Débat volé
?
Les
scandales occultent hélas aujourd’hui les débats
politiques nécessaires.
Espérons vite la vérité et préparons
les vrais débats..
La
politique française s’enlise
dans les marécages nauséabonds des affaires
et les méandres des complots. Voilà qui désoriente
une opinion publique avide de mystères (comme en
témoigne le succès du «Da Vinci Code»).
Voilà aussi qui détourne l’attention
des vrais problèmes de la France.
Disant
cela,
il ne s’agit bien évidemment pas de nier l’importance
politique des manipulations en tout genre qui entourent
l’affaire «Clearstream», ni les problèmes
de légitimité démocratique de nos institutions,
gauche et droite couvrent du même tampon «secret
défense» de monstrueux scandales d’Etat
liés à nos ventes d’armes (lire notre
dernier éditorial : Secrets
d’Etat).
Tant
que la vérité ne sera pas faite
sur les contours de ces manipulations et sur les bénéficiaires
réels des rétrocommissions de nos ventes d’armes,
un légitime soupçon pèsera sur l’ensemble
de la classe politique, minant la confiance et obérant
toute possibilité de vraies réformes. Comment
accepter une quelconque remise en cause des petits avantages
de la France «d’en bas» quand ceux «en
haut» sont suspectés de nager dans les eaux
troubles de milliards d’argent sale ou pour le moins
de s’entendre pour couvrir d’innommables turpitudes
!
Sous une autre forme, François de Closets, dans son
excellent livre - dont nous recommandons ci-contre la lecture
– pose une question voisine « comment voulez-vous
expliquer aux bénéficiaires des régimes
spéciaux que leurs retraites sont trop élevées?
Comment faire admettre le CPE eu égard aux parachutes
dorés patronaux?»
Soupçons
et manipulations
nourrissent la montée des extrêmes et occultent
tout vrai débat sur les maux de la France et sur
leurs vrais remèdes.
La tentation est grande de chercher - comme on dit - à
rehausser le débat par de grandes tirades sur les
institutions, la morale, la France, la République
etc...
Nicolas Sarkozy et François Bayrou, chacun à
leur façon, nous ont donné de beaux
discours sur ces thèmes.
Mais il ne faudrait pas que tout ceci cache une fois encore
la tentation des Français d’échapper
au réel, d’esquiver les vrais débats.
Le réel, celui qui devrait être au cœur
de la prochaine campagne présidentielle, c’est
la nécessaire adaptation de la France à la
mutation du monde et de notre économie. Ce sont les
remèdes qui nous permettent de retrouver le chemin
durable de la croissance, de l’emploi et de l’augmentation
du pouvoir d’achat. C’est la redéfinition
des frontières de l’Etat et l’ouverture
à la concurrence de nos secteurs protégés
et d’une large part de nos activités publiques.
C’est ce à quoi les libéraux doivent,
contre vents contraires et marées médiatiques,
se consacrer aujourd’hui.
Il
ne faudrait pas que les voleurs
des affaires des ventes d’armes et les comploteurs
de l’affaire Clearstream «volent» le débat
des présidentiels aux Français
Alain
Madelin