Mais
que fait la Justice ?
Il
n’y a pas de démission des juges mais les juges
n’ont pas les moyens de leur mission.
Ah
la belle découverte !
Ainsi quatre ans après s’être donné
les moyens d’une meilleure réponse policière
face à la montée de la délinquance,
voici que l’on semble découvrir qu’en
matière de sécurité, Police et Justice
forment un tout. Mieux vaut tard que jamais !. Je commençais
à me lasser à répéter que l’on
ne pouvait assurer la sécurité des Français,
celle des personnes, des familles et des biens, sans commencer
par assurer le bon fonctionnement de la Justice.
La
divulgation d’un courrier du préfet
de Seine-Saint-Denis à son ministre suivie par celle
d’autres diagnostics sécuritaires établis
par de nombreux préfets ont révélé
- s’il en était besoin - les difficultés
rencontrées tant par la police dans la lutte contre
la délinquance que par la Justice dans l’exercice
de sa fonction.
Si la question d’un
meilleur fonctionnement de la Justice est
légitime ce n’est pas celle de la démission
supposée des juges mais celle des moyens qu’il
faut leur donner pour exercer leurs missions.
Il est dangereux de vouloir expliquer les difficultés
à faire reculer la violence délinquante dans
nos banlieues par un supposé laxisme de la Justice
ou - à tout le moins - de certains juges.
Certes, ceci flatte assurément une opinion qui sait
le découragement des policiers ou l’indignation
des victimes lorsqu’ils voient parader en toute liberté
un pâle voyou arrêté la veille.
Mais s’il existe ici ou là des magistrats à
l’idéologie ou à la pratique trop laxiste
(comme il en existe aussi de trop répressifs), on
ne peut assurément désigner les juges comme
coupables de l’augmentation de la violence délinquante.
Il existe aussi des bavures policières (et un département
de la région parisienne vient de s’illustrer
par les violences, les rackets et même les viols commis
par certains fonctionnaires de Police). Doit–on pour
autant jeter la police en pâture à l’opinion
? Il existe encore – et de tous bords - des hommes
politiques corrompus. Faut-il pour autant mettre en doute
la démocratie ?
L’institution
judiciaire a besoin de confiance.
Il n’est pas bon de semer le doute. il n’est
que temps de lui donner les outils et les moyens d’une
meilleure politique pénale.
En 2002 lors de la campagne
présidentielle, alors que l’opinion
se focalisait sur les réponses policières
à apporter aux problèmes d’insécurité,
j’avais développé l’idée
d’un « plan ORSEC » pour la Justice avec
la conviction que Police, Justice, et exécution des
peines constituent les maillons d’une seule et même
chaîne.
En matière de sécurité, l’augmentation
de la délinquance est inversement proportionnelle
au risque d’être arrêtée, d’être
condamnée et d’exécuter une peine à
mesure des faits commis.
C’est d’ailleurs ce qui ressort clairement du
rapport de l’Inspection Générale des
Services Judiciaires sur le tribunal de Bobigny, mis en
cause partiellement par le préfet de Seine-Saint-Denis
à l’origine de cette polémique.
Il nous montre l’incroyable embouteillage de la justice,
le dénuement des magistrats tant en terme de moyens
que de réponses judiciaires disponibles. Et paradoxalement
il semble même reprocher à ce tribunal d’être
trop répressif lors des audiences du tribunal pour
enfant !
Dans la chaîne de la
sécurité, si l’on a
renforcé le maillon policier, Justice et exécution
des peines restent nos maillons faibles.
Une nouvelle pénale de la délinquance des
mineurs est nécessaire. Il est sûr qu’augmenter
les sanctions à l’entrée dans la délinquance
contribue à décourager celle-ci.
Mais encore faut-il avoir
les outils et les moyens de cette politique.
Où est la réforme nécessaire de Protection
Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) ? Quelles sont ses vraies
les moyens ?
Ou sont - quand nos prisons restent dans une situation inhumaine
et dégradante - les établissements spécialisés
(des établissements éducatifs ouverts jusqu'aux
établissements de type carcéral pour les actes
les plus graves) dont on parle beaucoup mais qui tardent
à voir le jour !
Voilà de bonnes questions
pour le débat des élections présidentielles.
ne les gâchons pas dans une mauvaise querelle avec
les magistrats.