La Lettre du 19 mai 2006
 

Débat volé ?
Les scandales occultent hélas aujourd’hui les débats politiques nécessaires.
Espérons vite la vérité et préparons les vrais débats..

La politique française s’enlise dans les marécages nauséabonds des affaires et les méandres des complots. Voilà qui désoriente une opinion publique avide de mystères (comme en témoigne le succès du «Da Vinci Code»).
Voilà aussi qui détourne l’attention des vrais problèmes de la France.

Disant cela, il ne s’agit bien évidemment pas de nier l’importance politique des manipulations en tout genre qui entourent l’affaire «Clearstream», ni les problèmes de légitimité démocratique de nos institutions, gauche et droite couvrent du même tampon «secret défense» de monstrueux scandales d’Etat liés à nos ventes d’armes (lire notre dernier éditorial : Secrets d’Etat).

Tant que la vérité ne sera pas faite sur les contours de ces manipulations et sur les bénéficiaires réels des rétrocommissions de nos ventes d’armes, un légitime soupçon pèsera sur l’ensemble de la classe politique, minant la confiance et obérant toute possibilité de vraies réformes. Comment accepter une quelconque remise en cause des petits avantages de la France «d’en bas» quand ceux «en haut» sont suspectés de nager dans les eaux troubles de milliards d’argent sale ou pour le moins de s’entendre pour couvrir d’innommables turpitudes !
Sous une autre forme, François de Closets, dans son excellent livre - dont nous recommandons ci-contre la lecture – pose une question voisine « comment voulez-vous expliquer aux bénéficiaires des régimes spéciaux que leurs retraites sont trop élevées? Comment faire admettre le CPE eu égard aux parachutes dorés patronaux?»

Soupçons et manipulations nourrissent la montée des extrêmes et occultent tout vrai débat sur les maux de la France et sur leurs vrais remèdes.
La tentation est grande de chercher - comme on dit - à rehausser le débat par de grandes tirades sur les institutions, la morale, la France, la République etc...
Nicolas Sarkozy et François Bayrou, chacun à leur façon, nous ont donné de beaux discours sur ces thèmes.
Mais il ne faudrait pas que tout ceci cache une fois encore la tentation des Français d’échapper au réel, d’esquiver les vrais débats.
Le réel, celui qui devrait être au cœur de la prochaine campagne présidentielle, c’est la nécessaire adaptation de la France à la mutation du monde et de notre économie. Ce sont les remèdes qui nous permettent de retrouver le chemin durable de la croissance, de l’emploi et de l’augmentation du pouvoir d’achat. C’est la redéfinition des frontières de l’Etat et l’ouverture à la concurrence de nos secteurs protégés et d’une large part de nos activités publiques.
C’est ce à quoi les libéraux doivent, contre vents contraires et marées médiatiques, se consacrer aujourd’hui.

Il ne faudrait pas que les voleurs des affaires des ventes d’armes et les comploteurs de l’affaire Clearstream «volent» le débat des présidentiels aux Français

Alain Madelin