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Régression
sociale
En annonçant le transfert des
cotisations sociales vers la valeur ajoutée, le Chef
de l’Etat fait tout à la fois un choix de société
socialiste et une lourde erreur économique.
Avec
la réforme des cotisations patronales annoncée
par le Président de la République l’année
2006 s’annonce mal. Il est demandé à la
majorité de droite de mettre en oeuvre d’ici
à la fin de l’année le transfert des cotisations
sociales vers la valeur ajoutée annoncé dans
le programme socialiste pour 2007. Ainsi, susurrent les apprentis
Machiavel de l’Elysée nous aurons volé
aux socialistes une idée phare de leur programme !
La réalité c’est qu’un tel transfert
signe un choix de société socialiste
en rupture définitive avec un modèle social
français qui historiquement est celui de mutuelles
et d’assurances sociales obligatoires payées
par des cotisations assises sur les salaires. Cela est si
vrai, que nombreux sont les programmes de la droite parrainés
hier par Jacques Chirac qui ont dénoncé la fiction
des cotisations patronales et proposé une « feuille
de paie vérité » faisant apparaître
la totalité de prélèvements longtemps
qualifiés de « salaire indirect ».
A ce modèle français s’est longtemps opposé
un autre modèle inspiré par le socialisme marxiste
visant à étatiser toujours plus notre sécurité
sociale, à la fiscaliser pour rompre tous liens avec
le travail afin d’en faire un dû de l’Etat
pour tous les citoyens. Il est d’ailleurs étonnant
de voir que cette conception ultra étatiste aura été
aussi très largement servie par la droite au pouvoir.
Si on ajoute au projet du Président de la République
celui de « la sécurité sociale professionnelle
» ( sorte de contrat de travail dû à vie
par l’Etat) chère à la CGT et reprise
par le Président de l’Ump ( qui propose pour
la financer de taxer davantage les entreprises qui licencient
!) on reste confondu devant une droite qui semble avaliser
à contre courant de tous ses partenaires une conception
« soviétiforme » de nos assurances sociales.
Le transfert de cotisations annoncé est de plus une
faute lourde économique. «Plus une
entreprise licencie, plus elle délocalise et moins
elle paie de charge» à dit le Président
de la République ajoutant «il faut que notre
système de cotisation patronale favorise les entreprises
qui emploient en France». Autrement dit allégeons
les charges sociales sur les entreprises de main-d’œuvre
pour les transférer vers les entreprises à forte
valeur ajoutée donc plus fortement capitalistiques,
plus créatrices et plus innovatrices. Cette solution
apparaît d'autant plus incohérente qu’il
y a peu on a voulu réformer la taxe professionnelle
pour alléger la charge qui pesait sur l’investissement
et que l’on a alors fort justement écarté
comme contre productive toute idée consistant à
taxer la valeur ajoutée !. Aujourd’hui tout se
passe comme si l’on se proposait de détaxer les
rouets pour charger fiscalement les machines à tisser.
Difficile de voir dans ce choix le signe d’une France
qui prépare l’avenir.
Mais à cette incohérence s’ajoute l’absurdité
qui fait que les principales entreprises de main-d’œuvre
bénéficiaires de ce transfert (le bâtiment,
les services) ne sont pas exposées aux délocalisations
redoutées alors qu’en revanche beaucoup d’entreprises
capitalistiques et créatrices de valeur ajoutée
sont aisément transférables à l’étranger.
Et même en ce qui concerne les entreprises de main-d’œuvre
soumises à la concurrence internationale on peut douter
de l’utilité d’une telle mesure quand on
sait que le salaire moyen est de 1200 euros en France contre
45 euros en Chine et que la baisse de 15% de l’euro
l’an dernier par rapport au dollar représente
face à la concurrence étrangère un allégement
de 30% du prix du travail pour une entreprise dont les prix
sont composés de 50% de main-d’œuvre.
Il est
consternant de voir ainsi s’installer la croyance qu’il
puisse y avoir des manipulations fiscales susceptibles de
régler nos problèmes de déficits sociaux.
Ceux-ci, répétons-le, ne sont solubles qu’au
travers d’une politique de très forte croissance
- et donc de libéralisation de notre économie
- et de réformes profondes de notre protection sociale
pour en maîtriser les dépenses.
La consternation
est encore plus totale lorsque l’on entend de nombreux
détracteurs de la mesure présidentielle, responsables
patronaux en tête, expliquer que la TVA sociale, dont
nous avons dit ici même tout le mal qu’il fallait
en penser (TVA sociale : tout ce qu’il faut savoir sur
une fausse bonne idée), serait une meilleure piste

Alain Madelin
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