La Lettre des Cercles Libéraux, du 17 février 2006

Bravo Borloo
Le dispositif du chèque emploi service universel en libérant l’offre et en « solvabilisant » la demande ouvre les portes d’un véritable marché des services à la personne..

La politique du gouvernement en matière d’emploi ne nous donne pas fréquemment l’occasion de nous réjouir. Raison de plus pour saluer l’heureuse initiative du plan de développement des services à la personne concocté par Jean-Louis Borloo.
De quoi s’agit-il ?
Indiscutablement en matière de services et tout particulièrement de services à la personne, la France est en retard. De nombreuses études ont montré que si dans le secteur des services au sens large nous avions la même proportion d’emplois qu’aux Etats-Unis, la France aurait 3 ou 4 millions d’emplois supplémentaires.

Les raisons de ce sous-développement sont connues :
- Un coût du travail ( SMIC + charges sociales ) trop élevé pour des emplois à faible valeur ajoutée. Coûtant plus cher qu’ils ne rapportent, ces emplois ne voient pas le jour et ils sont pour une part importante relégués « au noir ».
- le poids des réglementations de toutes sortes qui paralyse une offre compétitive ou la relègue au secteur associatif pour nombre de services à la personne.

La démarche suivie par le gouvernement pour réveiller ces emplois de services mérite d’être saluée. Rompant avec le traitement social du chômage on s’est engagé dans une approche économique afin de créer un marché.
Certes, il ne s’agit pas d’un vrai marché à l’instar des Etats-Unis avec la liberté des prix, la liberté des contrats et une vraie concurrence. Nous sommes en France.

On a donc cherché à « solvabiliser » la demande grâce à un chèque emploi service universel simplifié cumulant de nombreuses exonérations pour diminuer le coût du travail ( ni cotisations sociales, ni impôt sur revenu - jusqu’à 1830 euros par an - pour le salarié utilisateur ; crédit d’impôt sur les bénéfices de 25% pour les aides versées par les entreprises ; 15 points de charges patronales pour le particulier et réduction d’impôt sur le revenu de 50% dans la limite de 1500 euros de dépenses par an ; exonération de charges patronales pour les prestataires agréés...)

On a aussi libéré l’offre en remplaçant des procédures locales d’agréments compliquées par un agrément national afin d’inciter à la création de véritables enseignes professionnelles. Résultat, de grands groupes se lancent sur ce secteur avec l’efficacité de leur professionnalisation, des économies d’échelles et de leur courbe d’expériences.
Certes, il y aurait beaucoup à dire sur le bric à brac de toutes les subventions directes et indirectes accordées à ces nouveaux emplois. Mais, il n’en reste pas moins que les conditions sont réunies pour développer un véritable marché avec des entreprises privées.

En termes économiques, tout se passe comme si avec le chèque service Jean-Louis Borloo avait inventé sur ce nouveau marché une nouvelle monnaie d’échange : un euro allégé des prélèvements obligatoires qui, à l’instar de l’économie au noir, bénéficie d’un pouvoir d’achat plus important. Mais qui, à la différence de l’économie parallèle, permet d’organiser au grand jour une activité entrepreunariale.
Une illustration de plus, que trop d’impôts tue l’emploi

Alain Madelin