Le
mirage
des modèles
Le
modèle social démocrate suédois vient
d’être désavoué. Le modèle
travailliste blairiste est à bout de souffle. Oublions
les modèles et cherchons les quelques règles
économiques qui font le succès des réformes.
La
France aime bien les modèles, à
commencer par le sien. Et la glorification de notre «exception
française» sert trop souvent d’alibi
à ceux qui combattent les réformes nécessaires
qu’ils dénoncent comme contraire à notre
identité culturelle.
Nous avons cependant
aussi une propension à invoquer des modèles
étrangers qui pourraient inspirer quelques réformes.
On se souvient de l’abondante littérature qui
invitait naguère la France à suivre le «modèle
rhénan» peu avant sa complète déconfiture.
Plus récemment, en matière d’emploi
on nous a donné le modèle danois ou encore
le modèle canadien pour la réforme de l’Etat.
Le recul historique montre d’ailleurs que cette propension
des hommes politiques français à admirer un
modèle étranger commence le plus souvent au
moment où celui-ci donne des signes d’essoufflement.
L’actualité vient
de nous en apporter une nouvelle fois la
preuve avec une partie la Gauche qui découvre les
vertus du modèle social démocrate suédois
au moment où les Suédois eux-mêmes choisissent
de s’en débarrasser. La réalité
c’est que si la Suède semblait bénéficier
d’une insolente bonne santé économique
celle-ci était essentiellement le résultat
des réformes libérales (diminution de la taxation
marginale, réforme de l’Etat providence, ouverture
à la concurrence, indépendance de la Banque
Centrale, privatisation partielle des retraites, chèque
éducation...). Mais la volonté d’aller
plus loin, de restaurer davantage de liberté sur
le marché du travail, de baisser les impôts
et d’élargir la sphère de la concurrence
à des activités exercées aujourd’hui
dans le cadre public, l’a emporté chez les
électeurs.
De même,
il y a quelques paradoxes à voir aujourd’hui
Nicolas Sarkozy et même Ségolène Royal
chercher à endosser le costume de Tony Blair au moment
où son propre parti le pousse vers la sortie et où
les conservateurs marquent des points. Ayant souvent fait
nous-mêmes l’éloge du réformisme
de Tony Blair, de ses propos courageux, on ne peut que se
réjouir de cette dé-diabolisation d’un
leader « libéral travailliste » dont
il faut bien rappeler tout de même qu’il a vécu
pour une bonne part à crédit sur l’héritage
de Margaret Thatcher.
La réalité pour les libéraux c’est
qu’il n’y a pas de modèle idéal,
de modèle importable. En revanche, « le benchmarking
» c’est à dire la comparaison des performances
des solutions proposées par différents pays
est fortement instructif. Il y à l’évidence
à l’étranger des choses qui marchent
mieux que chez nous. Mais ce serait assurément une
erreur que de vouloir calquer les solutions étrangères
pour résoudre nos problèmes.
Chaque « success story
» est spécifique à un
pays. Mais il existe cependant derrière chacun de
ces «modèles» un cadre de règles
économiques bien agencé qui en explique le
succès : la responsabilité (on fait généralement
plus attention lorsque l’on dépense son propre
argent que lorsque l’on dépense celui des autres),
l’ouverture à la concurrence pour améliorer
le rapport qualité prix d’un bien ou d’un
service par la privatisation ou la délégation
d’un service d’intérêt général,
la récompense des mérites du management, l’organisation
de marchés pour permettre une allocation optimum
du travail ou des capitaux, une très large liberté
des prix et des contrats de travail sur le marché...
Ce n’est donc pas le
pseudo modèle étranger qui
doit être copié, c’est son cadre de règles
économiques efficaces qui doit être adapté
aux réalités des obstacles qui sont les nôtres
pour être misent en oeuvre.
Dans un pays comme la France où pèsent si
fortement les groupes de pression favorables au statu quo,
les libéraux - parce qu’ils sont audacieux
- sont des libéraux prudents. Ils se méfient
des annonces théâtrales de grandes réformes.
Ils croient davantage à l’ouverture de nos
grands systèmes bloqués par l’introduction
de germes de liberté pour permettre une offre plus
large (les établissements scolaires autonomes, les
assureurs sociaux concurrents dans le cadre d’une
délégation de gestion de service public...)
et ouvrir des espaces de choix individuels à côté
(ou à la place) des choix collectifs.
Bref, s’il n’existe
pas de modèle étranger idéal
à copier, il existe en revanche des lois économiques
liées au comportement humain dont le respect peut
permettre de créer un modèle français
d’efficacité, de plein emploi et de prospérité
partagée.