Quand
les députés
font la grève !
Trop
libérale ! Trop dangereuse à l’approche
des élections ! Privatiser Gaz de France ? Les députés
de la majorité font grève.
Le
gouvernement a donc renvoyé à
des jours meilleurs son projet de loi autorisant la fusion
Suez-Gaz de France devant l’hostilité d’une
majorité des députés UMP.
On se souvient que le Premier ministre s’était
porté avec panache au secours du groupe Suez menacé
par une offensive de l’italien Enel pour annoncer
en direct depuis Matignon la fusion Suez – GDF.
Nous avons ironisé
ici même (voir : Le
grand retour de l’Etat dans l’Economie )
sur cet excès de patriotisme économique, sur
le caractère hybride de l’entreprise qui résulterait
d’une telle manipulation génétique :
mi- privatisation, mi-nationalisation. A la privatisation
de Gaz de France correspond une nationalisation partielle
du groupe Suez dans un contexte où le Premier ministre
entend que l’Etat contrôle le prix du gaz et
les décisions stratégiques du nouvel ensemble.
Cela étant, cette fusion Suez – Gaz de France
a une signification économique et industrielle (
ce n’est pas la fusion d’EDF avec Danone pour
protéger cette dernière entreprise d’une
éventuelle OPA étrangère !)
Quoi qu’il en soit
comme l’a noté la présidente du MEDEF
: «une fois que la décision est prise, il n’y
a pas pire que de ne pas la mettre en oeuvre».
Or les députés, en
clair, la majorité UMP, ne veulent pas de ce mariage.
Le renvoi à une session extraordinaire en septembre
du projet de loi du gouvernement ne présage rien
de bon car on ne voit guère en quoi le contexte politique
sera alors plus favorable ou ce qui fera changer d’avis
les députés.
Beaucoup de députés
habillent leur «Courage fuyons»
d’aujourd’hui par une promesse d’audace
et de rupture pour demain. Mieux vaut être prudent
aujourd’hui compte tenu de la faible capacité
d’entraînement de l’opinion par le gouvernement
pour ne pas compromettre les réformes de demain par
une défaite électorale.
Ce raisonnement pourrait être compréhensible
si leurs arguments – à quelques exceptions
près, heureusement – ne reflétaient
pas une inquiétante peur des réformes libérales.
1 – la peur des privatisations.
Après tout Gaz de France (comme EDF) ne sont-ils
pas des services publics et Nicolas Sarkozy n’a-t-il
pas fait voter à cette même majorité
la loi du 9 août 2004 qui stipulait qu’en aucun
cas la part de l’Etat ne tomberait sous la barre des
70% au sein de Gaz de France ? Qu’importe les réalités
économiques. Même si cette promesse était
absurde et irréaliste, il nous faut la tenir disent
en substance de nombreux députés. Et certains
de faire l’étonnante proposition de protéger
Suez en demandant à Areva ou à la Caisse des
Dépôts de monter dans son capital !
2 – La peur du marché et de la concurrence.
La fusion Suez -GDF ne fera-t-elle pas monter le prix du
gaz ? C’est ce que craignent à la fois les
particuliers et de nombreux patrons. Et il est vrai que
dans le sillage du prix du pétrole le prix du gaz
est à la hausse. Mais quoi que décide le ministre
de l’Economie qui entend inscrire dans ce projet de
loi une protection des consommateurs contre la flambée
du prix de l’énergie face à l’ouverture
des marchés électriques et gaziers à
compter du 1er juillet 2007, l’obtention des prix
les plus bas ne le sera durablement que par l’organisation
d’un marché européen concurrentiel avec
des entreprises profitables qui pourront massivement investir
dans les productions les plus compétitives (à
commencer par le nucléaire).
3
– La peur des syndicats. Le
paradoxe veut que si la majorité tremble devant les
risques d’une fronde syndicale, les opposants au projet
seront sans doute d’autant plus hardis qu’ils
sentiront la majorité trembler. Pourtant, force est
de constater que la grève du 20 juin dernier contre
le projet du gouvernement a été un échec
et que la CFDT soutient le projet de fusion. Au surplus,
les salariés de Gaz de France n’ont rien à
craindre de leur fusion avec un partenaire privé
dans la mesure où l’on avait dans un moment
d’aberration économique et dans la prévision
de l’inéluctable ouverture des marchés
de l’énergie à la concurrence étendu
par la loi le très avantageux statut des salariés
de Gaz de France et d’EDF à l’ensemble
des industries électriques et gazières qu’elles
soient publiques ou privées.
Curieuse
situation donc que celle ou l’on voit
le leader de la CFDT François Chérèque
dire qu’il y aurait un risque à reporter la
fusion Suez GDF et une majorité des députés
de la majorité expliquer qu’il y aurait un
risque à privatiser une entreprise publique !
