La Lettre des Cercles Libéraux, du 17 mars 2006

Le mauvais procès du CPE
Le CPE passe pour libéral. Il ne l'est guère. Mais le gouvernement doit tenir bon.

Il nous faut donc revenir sur le CPE, puisque voici celui-ci placé au cœur d’une bataille politique et sociale de première importance.

Nous ne pouvons que donner acte au Premier ministre lorsque celui-ci soutient que le projet CPE ne provient pas d’une idéologie libérale. Et il s’en faut de beaucoup, comme nous l’avons déjà dit ici même (Un nouveau droit pas très adroit).
- D’abord, parce que pour les libéraux, ce ne sont pas les politiques de l’emploi qui créent des emplois mais les politiques économiques tournées vers la croissance. Les politiques de contrats aidés, quelle qu’en soit l’appellation, déplacent les emplois plus qu’elles ne les créent. Cela étant, on ne saurait vraiment reprocher au Premier ministre, après la crise des banlieues, de chercher quelques moyens rapides pour élargir les chances d’embauche des jeunes.
- Ensuite, parce que s’il est vrai que les entreprises et tout particulièrement les petites freinent leurs embauches, dans la crainte de ne pouvoir licencier demain un salarié pour de véritables raisons économiques ou personnelles, «aucun libéral ne saurait proposer une quelconque forme de contrat permettant un licenciement arbitraire sans motif déclaré».
A la cause dite «réelle et sérieuse» de licenciement qu'impose notre droit trop rigide, il eut été plus sage d'introduire la notion plus simple et plus souple du «motif valable» qui prévaut dans les conventions internationales.

Quoi qu’il en soit aujourd’hui la question de la pertinence du CPE n’a plus guère d’importance.
Laissons de coté les arguties sur la méthode Villepin. La gauche est bien malvenue de reprocher l’absence de concertation avec les organisations syndicales. On ne se souvient pas d’une telle concertation pour la mise en place des 35 heures !

La question est ailleurs. Aujourd’hui comme l’écrit Claude Imbert, dans l’hebdomadaire le Point, « il faut sauver le soldat Villepin et sa réforme (...) Il faut sauver avec elle un pouvoir démocratique mutilé par les manifs. Et refuser qu’une fois encore la majorité des urnes s’incline devant la minorité des pancartes ».

Si nous étions commis d’office pour la défense du CPE dans le mauvais procès qui lui est fait, nous dirions trois choses :

1 - Pour les jeunes le CPE représente un plus par rapport aux situations de chômage, aux stages ou au CDD. Il est transformable automatiquement en CDI à échéance ; il offre de meilleures indemnités de rupture ; il ouvre un droit à la formation dès le premier mois (au lieu d’un an pour le CDI), un accès au crédit et au logement (aux mêmes conditions que pour le CDI) et à l’allocation chômage à partir de quatre mois effectués.

2 – Le CPE n’a pas vocation à remplacer les CDI pour les jeunes qui peuvent y prétendre. Beaucoup craignent, et tout particulièrement les étudiants, que «le mauvais» contrat -à savoir le CPE- ne vienne chasser «le bon» à savoir le CDI en raison de l'exonération de charges de trois ans dont ils bénéficiaient. Bref que le CPE ne soit systématiquement utilisé comme première étape à des contrats à durée indéterminée. Mais en fait, comme l’ont dit les DRH reçus à Matignon, le CPE n’a pas vocation à se substituer au CDI. Il est important que le gouvernement et les employeurs le répètent clairement et le cas échéant apportent les garanties nécessaires sur ce point.

3 - Le droit apparemment ouvert par le CPE de licencier sans motif durant les deux premières années ne dispense pas l’employeur de donner au jeune un motif valable dans le cas d’une rupture du CPE.
D’une part, parce que motiver un licenciement est pour tout employeur le signe d’un élémentaire respect dû à ceux que l’on embauche. L’entreprise ne saurait sortir indemne de pratiques qui la feraient apparaître comme un lieu d’arbitraire.
D'autre part, pour les quelques employeurs qui ne seraient guère sensibles à cette évidence éthique, la motivation de tout licenciement reste un principe de précaution juridique. En effet, en cas de procédure engagée par le salarié licencié, l’employeur devra donner les causes de la rupture afin de vérifier qu'il n'y a pas de "légèreté blâmable" ou d'"abus de droit". Aussi il est de bon conseil de recommander aux employeurs qui utiliseront le CPE de motiver tout licenciement.

Celà étant, de par sa volonté de résistance aux pressions de la rue orchestrées par la gauche et l'extrême gauche le Premier ministre force le respect. Et force le soutien de celles et ceux qui avec les libéraux ne montraient guère d’empressement pour ce nouveau contrat

Alain Madelin