Un
bol d’air frais
Le
patronat s'engage dans la campagne. Et il se pose la bonne
question : celle de la croissance et la compétivité.
Ouf
! En s’engageant dans le débat
de l’élection présidentielle et en publiant
son livre blanc intitulé «Besoin d’air»,
le Medef vient heureusement
rappeler aux candidats l’impératif de croissance
et de création de richesses. Certes, venant du patronat
cela n’a rien d’original, mais au moment où
nous nous inquiétons de voir cet objectif de croissance
oublié et mis de côté par le discours
politique (voir Le
Figaro et la
lettre) ce rappel au bon sens est le bienvenu.
Le diagnostic est lucide : «Nous soutenons que
le développement économique apporte la solution
à bien des problèmes sociaux. Les Français
pensent trop souvent l’inverse, ils restent prisonniers
de raisonnements archaïques» ; «Il
y a une corrélation directe entre les rigidités
dont souffrent les entreprises d’un pays et son taux
de chômage.» Le remède est le bon
: «La vraie solution est d’augmenter la
richesse de tous» ; «Il est temps d’admettre
que l’entreprise est la seule source de création
de richesses».
Nombre de préconisations
rejoignent les nôtres :
-
35 heures : Le Medef propose de supprimer la
notion même de durée légale du travail
en laissant aux partenaires sociaux le soin de la fixer
«branche par branche, entreprise par entreprises».
Il se montre plus que réservé sur «la
rustine» de la détaxation des heures supplémentaires
proposée par N. Sarkozy et F.Bayrou
- SMIC : Les
revalorisations politiques artificielles du SMIC perturbent
le marché du travail, le Medef propose comme le font
les libéraux depuis longtemps- que le SMIC national
soit fixé par une commission indépendante
sur des critères fixes et objectifs en laissant bien
entendu la possibilité de rajouter des salaires minimums
supérieurs
-
Retraites : Le Medef propose une réforme
d’ensemble, l’instauration d’un régime
par points et le développement de vrais fonds de
pension.
-
Droit du travail : Le problème clé
de notre droit du travail est assurément la lourdeur,
la longueur, la complexité des contentieux juridiques
liés à la rupture des contrats de travail
sans compter l’épreuve que ce contentieux peut
représenter pour les dirigeants des PME. Nous
avions déjà remarqué qu’il était
paradoxalement parfois plus facile en France de divorcer
que de licencier et qu’il était nécessaire
de faire évoluer notre droit du travail comme nous
avons su faire évoluer celui du divorce. Laurence
Parisot reprend cette image et propose d’introduire
dans notre droit, une possibilité de séparation
amiable.
Voila qui est plus souple et plus réaliste que le
chimérique CTU (voir
la lettre), voilà qui est plus juste et plus
sûr juridiquement que le licenciement sans motif (sorte
de répudiation !) du feu CPE ou du CNE (dont Nicolas
Sarkozy dit vouloir s’inspirer pour réaliser
sa promesse de contrat unique).
Au-delà de ce satisfecit,
il n’en reste pas moins que quelques autres propositions
du Medef restent des plus discutables.
- Laurence Parisot remarque
très justement que «pour que les charges
diminuent, une seule solution : que l’Etat cesse d’être
obèse». C’est fort bien vu, mais
la méthode suggérée pour faire maigrir
l’Etat est loin d’être la bonne.
Il suffirait, à suivre le Medef, de suivre l’exemple
des entreprises, de se fixer des objectifs comme par exemple
un niveau de qualité de soins, de modéliser
une solution en se demandant quels personnels et en quel
nombre permettraient d’atteindre le but. C’est
oublier que l’Etat n’est pas une entreprise,
que ses activités échappent à la concurrence,
au marché et aux signaux des prix. C’est croire
qu’il est possible de gérer de façon
plus efficace et plus économe une activité
monopolistique Si cela était vrai, la Perestroïka
aurait été un succès et l’Union
soviétique serait encore debout!
Cela ne veut pas dire qu’il
n’existe pas de meilleure façon
de gérer l’Etat, mais cela signifie que dans
un secteur comme justement celui de la santé, le
problème n’est pas de faire "des économies",
mais de le repenser de fond en comble pour construire "une
économie". En effet, la santé est
aujourd’hui un système hyper-administré
où les signaux des prix ne fonctionnent pas –
on n’a affaire qu’à des tarifs –
et où la concurrence entre assureurs ne joue pas.
La solution n’est pas dans une gestion administrative
plus intelligente mais dans l’introduction d’une
concurrence régulée entre offreurs d'assurances
et de soins. (voir dossier santé)
- Le patronat affirme aussi
que la «clé de la compétitivité,
c’est le coût du travail» et qu’il
est nécessaire de baisser les charges qui pèsent
sur les entreprises. Et de répéter dans tous
les journaux, ce même exemple : «Pour un
salaire brut de 100 ; le salarié français
reçoit un salaire net de 80 et l’entreprise
paie 145. Pour le même salaire, l’entreprise
anglaise paie 120, l’entreprise allemande : 130».
En fait, les charges patronales n’existent pas. Elles
constituent avec les cotisations payées par les salariés
une assurance globale obligatoire que l’on a longtemps
appelé le salaire différé. (D’ailleurs,
le Medef propose justement la fusion des cotisations employeurs
et salariés.) La seule comparaison internationale
qui vaille, ce n’est pas celle des charges payées
par les entreprises, c’est le coût du travail
global. Et si le coût du travail total est certes
trop élevé en France, il n’est guère
différent des deux exemples cités : l’Allemagne
et la Grande-Bretagne (source OCDE)
Comme l’a noté le rapport du sénateur
Marini sur la «Concurrence fiscale»,
les pays qui comme le France «ont les charges
sociales les plus lourdes, ont le plus souvent des salaires
nets relativement faibles de sorte que le coût du
travail n’y est pas spécialement plus élevé
que dans les pays où les charges sociales sont plus
faibles». Au surplus, la productivité
du travail est excellente en France.
Dans la nouvelle
économie, celle de la connaissance et de la créativité
on se trompe sans doute de direction en faisant du coût
du travail la clé de notre compétitivité.
Certes, pour les gros bataillons du Medef, dans les secteurs
à faible ou moyenne valeur ajoutée, soumis
à la concurrence internationale, où la main
d'oeuvre reste importante, le coût du travail reste
une question lancinante. Mais suggérer comme le fait
le Medef, qu’une partie des charges payées
par les entreprises devraient être transférées
sur le budget de l’Etat voire sur la très tendance
"TVA
sociale" c’est ignorer qu’un tel
transfert – sauf à diminuer le pouvoir d’achat
des Français - retombe toujours «in fine»
sur la production