La Lettre des Cercles Libéraux, du 24 mars 2006

Courage fuyons !
Au sein de la majorité le courage, de ceux qui hier étaient les
plus ardents défenseurs du CPE, semble parfois flancher...

Nous n’avons pas caché depuis le début notre peu d’empressement – et c’est un euphémisme – pour le CPE (voir : "Un nouveau droit pas très adroit" et "CPE : sans peur mais pas sans reproche"). Aujourd’hui cependant nous souhaitons le succès de Dominique de Villepin.

S’il est nécessaire de rassurer les jeunes en leur donnant quelques garanties sur le mode d’emploi – et sur l’évidente nécessité pour les employeurs de motiver le licenciement (voir : "Le mauvais procès du CPE") -, il ne saurait être question de plier devant des manifestations orchestrées par la gauche, l’extrême gauche et tous les adversaires du gouvernement.

A l’inverse de notre position, il est attristant de voir les défections au sein de la majorité de ceux qui lorsque le CPE a été présenté à la mi-janvier croyaient bon d’affirmer que cette proposition sortait directement de la boite à idée de l’UMP et qui plus tard l’ont voté sans critique ni états d’âme. Les élections approchant, l’impopularité grandissante du CPE semble éroder les convictions et les soutiens.

Le Premier ministre aurait fait preuve d’un dangereux manque de concertation. Soit. Mais qui peut croire qu’il eut été possible d’élaborer une quelconque proposition à partir des positions syndicales et de celles de l’opposition. La proposition phare de la gauche, celle dont le PS veut faire un thème majeur de sa campagne de 2007, celle que défend la CGT et - sous une forme atténuée- la CFDT , c’est « la sécurité sociale professionnelle ».

Pour la CGT, l’idée est simple : « la suppression de l’emploi ne doit pas entraîner la rupture du contrat de travail, le salarié conserverait le même niveau de salaire jusqu’à l’obtention d’un nouvel emploi » (et dans l’immédiat les chômeurs doivent recevoir «une indemnisation équivalente à 80% de leur salaire antérieur et sans limitation de temps assortie d’une allocation équivalente à 80% du SMIG pour tous les primo demandeurs d’emploi»).

Bref, il s’agit de donner un plein salaire aux chômeurs ou de généraliser à tous les salariés le très décrié statut des intermittents du spectacle.

Il est pour le moins surprenant que cette idée soit devenue celle de l’UMP, qui propose en outre que les entreprises qui licencient soit taxées davantage que les autres !

De même, opposer aujourd’hui la proposition hasardeuse du CPE à un projet plus vaste de «contrat de travail unique à durée indéterminée» n’a pas davantage de sens.

Ce qui fait l’efficacité d’un marché aujourd’hui, c’est la multiplicité des contrats. Cela vaut pour les marchés financiers, les tarifs des services, les billets d’avion et bien sûr le marché du travail. Celui-ci ne saurait être le seul marché sur lequel il existerait un seul contrat.

A suivre cette piste la droite fait la même erreur que celle des socialistes qui consiste à vouloir couler tous les salariés dans le moule des 35 heures. Pourquoi pas une paire de chaussures à taille unique pour tous les Français !

Les contre propositions du Parti socialiste ne sont pas en reste, depuis le « contrat Eva » de Martine Aubry (voir "Du CPE à ...Eva" dans notre lettre du 10 mars 2006"), «au contrat de sécurité formation» de François Hollande, «aux emplois - sécurité - formation» de Laurent Fabius, à la modulation de l’impôt sur les sociétés en fonction de la proportion de contrats précaires de Dominique Strauss Khan, à «l’abolition des CDD» proposée par Jack Lang...

Si l’on aurait pu souhaiter une réforme du marché du travail d’inspiration plus libérale (voir nos propositions), il n’y a pas aujourd’hui tant à gauche que chez les syndicats, à l’UDF ou à l’UMP de propositions alternatives sérieuses et crédibles.

Quand on voit l’audace, l’énergie et la ténacité du Premier ministre dans la défense d’une réforme somme toute médiocre on ne peut que souhaiter son succès en rêvant que la même audace, la même énergie et la même ténacité soient mises un jour au service de meilleures réformes

Alain Madelin