La Lettre des Cercles Libéraux, du 21 octobre 2005 

La grande coalition
de la «droiche»

Pour peu que l’on prenne un peu de recul on ne peut qu’être frappé par la similitude de beaucoup d’analyses et de propositions entre les grands partis tant à gauche qu’à droite.

L’Allemagne met en place sa grande coalition. Au lendemain des élections CDU/SPD s’entendent pour se partager le pouvoir et former un gouvernement derrière Angela Merkel qui aujourd’hui travaille à un programme commun.
Impensable en France ! Pourtant à y regarder de plus près même si les mœurs politiques françaises ne se prêtent guère à ce genre de solution, tout se passe comme si avant même les prochaines élections s’élaborait déjà entre UMP UDF et PS un début de programme commun : le programme commun de la «droiche ».
C’est l’UDF qui déclare que sur tous les sujets essentiels l’UMP et le PS ont « la même politique », c’est l’UMP qui déclare que les propositions de l’UDF sont voisines des siennes et qui rappelle que les idées de l’UDF «TVA sociale, taxe Tobin, allocation solidarité unique sont étudiées par l‘UMP»...

Ainsi le PS, l’UMP, l’UDF- et même le gouvernement – prônent ou étudient l’introduction d’une «TVA sociale» (voir notre critique), Dominique Strauss Kahn propose de taxer les produits importés, l’UMP propose une taxe environnementale pour «rendre les produits chinois plus chers»...On entend élargir à tous les produits de la «préférence communautaire» déjà bien mal en point dans le secteur agricole (voir notre critique).Tous prônent le retour de nos bonnes vieilles politiques industrielles... ect, ect.

Faute de vraie différenciation sur le fond, la bataille des idées et des propositions est remplacée par la bataille des mots, «rupture», «modèle social», «patriotisme économique»...

Pour les libéraux, la vraie «rupture» est une rupture culturelle : que la droite s’affranchisse des idées socialistes qu’elle a hier empruntées, qu’elle cesse de s’incliner devant des idées qui ne sont pas les siennes, qu’elle fasse franchement le choix de la modernité libérale. Qu’elle propose un programme de réformes ambitieuses à mettre en oeuvre dans les deux cent jours d’une éventuelle victoire, car tout prouve que les réformes les plus rapides sont aussi les meilleures. Et si le mot de rupture ne fait pas peur aux libéraux, ils utilisent plus volontiers celui de sursaut.
Quant au «modèle social français», le problème n’est pas de savoir si on est pour ou contre, mais de savoir comment financer le haut niveau de protection sociale auquel les Français sont légitiment attachés. Et pour cela il nous faut à l’évidence une forte croissance,
- donc des réformes libérales - et une meilleure efficacité de nos institutions sociales, donc des réformes qui introduisent des solutions inspirées par l’économie de marché.
Enfin les mots de «patriotisme économique», s'ils peuvent recouvrir une saine volonté de développer un capitalisme français - notamment au moyen des fonds de pension - ils peuvent tout aussi bien servir à habiller nos vieux démons protectionnistes.

Ce qui menace aujourd’hui la France n’est pas tant la grippe aviaire que la fièvre protectionniste.

Alain Madelin