Un ratage
et deux enterrements
En
enterrant le CPE la droite développe un pseudo discours
de la méthode qui risque d’enterré aussi
de vraies réformes libérales.
Nous
ne reviendrons pas sur le défunt CPE
et sur les vieilles recettes des contrats aidés.
Nos lecteurs et quelques observateurs s’en chargent
tout aussi bien que nous (voir ci contre).
La question qui domine est
de savoir :
comment il sera possible demain de faire passer les réformes
indispensables à la modernisation de notre pays quand
on recule à promouvoir, fusse au prix de quelques
aménagements nécessaires, un bien anodin CPE
?
Certes on dira que le CPE
n’était pas un bon contrat,
que l’apparente possibilité de licenciement
sans motif était un chiffon rouge de nature à
mobiliser tous les refus et toutes les peurs. Bref, que
c’était là une fausse réforme
libérale et que les mauvaises réformes chassent
les bonnes. Tout ceci est vrai, comme il est vrai qu’il
faut parfois savoir reculer sur l’accessoire pour
de meilleures réformes en usant demain de meilleures
méthodes.
On pourrait souscrire à
cette thèse si l’on voyait
se dessiner à droite les réformes nécessaires
et si l’on voyait poindre un discours de la méthode
efficace. Or, après le «lâche soulagement»
du retrait du CPE, nous ne voyons rien de tel.
Côté réforme, un vague projet de «sécurité
sociale professionnelle» emprunté à
la CGT, un chimérique «contrat unique»
de travail (voir...), les perspectives d’une «fiscalité
écologique», d’une «TVA
sociale» et toutes les formes de protectionnisme....
Certes, d’ici les présidentielles, la droite
a le temps de revoir sa copie – et nous essayerons
de l’y aider – mais la pente est forte !.
Coté méthode, certes l’idée que
nous n’avons cessé de développer selon
laquelle pour combattre la tyrannie du statu quo il existe
une fenêtre de tir de 200 jours au lendemain d’une
victoire électorale fait son chemin. Comme l’a
dit à retardement Jean-Pierre Raffarin «le
plus important est de préparer notre action avant
l’exercice des responsabilités. Ce qui n’est
pas préparé, n’est pas fait ou mal fait».
Encore faut-il pour utiliser cette fenêtre de tir,
que les bonnes réformes aient été présentées
aux Français, qu’on ait eu le courage d’en
faire la pédagogie libérale afin de disposer
d’un mandat légitime pour la mettre en oeuvre.
Mais pour le reste le langage
dominant au lendemain de la déroute
du CPE, est qu’il faut savoir mieux écouter
les Français et mieux négocier avec les partenaires
sociaux!
Il nous faut revenir sur ces idées car le problème
aujourd’hui est que nous avons une opinion, qui fait
très peu confiance aux libertés économiques
et à l’économie de marché (36
% de confiance contre 74 % en Chine) alors que pour retrouver
le chemin d’une croissance forte, qui seule peut nous
permettre de payer nos dettes, maintenir un haut niveau
de protection sociale, assurer le plein emploi, et faire
progresser le pouvoir d’achat et la mobilité
sociale, il nous faut promouvoir et engager une politique
agressive de libération de l’économie.
De même, vouloir négocier
les réformes avec des syndicats qui
sont encore plus éloignés que l’opinion
sur l’échelle de la confiance à l’économie
de marché condamne au statu quo ou aux réformes
chèvres-choux.
Ceci n’exclut pas, bien au contraire, une active pédagogie
de la reforme libérale tant en direction de l’opinion
qu’en direction des syndicats mais il faut se garder
des chimères, mais il faut rendre à la politique
ce qui appartient à la politique.
Un exemple : la
dernière mode importée du Danemark nous invite
à proposer aux syndicats de troquer davantage de
flexibilité contre davantage de sécurité
personnelle. Et à défaut d’accord, au
bout d’une certaine durée, à redonner
la main au Parlement.
Il y a deux obstacles à cette approche :
- La première c’est qu’en matière
de sécurité nous avons déjà
beaucoup donné et si quelques améliorations
sont possibles (comme par exemple la validation des acquis
professionnels pour les jeunes...) le vrai troc «donnant
- donnant» serait d ‘échanger quelques
aménagements du droit du licenciement contre des
perspectives de création d’emplois, de croissance
et d’amélioration du pouvoir d’achat.
- La seconde c'est qu'au surplus, l’histoire de la
politique contractuelle en France devrait nous apprendre
que le mariage à trois avec l’Etat est rarement
productif. Pourquoi aller jusqu’au bout d’une
négociation si telle ou telle partie sait qu'elle
pourra obtenir un avantage de l’Etat qu’elle
n’aurait pas obtenu dans la discussion ou trouve plus
commode de laisser l’impopularité de telle
mesure à l’Etat. C’est pourquoi, pour
les libéraux en matière du droit de travail,
la loi doit se contenter de spécifier quelques principes
généraux d’ordre public, quelques règles
de procédure pour veiller à l’équilibre
des contrats en laissant ensuite aux partenaires sociaux
un plein champ de responsabilités (après tout
dans la métallurgie les partenaires sociaux ont montré
qu’il était possible d’aménager
très fortement les 35 heures sans nouvelles subventions
de l’Etat).
A cette approche de la réforme
les libéraux ajoutent depuis longtemps trois éléments
essentiels.
1°) La réforme
n’est pas une punition mais une chance.
Ce n’est pas une purge mais un fortifiant et on a
tous à y gagner. Cette pédagogie optimiste
est nécessaire et elle tranche avec le discours de
la droite qui trop souvent identifie sa politique à
des mesures visant à renier la protection sociale
ou à brider les salaires.
2°) les
réformateurs gagneraient à
étudier et à s’approprier la panoplie
des méthodes qui permettent de contourner les obstacles
(ouvrir des brèches plutôt que de lancer de
grandes réformes, racheter, échanger ou éteindre
les droits acquis... voir
notre dossier sur la réforme de l’Etat)
3°)
Enfin rien de tout ceci n’est
possible sans une pédagogie convaincante
des reformes libérales, or pour être convaincant
il faut d’abord être convaincu 
Alain
Madelin