La Lettre du 27 octobre 2006

Des contrevérités qui arrangent ?
A-t-on raison d’avoir peur du réchauffement climatique ? si le réchauffement climatique fait peur, l’exploitation de cette peur en arrange plus d’un.

Le réchauffement climatique est une réalité. Quelle en est l’ampleur ? Quelles en sont les causes ? Et selon l’analyse que l’on fait de ces causes, quels en sont les remèdes ?
Les idées dominantes nous annoncent une catastrophe planétaire dont l’homme est responsable essentiellement à travers des émissions de gaz à effet de serre. Nous serions en état de non-assistance à Humanité en danger. Il nous faudrait cesser toute émission nouvelle de dioxyde de carbone ou à tout le moins rationner drastiquement leur production.
De telles affirmations semblent aujourd’hui devenues tellement évidentes que toute critique, mise en cause même partielle, devient impossible. Claude Allégre vient d’en faire les frais ayant eu l’audace, à propos des neiges du Kilimandjaro, de dire que «la cause de la modification climatique reste inconnue. Donc prudence.» A quand l’inscription dans une prochaine loi du délit de négationnisme du réchauffement planétaire ?
Et ce d’autant plus qu’Al Gore vient de frapper les esprits avec le film «une vérité qui dérange». Dans notre univers médiatique où le sensationnel l’emporte souvent sur le rationnel, le philosophe Raymond Ruyer appelait ça autrefois «la preuve par le cinéma »: «c’est vrai, je l’ai vu au cinéma ou à la télévision».

Tout en reconnaissant humblement notre difficulté à maîtriser un dossier aussi complexe, nous voudrions cependant faire trois réflexions:

1 – L’historien Emmanuel Le Roy Ladurie a montré comment les deux derniers millénaires ont connu des variations importantes de température dont l’origine était purement naturelle et s’il existe «un consensus international» sur le réchauffement climatique, ses travaux font l’objet d’interprétations plus fines que celles qui sont brossées à grands traits par la presse (voir «What every European should know about global warning» ) elles sont même parfois controversées (voir notre dossier «le réchauffement controversé» ) ou contestées («61 scientifiques de l’Académie nationale des sciences lancent un appel à une évaluation scientifique ouverte de l’accord de Kyoto». Voir aussi «le rapport des scientifiques n’est pas une défense du protocole de Kyoto»).

2 – Si même l’on admet
comme certaine la cause humaine du réchauffement climatique, les restrictions sur les émissions de CO2 imposées par l’accord de Kyoto n’entraîneraient qu'une diminution de quelques degrés de la température globale que d’ici la fin du siècle. Insuffisant, disent les partisans de «l’écologie profonde» et de la «décroissance durable».
Dès lors deux voies sont possibles :
- soit un rationnement drastique, un changement complet de nos modes de production et de nos vies.
- soit au contraire, une stratégie forte de croissance et de progrès. Car la croissance nous donne les moyens de stratégies d’adaptation et le progrès nous offre des énergies de substitution et les moyens de traitement ou d’enfouissement du CO2.

3 – L’apocalypse est aussi, faut bien le remarquer, une thèse qui en arrange beaucoup. Médiatiquement la peur se vend bien. Scientifiquement, elle nourrit des budgets imposants pour les scientifiques qui la développent. Loin de nous de contester les moyens donnés à la science pour expertiser des questions d’importance vitale. Encore faudrait-il que la méthode scientifique soit respectée, que les avis contraires soient acceptés et que les scientifiques qui manifestent leurs désaccord avec l’alarmisme ambiant ne voient pas leur crédit de recherche disparaître et leurs travaux discrédités (voir «un climat de peur»).

C’est ainsi que le film d’Al Gore a fait l’objet d’une critique méthodique montrant les partis pris, les exagérations, les erreurs et les spéculations hasardeuses (voir notamment «Al Gore’s An Inconvenient Truth») Mais qui la lira ? Mais qui le saura? La force des images emporte la conviction. D’autant que la perspective d’une apocalypse climatique alimente les adversaires d’une société capitaliste et d’une économie de marché. Elle fait grossir l’exigence d’une «gouvernance mondiale» qui trouve, bien entendu, des partisans zélés dans les organisations internationales, qui y voit là prétexte à l’augmentation de leur pouvoir. Elle donne une nouvelle jeunesse aux nostalgiques du dirigisme et aux orphelins du marxisme perdu particulièrement nombreux en France.
Comme l’a écrit Claude Allégre «l’écologie de l’impuissance protestataire est devenue un business très lucratif pour quelques uns !».
Dans notre dernier éditorial nous disions que la collection de printemps des idées présidentielles s’annonçait courte, retro et confuse. Côté couleur, le vert fera fureur.

Alain Madelin