Et
après ?
Gouverner au lendemain d'une campagne électorale
aux relents populistes et protectionnistes ne sera pas chose
facile.
Fin
juin, la France aura un nouveau président
de la république, une nouvelle assemblée législative,
un nouveau premier ministre et un nouveau gouvernement qui
se mettront au travail.
Il est sûr, hélas, qu'ils ne travailleront
pas les réponses aux problèmes de la France
dans les programmes des candidats d'aujourd'hui.
Tout au long
de ces longues semaines de campagne, nous avons exprimé
l'inquiétude des libéraux devant l'absence
de vision positive de l'avenir, de propositions articulées
autour d'une stratégie de croissance forte dans la
nouvelle économie de la connaissance, de projets
institutionnels visant à donner à la société
civile et à l'économie de marché une
autonomie plus grande par rapport à l'État.
Nous avons fait part
de notre désappointement face à une campagne
électorale qui, comme vient de le noter Denis MacShane,
député travailliste proche de Tony Blair,
«aurait dû être l'occasion privilégiée
d'un effort pédagogique. Au lieu de quoi, on a assisté
à un retour en force du populisme, à droite
comme à gauche». Cet observateur britannique
ajoute «les ministères de l'identité
nationale et des drapeaux tricolores aux fenêtres
feront peut-être gagner une élection mais ils
ne changeront pas le pays».
Nous avons dit notre consternation
enfin devant nombre de mesures proposées par les
candidats qui tiennent davantage du replâtrage que
de la refondation.
Cela ne signifie pas pour autant que tous les candidats
sont à mettre dans le même sac, mais cela signifie
que les libéraux qui espéraient avoir à
choisir -faute de candidat- le «mieux-disant libéral»
devront se résigner, à l'instar de l'opinion
exprimée par l'hebdomadaire économique libéral
britannique «The Economist» à choisir
entre «le pire, le mauvais, et le moins pire»
(voir
une grande indifférence).
Le
besoin d'ordre et de sécurité
semble l'avoir emporté sur l'exigence de liberté
et de mouvement. La mondialisation a été présentée
comme une menace pour l'emploi des Français, leur
pouvoir d'achat ou leur sécurité sociale.
Les candidats ont rivalisé de propositions de protection
pour en écarter tous les méfaits supposés.
Ils ont renoncé à la pédagogie des
réformes qui nous permettraient de bénéficier
de ses bienfaits. Comme l'a noté la présidente
du MEDEF, Laurence Parisot, «aucun des trois principaux
candidats n'a compris que le libéralisme était
facteur de progrès social». Et de regretter
aussi comme nous l'avons fait régulièrement
que les candidats à l'élection présidentielle
n'aient pas été plus ambitieux en matière
de croissance, car c'est bien entendu de la croissance «dont
dépendent les solutions à nos problèmes
de chômage, de pouvoir d'achat et indirectement des
questions de délinquance et de sécurité».
Il est vrai
que l'organisation médiatique de la campagne n'a
guère facilité leur tâche. Aux traditionnelles
confrontations des candidats avec des journalistes experts
qui les incitent à ouvrir des perspectives et à
montrer la cohérence de leurs solutions, on a préféré
le spectacle de la rencontre médiatique avec des
«Français ordinaires». Les peurs et les
inquiétudes qu'ils ont exprimées exigeaient
des réponses simples, voire simplistes. Difficile
d'expliquer les bienfaits du libre-échange à
l'ouvrière qui vient de perdre son emploi suite à
une délocalisation. Même s'il est vrai que
la mondialisation crée plus d'emplois qu'elle n'en
détruit, qu'elle ne fait que les transformer ou les
déplacer en augmentant notre prospérité,
il était plus facile de répondre en parlant
de «préférence communautaire»,
en agitant l'espoir «de politiques industrielles»
salvatrices, en parlant de pénaliser les patrons
qui délocalisent, en avançant l'idée
de modifications du coût du travail protectrices.
Tout au long de cette campagne
on aura beaucoup conforté les peurs des Français.
On ne leur aura guère fourni de clés pour
comprendre le Nouveau Monde.
Certes on aura beaucoup parlé du travail, du retour
de la «valeur travail». C'est un point fort
du discours de Nicolas Sarkozy et l'on n'en trouve même
la trace dans celui de Ségolène Royal. Cela
marque assurément une rupture avec l'idéologie
du « partage du travail ». Mais nous restons
cependant loin du compte. Dans la société
mondiale de la connaissance ce qui importe c'est la créativité.
La quantité de travail offert dépend de la
capacité de la France créative à inventer
de nouveaux produits, de nouveaux services, de nouvelles
façons de les concevoir ou de les produire, de les
dessiner ou de les vendre.
Certes on aura beaucoup parlé des entreprises et
volontiers flatté les PME, mais on aura aussi nourri
la défiance envers les banques et la finance. Et
les mesures concrètes proposées en matière
d'emploi s'apparentent davantage aux bricolages du passé,
avec de nouvelles subventions ou exonérations de
charges sur les heures supplémentaires ou les nouvelles
embauches. Avec aussi la promesse d'une miraculeuse transmutation
fiscale -la «TVA sociale»- censée tour
à tour et simultanément empêcher les
délocalisations, renflouer les caisses de sécurité
sociale, augmenter les salaires et réduire le coût
du travail !
Le moment viendra où l'on constatera que quels que
soient les manipulations fiscales et sociales, faute de
réformes plus profondes, les mêmes dépenses
sociales pèseront sur le même nombre de Français.
Le moment viendra où les réalités économiques
et européennes reprendront le dessus. Que les protections
promises sont largement illusoires, et même pour beaucoup
d'entre elles contraires à nos engagements européens.
Le moment viendra
où l'on constatera que bricolage et replâtrage
ne peuvent remplacer une vraie politique de l'offre. Le
quotidien britannique Financial Times qui vient de consacrer
la France comme «le nouvel homme malade de l'Europe»
relève cependant avec optimisme que «les problèmes
de la France sont parfaitement identifiables, et, comme
de nombreux pays l'ont déjà prouvé,
parfaitement solvables».
Paradoxalement les libéraux se devraient donc de
choisir leur candidat non pas en fonction de sa capacité
à tenir ses promesses mais davantage en fonction
de sa capacité à faire face aux réalités.
Non pas en fonction de leur volonté de mettre en
oeuvre son programme mais davantage en fonction des valeurs
et des orientations qu'il représente. Car si les
solutions libérales sont très largement absentes
des programmes de campagne elles seront assurément
au rendez-vous des réalités de demain.