Une
grande indifférence
Les marchés financiers restent indifférents
au résultat des élections françaises.
L’économie se sépare du politique.
Jamais sans doute
une élection présidentielle n'aura été
marquée par une telle indifférence des milieux
économiques. Certes le patronat a fait connaître
ses choix de politique économique. Certes les PME,
très choyées dans cette campagne, ont approuvé
telle ou telle mesure, se sont inquiétées
de telle ou telle disposition. Mais, globalement, les marchés
financiers restent de marbre, apparemment indifférents
aux résultats de l'élection.
Aucune vraie inquiétude sur une éventuelle
élection de Ségolène Royal. Aucune
crainte des risques de paralysie que pourrait entraîner
une victoire de Bayrou. Aucune excitation sur la victoire
de Nicolas Sarkozy pronostiquée par la plupart.
Le très libéral
hebdomadaire économique «The
Economist», (qui avait ouvertement soutenu la candidature
d'Alain Madelin en 2002) apporte cette fois son aval à
Nicolas Sarkozy. Sans enthousiasme. Car, pour lui, il s'agit
de choisir entre «le pire, le mauvais, et le moins
pire».
L'analyse n'est pas sans intérêt. D'abord pour
ses préconisations sur ce que la France devrait faire
pour retrouver le chemin de la croissance et la prospérité
: une libéralisation radicale des marchés
du travail et de la production, davantage de concurrence
et moins de protection, moins d'impôts et de dépenses
publiques, une solide réorganisation de nos services
publics. Et pour l'hebdomadaire économique britannique
de référence, les candidats français
sont malheureusement loin du compte. Ségolène
Royal, malgré quelques ruptures de tabous socialistes
sur Tony Blair, les 35h ou les impôts reste prisonnière
de conceptions économiques archaïques. François
Bayrou qui semble «plus prometteur» n'a pas
réussi à promouvoir un programme orienté
par l'économie de marché. «Faute de
mieux», il reste Sarkozy. À son crédit,
son engagement en faveur de réformes radicales. À
son débit, son interventionnisme économique
et son protectionnisme. Il est d'ailleurs révélateur
que «The Economist» illustre son choix par une
couverture représentant un Nicolas Sarkozy dans la
posture de Bonaparte à cheval sonnant la charge.
Quoiqu’il en soit,
le décalage est grand entre les acteurs économiques
et la vie politique. Même les imprécations
des candidats contre les «patrons voyous», la
rapacité des banques ou la voracité des fonds
d'investissement ne réussissent pas à émouvoir
les milieux économiques. Pas plus d'ailleurs que
les divers bricolages à base de subventions ou de
baisse des charges avancées ici et là pour
favoriser le travail et l'emploi. Seules retiennent peut-être
l'attention, les idées avancées pour maîtriser
la dépense publique, réformer ou contourner
l'ISF, baisser les impôts.
Les propos de campagne
des uns et des autres montrent assurément aux yeux
des observateurs économiques une grande ignorance
des réalités du monde dans lequel nous vivons
aujourd'hui. Les plus belles promesses sont accueillies
avec scepticisme soit par ce que échaudé par
les leçons du passé on doute qu'elles soient
tenues, soit que l'on se doute que ce qui sera donné
d'une main sera repris de l'autre.
Cette grande indifférence
illustre aussi le mouvement mondial de séparation
de la politique de l'économie. Qu'importe ce que
sera le nouveau pouvoir demain, il ne saurait y avoir de
trêve électorale pour les affaires. Les OPA,
les fusions -qui a d'autres époques eussent été
gelées en période électorale- poursuivent
leur chemin. Si la politique est locale, le business est
global. Comme le note de son côté le quotidien
économique «Financial Times», la rhétorique
économique et les tendances protectionnistes des
politiciens français de droite et de gauche n'ont
plus aucune pertinence au regard des grandes entreprises
dont la majorité des revenus et des profits se fait
désormais hors de France. Et il est vrai que quels
qu'aient été les propos de campagne des candidats,
les réalités économiques reprendront
le dessus une fois les élections passées.
Les propositions protectionnistes («préférence
communautaire», nationalisme industriel, lutte contre
les délocalisations, remise en cause de la BCE, limitations
de la concurrence ...) ne résisteront pas à
l'Europe et à l’OMC.
Mais
si la valeur boursière des entreprises
ne sera guère affectée par le résultat
des élections, on ne saurait en dire de même
pour la prospérité des Français. Car
avec la mondialisation, on peut très bien assister
au paradoxe d'entreprises françaises en très
bonne santé dans une France en panne de croissance
ou en croissance molle. Il n’est que temps de s’apercevoir
en France aussi, que les entreprises dépendent davantage
des lois de l’économie que des lois du Parlement.
Et que plus ces dernières sont légères,
plus elles respectent les lois de l’économie,
plus forte est la prospérité.