La Lettre des Cercles Libéraux, du 25 novembre 2005

Le socialisme de la terre plate
Naguère le Parti socialiste prônait « la rupture avec le capitalisme » et proposait de "changer la vie". Aujourd’hui il veut la rupture avec le libéralisme et se propose de changer le monde, faute de le comprendre.

Quand la droite cède aux sirènes de l’antilibéralisme primaire, prône le protectionnisme et la préférence communautaire, cède aux idées baroques d’une fiscalité morale et médiatique (fiscalité écologique ; taxe Tobin sociale ; taxe mondiale sur les billets d’avion...), quand elle érige son incompréhension de l’économie de marché en politique d’Etat (patriotisme industriel, dirigisme immobilier...) toute la géographie politique française se trouve bouleversée.
Quand la droite chasse sur les terres des idées de gauche, le Parti socialiste se déporte à l’extrême gauche.

L’approche économique du Parti socialiste, par rapport aux réalités du monde d’aujourd’hui, s’apparente à la croyance de ceux qui imaginaient la terre plate avant la révolution copernicienne.
La presse a noté que la synthèse du Parti socialiste proposée à l’issue de son Congrès du Mans a été nettement « gauchisée » :
- Renforcement des droits de douane pour mieux protéger les industries européennes ;
- Un gouvernement économique européen pour mieux contrôler la Banque centrale européenne et une réforme du pacte de stabilité – comprenez, une fuite en avant dans l’endettement publique –
- Exporter les services publics à la française – comprenez, porter nos monopoles publics au niveau européen –
- Augmenter l’impôt sur les sociétés pour doubler le budget européen ;
- Abroger les réformes pourtant modestes, engagées par le gouvernement ces dernières années sur les retraites, l’assurance maladie et le code du travail ;
- Reconstruire une EDF 100% public ;
- Instaurer les 35 heures pour tous et pénaliser les heures supplémentaires ;
- Rendre la CSG progressive, relever la progressivité de l’impôt sur le revenu, revenir sur la baisse de l’ISF, reformer la taxe d’habitation - comprenez en faire un nouvel impôt sur le revenu ;
- Taxer les entreprises qui licencient ;
- Taxer les entreprises qui importent des produits concurrents aux produits communautaires...

Hélas, cette synthèse n’exprime pas seulement un laborieux compromis tactique gauchisant pour réussir un congrès, si l’on décortique la motion majoritaire présentée par François Hollande on y retrouve peu ou prou les mêmes ingrédients. On trouvera en annexe un florilège de quelques-unes des mesures proposées par cette motion, dite plus modérée.

C’est bien tout le Parti socialiste qui est touché par cette fièvre gauchisante. C’est Jack Lang qui lance cette formule « il faut faire rendre gorge au capitalisme sauvage». C’est Dominique Strauss-Kahn qui, après avoir déclaré dans le Financial Times que le Parti socialiste cherchait une 3éme voie entre le libéralisme et le radicalisme de gauche, propose d’imposer des « nationalisations temporaires ».

Plus d’impôt, plus de services publics, plus de fonctionnaires, plus de dépenses publiques, plus de dirigisme..., nous sommes bien loin du socialisme de gouvernement qui faisait dire naguère à Lionel Jospin « l’Etat ne peut pas tout faire ». Désormais pour les socialistes l’Etat peut tout, l’Etat fait tout...et la terre est plate !


Alain Madelin