Cherche
politique économique désespérément
Le
débat sur le chiffrage ne doit pas être le
rideau de fumée qui dissimule l’absence de
propositions de politique économique.
Drôle de campagne.
Elle a commencé par le concours de beauté
qui, en matière de dépenses publiques oppose
Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy. Au
naturel généreusement dépensier des
candidats s’est ajoutée l’inflation des
promesses liée au nouveau genre de spectacle présidentiel
offert aux électeurs-téléspectateurs.
Face à un panel de Français - hélas
représentatif - chaque candidat est sommé
de dire ce qu’il va faire pour aider ou protéger
toutes les catégories sociales et professionnelles
passées en revue.
Et les compteurs des dépenses publiques ont explosé
: 30, 40, 50, 60 milliards, qui dit mieux ?
Quelques
«empêcheurs de dépenser en rond»,
comme l’Institut de l’Entreprise sont venus
jouer les trouble-fête. Même si l’on peut
être très réservé sur le chiffrage
des programmes effectués par certains économistes
(–mieux vaudrait dire des économètres–),
car l’économie c’est avant tout l compréhension
des logiques de comportement (voir «Le
carnaval des chiffres»), il faut bien constater
que ce jeu du «Combien ça coûte ?»
a remporté un vrai succès. Les candidats et
leurs entourages se sont sentis précipitamment obligés
de raboter, de compenser ou d’étaler dans le
temps leurs promesses.
Il
est vrai
que compte tenu de notre endettement et de nos déficits,
la campagne aurait dû s’engager sur les moyens
de «dépenser moins» plutôt que
dans la surenchère des nouvelles dépenses
publiques.
Mieux encore, elle aurait dû– nous ne cessons
de le répéter depuis le début de cette
campagne – poser d’abord la question de la croissance.
Or
à bien chercher
dans tous les programmes de nos candidats, on ne voit aucune
vision cohérente, aucun programme de propositions
articulées susceptibles de doper notre croissance
anémique.
Paradoxalement, la candidate socialiste - dont on n’attendait
pas grand chose- a fait entendre une douce musique libérale.
On ne peut qu’être ravi de l’entendre
dire «qu’il faut changer, de toute urgence,
notre façon même de concevoir la création
de valeurs et de richesses», que «l’inventivité
des entrepreneurs doit être, reconnue»,
que «nous avons les moyens de relancer la croissance
et la machine économique». Ou encore lorsqu’elle
propose «Ensemble, nous allons donner un coup
de jeune à cet Etat colbertiste, jacobin, centralisé
à l’excès, croulant sous le poids des
ans, des bureaucraties inutiles et des réglementations
trop complexes» ou enfin «Ensemble,
nous allons mettre l’Etat à l’heure de
ce désir d’autonomie, de responsabilité
civique et de liberté que j’ai senti monter
d’un bout à l’autre de la France.»
Malheureusement, les paroles ne s’accordent pas avec
la musique. La quasi-totalité des mesures qu’elle
propose sont des mesures bureaucratiques, anti-entreprises,
anti-croissance, anti-emploi et le plus souvent très
coûteuses.
Nicolas Sarkozy a fait, on le sait des heures supplémentaires
(que l’Etat est appelé à subventionner),
le sésame de la croissance. Ce à quoi Ségolène
Royal, dans une vision archaïque du partage du travail,
a répondu que permettre à certains de travailler
plus c’est réduire les chances d’emploi
des autres !
Mais
comme le dit ce bon Doc Gynéco,
dont on a, bien à tort, raillé le simplisme
: «Le chômage est facile à résoudre,
il suffit de créer du travail.» En fait, tant
pour faire des heures supplémentaires que pour créer
des emplois, il faut d’abord créer un besoin
de travail supplémentaire. Dans la métallurgie,
une convention gagnant-gagnant habilement négociée
a permis de porter le contingent annuel d’heures supplémentaires
à disposition de l’employeur à 220h/an
et même sur volontariat du salarié à
passer la durée annuelle du travail de 1607 heures
à 1920 heures. Mais, faute de croissance, cette possibilité
contractuelle - qui de fait enterre les 35h – reste
très largement sous-utilisée.
Vouloir
«réhabiliter le travail»
ne suffit pas. Dans la société mondiale de
la connaissance, la société créative
- quelque soit le nom qu’on lui donne - le travail
du plus grand nombre dépend de la créativité
d’un plus petit nombre, de sa capacité à
imaginer, créer des produits et des services nouveaux,
de nouvelles façons de produire, de vendre ou de
distribuer. Et ces créateurs de valeur ajoutée
ont besoin d’une fiscalité plus légère
pour les stimuler, d’espaces de marchés de
concurrence plus ouverts pour augmenter les opportunités,
de règles plus souples pour réagir et s’adapter
en permanence à un monde en pleine mutation.
Une
politique économique
ce n’est pas une collection de mesures disparates.
C’est quelques orientations claires en phase avec
le monde, quelques pistes de réformes simples à
comprendre. On en cherche encore la trace dans les programmes
de candidats. Désespérément...