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La
grande coalition
de la «droiche»
Pour
peu que l’on prenne un peu de recul on ne peut qu’être
frappé par la similitude de beaucoup d’analyses
et de propositions entre les grands partis tant à
gauche qu’à droite.
L’Allemagne
met en place sa grande coalition. Au lendemain des élections
CDU/SPD s’entendent pour se partager le pouvoir et former
un gouvernement derrière Angela Merkel qui aujourd’hui
travaille à un programme commun.
Impensable en France ! Pourtant à y regarder de plus
près même si les mœurs politiques françaises
ne se prêtent guère à ce genre de solution,
tout se passe comme si avant même les prochaines élections
s’élaborait déjà entre UMP UDF
et PS un début de programme commun : le programme commun
de la «droiche ».
C’est l’UDF qui déclare que sur tous les
sujets essentiels l’UMP et le PS ont « la même
politique », c’est l’UMP qui déclare
que les propositions de l’UDF sont voisines des siennes
et qui rappelle que les idées de l’UDF «TVA
sociale, taxe Tobin, allocation solidarité unique sont
étudiées par l‘UMP»...
Ainsi
le PS, l’UMP, l’UDF- et même le gouvernement
– prônent ou étudient l’introduction
d’une «TVA sociale» (voir
notre critique), Dominique Strauss Kahn propose de taxer
les produits importés, l’UMP propose une taxe
environnementale pour «rendre les produits chinois plus
chers»...On entend élargir à tous les
produits de la «préférence communautaire»
déjà bien mal en point dans le secteur agricole
(voir
notre critique).Tous prônent le retour de nos bonnes
vieilles politiques industrielles... ect, ect.
Faute
de vraie différenciation sur le fond, la bataille des
idées et des propositions est remplacée par
la bataille des mots, «rupture», «modèle
social», «patriotisme économique»...
Pour
les libéraux, la vraie «rupture» est une
rupture culturelle : que la droite s’affranchisse des
idées socialistes qu’elle a hier empruntées,
qu’elle cesse de s’incliner devant des idées
qui ne sont pas les siennes, qu’elle fasse franchement
le choix de la modernité libérale. Qu’elle
propose un programme de réformes ambitieuses à
mettre en oeuvre dans les deux cent jours d’une éventuelle
victoire, car tout prouve que les réformes les plus
rapides sont aussi les meilleures. Et si le mot de rupture
ne fait pas peur aux libéraux, ils utilisent plus volontiers
celui de sursaut.
Quant au «modèle social français»,
le problème n’est pas de savoir si on est pour
ou contre, mais de savoir comment financer le haut niveau
de protection sociale auquel les Français sont légitiment
attachés. Et pour cela il nous faut à l’évidence
une forte croissance,
- donc des réformes libérales - et une meilleure
efficacité de nos institutions sociales, donc des réformes
qui introduisent des solutions inspirées par l’économie
de marché.
Enfin les mots de «patriotisme économique»,
s'ils peuvent recouvrir une saine volonté de développer
un capitalisme français - notamment au moyen des fonds
de pension - ils peuvent tout aussi bien servir à habiller
nos vieux démons protectionnistes.
Ce qui
menace aujourd’hui la France n’est pas tant la
grippe aviaire que la fièvre protectionniste.
Alain Madelin |