi
le moyen de réduire le périmètre de
l’Etat et de le renforcer dans ses fonctions régaliennes
(à commencer par la justice).
La recherche d’une croissance forte passe par l’ouverture
de nos secteurs protégés y compris ceux dont
nous voulons - à contre courant du monde et de l’Europe-
maintenir le monopole en les qualifiant de «services
publics» mais l’existence de missions d’intérêt
général – dites de services publics
– ne justifient en rien les monopoles qui leur sont
associés car elles peuvent être exercées
plus efficacement et avec davantage d’innovation en
les ouvrant à la concurrence d’entreprises
privées dans le cadre d’un cahier des charges.
C’est vrai pour nos infrastructures, nos universités,
notre assurance maladie et de nombreuses missions de l’Etat
qui peuvent être ainsi déléguées.
3 – La libération
du marché du travail. La nouvelle
croissance de la société de la connaissance
de demain ne se trouvera pas avec des relations de travail
reposant sur un droit du travail conçu pour la civilisation
de l’usine et des salariés en situation de
totale subordination. Alors que l’économie
a besoin de beaucoup de souplesse, il est aujourd’hui
paradoxalement plus facile de divorcer que de licencier!
Pour pouvoir fonctionner, le marché du travail a
besoin d’une très grande liberté de
contrats de travail (et non d’un chimérique
contrat de travail unique) adaptés à des situations
spécifiques dans le cadre bien entendu d’un
socle unique fixant les garanties d’ordre public et
des règles de négociation équilibrées
des contrats.
Pour
être efficace le marché du travail a besoin
aussi de ne pas voir les signaux des prix perturbés
par des coups de pouce politiques au SMIC et des exonérations
de charges sous certains seuil qui conduisent à une
«smicardisation» de la société
française. (Un SMIC de base devrait être fixé
par une autorité indépendante et complété
par des SMIC professionnels négociés). Les
exonérations de charges devraient être converties
en franchise de charges sur les 300 ou 400 premiers euros
de salaire.
Libérer le marché du travail c’est non
seulement permettre un meilleur ajustement favorable à
la création d’emplois mais aussi libérer
des salaires aujourd’hui artificiellement comprimés.
Pour retrouver la confiance
et une croissance forte et durable il faut inscrire ces
trois libérations au programme du prochain quinquennat.
A ceux qui les trouveraient « trop libérales
» ajoutons que ce sont aussi les plus « sociales
». Une croissance de 3,5 % par an signifie un doublement
du pouvoir en vingt ans. Aucune politique gouvernementale
de redistribution ne peut prétendre au même
résultat.