Moins
de fonctionnaires,
mais comment ?
Assurément
il faut alléger l’Etat mais pour cela il faut
d’abord le réformer en profondeur.
15
000 fonctionnaires
ne seront pas remplacés dans le budget 2007. L’effort
est spectaculaire (et ce d’autant plus que nous entrons
dans une année électorale), même si
ce chiffre reste bien inférieur à la promesse
maintes fois répétée de ne plus remplacer
qu’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite
(ce qui ferait 40 000 fonctionnaires de moins partant à
la retraite pour 2007)
Assurément avec plus de 5 millions d'agents publics,
la France est "surfonctionnarisée" et à
contre courant de l’ensemble de tous les autres grands
pays, elle a continué à augmenter ses effectifs
au cours de ces dernières années.
Pourtant pour les libéraux un tel affichage, même
s’il est courageux, n’est pas le bon car l’indispensable
réduction du nombre de fonctionnaires ne se présente
pas comme un objectif quantitatif mais comme le résultat
d’une redéfinition des frontières de
l’Etat et de ses méthodes de fonctionnement.
La crise de mutation de la société française
est avant tout la crise de l’Etat et le problème
de la compétitivité de nos institutions publiques.
Celle-ci appelle un «reingenering» – c’est
à dire une reconfiguration – de l’action
publique : remettre l’Etat à sa place, lui
permettre d’exercer ses vraies missions, le décharger
des tâches que les collectivités locales, les
associations, les entreprises, les citoyens peuvent effectuer
mieux que lui. (voir
notre dossier reforme de l’Etat).
Réussir
une telle réforme est avant tout
une affaire de méthode et de bonne utilisation de
toute une palette d’outils :
les
privatisations, la remise sur le marché d’une
partie du domaine public, la délégation de
nombreuses prestations de services à des acteurs
extérieurs à l’administration, la mutation
de nombreux services administratifs en agences autonomes,
la simplification législative et réglementaire,
l’ouverture à la concurrence de nombreux secteurs
protégés.
Une
telle réforme ne doit pas bien entendu être
menée contre eux mais avec eux car ils sont les premières
victimes du « mal Etat » : mal considérés,
mal employés, mal gérés.
On
peut donc faire valoir leur intérêt personnel
à cette reconfiguration de l’Etat qui peut
leur permettre d’une part d’améliorer
leur situation et d’autre part de rendre leur tâche
plus gratifiante en valorisant leur compétence, leur
expérience.... « Mieux vaut moins de fonctionnaires
mieux payés » disait jadis Bérégovoy.
C’est
dire qu’afficher un objectif de réduction des
fonctionnaires a priori comme le fait le gouvernement aujourd’hui
risque d’apparaître comme une défiance
ou une sanction, là où il faudrait obtenir
la confiance et la mobilisation.
Cette
réduction arbitraire procède très largement
de la conviction qu’en coupant dans les crédits
ou dans les effectifs on contraindra l’administration
à se réformer. Hélas, toute expérience
nationale et internationale montre le contraire.
Soumise
à de telles contraintes l’administration saura
s’ingénier à répercuter les coupes
de crédit ou les coupes d’effectifs là
où ce sera le plus socialement et médiatiquement
explosif pour le gouvernement.
Si
on prend l’exemple de l’Education Nationale,
il est clair que l’on pourrait faire mieux avec des
effectifs allégés à condition toutefois
de permettre aux enseignants qui veulent travailler plus
de gagner plus, d’introduire une grande autonomie
dans la gestion des établissements pour leur permettre
de différencier leur pédagogie, de mieux utiliser
les nouvelles technologies, d’adapter leur enseignement
au plus prés des problèmes rencontrés.
C’est
donc une toute autre approche et une toute autre méthode
que préconisent les libéraux : redéfinir
les missions de l’Etat, alléger le droit et
les réglementations, favoriser l’expérimentation
et la délégation de service public, ouvrir
des espaces d’autonomie et de concurrence, conclure
de façon décentralisée dans les services
administratifs des contrats de modernisation...
La
diminution du nombre de fonctionnaires est
ainsi le résultat d’un processus de réforme
et non le préalable. C’est
là, la démarche qu’aurait du engager
la France depuis vingt ans. On cherche aujourd’hui
à rattraper le temps perdu mais il y a toujours quelque
danger à mettre la charrue avant les bœufs
